Ola Abbas la Syrienne, la fuite plutôt que la honte

OLA ABBAS_dvlp OK.inddPrésentatrice star et très populaire à la radio et à la télévision syrienne officielle, Ola Abbas ne supportait plus d’avoir à mentir en présentant les journaux télévisés et un talk-show consacré aux sujets de société, de se voir dicter les informations par les services secrets. Elle a choisi de partir, de “faire défection” disent les opposants au régime de  Bachar-el -Assad. Elle appartient à une famille alaouite aisée, branche du chiisme minoritaire en Syrie mais à laquelle appartient le clan Assad. Sa mère, poétesse, fut un temps vice-présidente de l’Union des écrivains syriens et soutient le régime.

A 38 ans, célibataire sans enfant, Ola se décide “à franchir le pas et à s’exiler “. C’est l’aboutissement d’un long chemin. “Comme tant d’autres Syriens, j’étais paralysée par la peur.Nous avons grandi à l’école du père, Hafez el-Assad, une école sécuritaire. Pour vous occidentaux, il est difficile de comprendre ce que signifie de ne pas pouvoir dire à haute voix ce que vous pensez, de devoir se cacher et toujours se méfier“. dit-elle.

Un régime qui tue les enfants

Dans le livre qu’elle vient de publier “Exilée”, elle explique sa démarche et son combat. Le 11 juillet 2012, exténuée, elle rend publique sa décision sur son compte facebook: ” J’arrête de travailler pour un régime qui tue les enfants syriens. On ne pourra réaliser notre citoyenneté que dans une grande Syrie libre“. Une semaine plus tard, ayant reçu plusieurs menaces de mort, elle part pour la France et commence la rédaction de son récit. “ Le régime joue sur les confessionnalismes. Je refuse qu’on me qualifie d’alaouite. Je suis un être humain, syrien, voilà tout.Beaucoup d’alaouites sont contre le clan au pouvoir. Une partie a peur de partir,une autre préfère rester pour essayer de reconstruire une nouvelle société libre.Ce sont des gens de l’élite très courageux“, écrit-elle.
Ola Abbas réside pour l’instant à Paris, dans la Maison des journalistes qui accueille des reporters en attente de statut de réfugié politique. Elle y dispose d’une chambre de 10m2  sans comparaison aucune avec son vaste appartement de Damas et sans son chien Joy qui lui manque infiniment. Sa mère qui continue à soutenir le régime lui a fait parvenir un message, “Reviens à Damas, tu seras bien accueillie, le pouvoir t’aidera à régler tes problèmes”. “Je ne retournerai à Damas qu’à la chute du régime“, a-t-elle répondu et, aux journalistes qui l’interrogent, elle ajoute “il faut lutter pour la libération de la femme syrienne. Ici vous ne pouvez pas imaginer sa dépendance“.
Françoise Cariès
“Exilée”,( Michel Lafon )19 euros

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