Jour de fêtes pour les mères et… de la Manif pour tous

C’est la France des châteaux et des églises qui a défilé contre la loi sur le mariage homosexuel à Paris, en ce dimanche 26 mai, jour de la fête des mères, celle des beaux quartiers, des maisons bourgeoises et des grosses fermes.
Une France fidèle à ses valeurs et sincère dans la lecture qu’elle en fait. Du Loiret  et de la région Centre plusieurs autobus avaient été affrétés  si remplis que certaines familles  avaient rejoint la capitale dans leur propre voiture.”Nous étions six, toutes générations confondues“, déclarait  à son arrivée place des Invalides,Maurice Saint-Mars, un industriel de 43 ans, habitant d’Orléans.
Comme  Agathe Chavialle de Châteauroux, il a été de toutes les manifestations qui se sont élevées contre l’extension du mariage aux homosexuels. “Je suis favorable à l’extension des droits du Pacs, pas au mariage , c’est une question d’étymologie”, expliquait un autre passager de la voiture habitant de la Ferté-Saint-Aubin.
L’adoption  accordée aux homosexuels inquiétait Agathe Vialle:“l’enfant est une chance, pas un droit. La reconnaissance  de l’adoption est la porte ouverte à la gestation médicalement assistée  et à la procréation pour autrui que je ne peux même pas envisager” disait cette femme de traiteur qu’accompagnait sa maman de 91 ans laquelle avait marché  comme tout le monde de la Porte Dauphine aux Invalides, en passant par le Trocadéro.

Quatre cortèges pour les Invalides

Quatre cortèges, trois du collectif la “Manif pour tous” et un de “Civitas”, proche des catholiques intégristes, partis de divers points ont convergé sur l’esplanade des Invalides et la place Vauban, à l’Opéra pour  Civitas, après avoir suivi des itinéraires différents. Partis peu après 14 h, encadrés par des services d’ordre très structurés et fort bien organisés les imposantes colonnes  qui  comptaient peu de poussettes agitant des drapeaux bleus, blancs et roses, ont déambulé dans une ambiance bon enfant. Des chants, la Marseillaise parfois, des slogans fusaient ” Christiane, si tu savais, la réforme où on se la met…… Jean-Marc si tu savais……François si tu savais……” ou encore “Je ne veux pas que ma mère s’appelle Robert. Je ne veux pas que mon père s’appelle Viviane”.
Peu avant le pont de l’Alma une vingtaine d’homens, torse nu et portant une masque blanc, symbole de l’anonymat, ont tenté  d’attirer une partie des participants vers les Champs Elysées interdits. Mais le service d’ordre  de la manifestation reconnaissable à ses tee-shirts jaunes veillaient et d’importantes forces de l’ordre avaient été placées en embuscade par le ministère de l’Intérieur. Sur le pont de l’Alma un espace quête avait été prévu, 60 bénévoles barraient le passage  en tenant de petits sacs de toile dans lesquels chacun mettait son obole. La sono et l’organisation d’un tel événement ont un coût.

Baroud d’honneur ou entrée en résistance?

 Au moment de la dispersion vers 18h,  la présidente de la Manif, Ludivine de la Rochère, annonçait à la tribune ” Je vous annonce, ainsi qu’à ceux qui croient encore que nous allons abandonner, que nous poursuivrons le combat partout en France. La loi sur le mariage homosexuel n’est pas seulement une loi sociétale, mais une loi de civilisation , selon les termes même de la ministre de la justice , Christiane Taubira. . Notre Manif est le plus grand mouvement social que la France a connu depuis mai  68, mobilisation à laquelle le gouvernement a répondu par la condescendance, l’arrogance et le mépris”.
Une déclaration va-t-en guerre qui ne calmait pas entièrement l’inquiétude  qui pointait chez beaucoup de participants à ce succès populaire (150.000participants selon la police, 1 million selon les organisateurs). Ils avaient tous promis de ne pas désarmer, de se battre jusqu’au bout mais la loi a été votée et les maires vont commencer à l’appliquer.  “L’UMP ne nous abandonne pas” criaient-ils, conscients aussi que leur mouvement se fissurait, Frige Barjot, leur égérie s’étant déjà mise en retrait et étant absente.

La banalisation de l’homophobie

 Si dans la foule ont parlait encore “d’abrogation” du côté des élus du carré de tête, moins nombreux que lors des précédentes éditions, on avait dit prudemment, “quand nous reviendrons au pouvoir , nous la corrigerons”. Dans ce carré ,il y avait bras dessus bras dessous, plusieurs leaders de L’UMP, Jean-François Coppé, Hervé Mariton, Christian Jacob, Laurent Wauquiez, Michèle Tabarot et la régionale députée du Loiret Marianne Dubois, suivis de quelques FN, Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert  Collard. Jean-François Coppé  avait déclaré en arrivant”J’ai souhaité être présent, c’est la dernière fois que je manifesterai sur ce sujet….Le prochain rendez-vous sera dans les urnes”. Immédiatement Laurent Wauquiez et Dominique Bussereau se démarquaient “Ayons la décence de ne pas chercher  à récupérer de façon politicienne ce mouvement. Le but n’est pas de transformer ceux qui sont là en militants”. Alain Juppé et d’autres à l’UMP ont par ailleurs déjà sifflé la fin de la partie redoutant à juste titre que les dissensions apparues au sein de leur parti leur coûte des voix.
A gauche, on redoute la banalisation de l’homophobie , “les manifestations contre le mariage ont libéré une parole que l’on croyait interdite dans notre pays” reconnait Noël Mamère, député vert de la Gironde. On sait aussi  que cet épisode laissera des marques profondes dans l’électorat et peut rebattre les cartes dans l’électorat.
Françoise Cariès
Publié le 26 mai 2013

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