Plume de plusieurs ministres puis de Nicolas Sarkozy dont elle écrivait les discours techniques entre 2007 et 2012, actuellement professeur de littérature comparée à l’université de Bordeaux 3, maman de deux enfants qui en attend un troisième, cette jolie blonde de 37 ans raconte sa découverte du monde politique.
Marie de Gandt, c’est un style et un regard doublés d’une belle intelligence et d’une grande curiosité. Elle est inclassable comme son livre. On peut le ranger dans la “littérature de quinquennat”, un genre nouveau qui a fleuri sous la cinquième république mais point de regards par le trou de la serrure, pas de venin distillé pour régler ses comptes avec la cour. Avec l’auteur, le lecteur part à la découverte du pouvoir, observe celles et ceux qui le détiennent, petites mains aux fonctions et aux titres mystérieux, conseillers spéciaux, ministres et président qui incarnent chacun une facette du pouvoir. Ce livre qui apporte la preuve d’une belle écriture nous en apprend beaucoup sur la politique et sur Nicolas Sarkozy.” Je n’ai jamais été une proche mais je me suis dit qu’il valait mieux que certaines lignes qu’il préconisait à la fin. Comme s’il n’avait pas eu confiance”, conclut la plume.
A la croisée des chemins
Marie se raconte aussi avec humour, maniant l’autodérision qui empêche de se prendre au sérieux et permet de supporter les algarades . En s’interrogeant sur le pouvoir Marie de Gandt n’oublie pas de se poser des questions sur elle-même et son parcours. Petite-fille de grands -parents bourgeois et cathos, elle est la fille de parents soixante-huitards militants libertaires, enseignants à Ivry-sur-Seine .
Marie de Gandt vient de cette croisée des mondes. Brillante, elle entre à Normale Sup où elle rencontre un certain Laurent Wauquiez. C’est lui qui pousse sa plume vers la droite. Elle commence en douceur chez Dominique Bussereau. Un soir, tard, alors qu’elle retravaille “un discours qui s’enlise”, Marie entend du bruit dans le bureau de son ministre. Elle découvre celui-ci qui “porte à la main un petit arrosoir doré. Le soir, quand sa journée est finie, le ministre arrose amoureusement ses plantes”.
Si les anecdotes fourmillent, elles ne sont jamais gratuites. Elles arrivent pour éclairer une atmosphère, expliquer un fonctionnement, mettre à l’abri du dogmatisme. Mais surtout ce livre questionne sur le pouvoir des mots qui peuvent transformer le monde.
Françoise Cariès
“Sous la plume. Petite exploration du pouvoir politique”
Marie de Gandt (Robert Laffont) 286 pages, 19 euros.
* Dans l’édition, un “nègre” est la plume anonyme qui écrit un livre alors que celui-ci est signé par un “auteur”, vedette, homme politique connu…