Dopage: le Tour de France, centenaire, passion de tous les excès

FignonSamedi, le Tour de France prendra la route pour la centième fois. Il n’y a pas événement sportif plus populaire au monde. Il est entré dans l’histoire et dans la légende avec ses exploits, ses héros, ses accidents, sa part d’ombre et le dopage qui s’invite à nouveau dans l’actualité. Selon le site internet du quotidien « L’Equipe », Laurent Jalabert qui de 1992 à 1995 a été reconnu comme le meilleur sprinteur du Tour, puis en 2001 et 2002 comme le meilleur grimpeur, aurait été positif à l’EPO sur le Tour de France 1998.

La commission d’enquête sénatoriale sur l’efficacité de la lutte contre le dopage qui a auditionné sous serment de nombreux sportifs depuis le mois de mars rendra son rapport le 18 juillet. Elle voulait rendre alors publique cette information qui a fuité. « Le rapport est en cours de rédaction. Je vois mal comment ces conclusions que je qualifierai de hâtives pourraient y figurer » s’est contenté de déclarer le sénateur UMP du Doubs, Jean-François Humbert, président de la commission. « Il y a effectivement un ensemble de documents correspondant aux prélèvements effectués durant le Tour 1998. Il y aura sans doute un certain nombre de noms dans cette liste jointe en annexe, “mais la commission ne veut pas se focaliser sur un sport ou un autre », a cependant précisé sous couvert de l’anonymat un autre membre de la commission.

Ferrari, le sorcier italien

Jusqu’en 2 000, aucun test ne permettait de détecter l’érythropoïétine (EPO) dans les urines. Mais, lors d’analyses effectuées en 2004 par le laboratoire antidopage de Châtenay-Malabry sur des échantillons d’urine prélevés en 1998, l’ EPO a été détecté dans plusieurs dizaines d’échantillons anonymes prélevés lors du Tour 1998, celui de l’affaire Festina. Ayant récupéré auprès du ministère des Sports les procès-verbaux sur lesquels figurent les noms des coureurs contrôlés et les numéros des échantillons correspondants, les sénateurs de la commission ont fait les rapprochements qui convenaient.

Selon « Le Monde » le nom de Laurent Jalabert apparaît également sur des documents saisis par la police italienne au domicile de Michele Ferrari, médecin italien impliqué dans des affaires de dopage qui suivait alors l’équipe ONCE à laquelle appartenait le Français.

L’ancien coureur cycliste aujourd’hui âgé de 44 ans, un brin sonné, a adopté une défense ambigüe. « Je ne peux pas dire que ce soit faux, je ne peux pas dire que ce soit vrai. Je n’ai pas de preuve. J’ai toujours fait confiance aux médecins des équipes. Je n’avais aucune raison d’être méfiant. On était soigné mais il était très difficile de savoir quels médicaments on nous donnait » », a-t-il déclaré avant d’annoncer qu’il renonçait comme cela était prévu à être consultant sur le Tour 2013 pour la radio RTL et pour France Télévisions.

Problème récurrent

Cinq mois après les aveux retentissants de l’Américain Lance Armstrong, trois jours après ceux de l’Allemand Jan Ullrich, vainqueur du Tour 1997, alors que Pierre Rolland, le coureur d’Europcar natif de Gien , meilleur Français au Tour 2012 vient de se trouver au cœur d’une mini-tempête pour un taux trop bas de cortisolémie sans avoir été contrôlé positif, cette nouvelle affaire tombe bien mal à quatre jours du grand départ. Le dopage chez les coureurs du Tour et chez les sportifs en général peut-il être éradiqué alors qu’il est un problème récurrent ?

Dès la première édition du Tour en 1903 il est apparu et a évolué ayant recours à des techniques et des produits de plus en plus sophistiqués et performants. Jusqu’en 1966, les tenants du dopage conservent le haut du pavé. L’écrivain journaliste Antoine Blondin qui chronique le Tour chaque année écrit « On a certes envie de leur dire qu’il ne fallait pas faire ça, mais on peut demeurer secrètement ému qu’ils l’aient fait. Du moins se seront-ils offerts aux acclamations et aux outrages pour que tourne le somptueux manège, ce concours permanent où ils se veulent élus ». Tout est dit.

 

Certains comme les frères Pélissier en 1924 décrivent en la gonflant un peu leur consommation de « pilules ». En 1949 le grand Fausto Coppi avoue à la télévision italienne utiliser des amphétamines en course. Jacques Anquetil en défend le principe : “Laissez- moi tranquille. Je me dope parce que tout le monde se dope. Bien souvent je me suis fait des piqûres et si, maintenant, on veut m’accuser de me doper, ce n’est pas bien difficile, il suffit de regarder mes fesses et mes cuisses, ce sont de véritables écumoires ».

La mort de Tom Simpson qui avait pris des substances dangereuses en 1967 sur les pentes du Mont Ventoux agit comme un électrochoc et déclenche la guerre anti-dopage. Mais les contrôles quotidiens n’empêchent pas les amphétamines d’être remplacées par les stéroïdes anabolisants. Eddy Mercks a été contrôlé positif trois fois. La fédération internationale couvre les coureurs et joue sur les règlements pour couper court aux scandales.

Festina puis Cofidis

En 1998 l’affaire Festina met en lumière la participation active d’équipes médicales dans l’organisation du dopage au niveau des équipes. Les contrôles sont renforcés et la France se dote d’une loi anti-dopage plus contraignante qui, de tout évidence, n’arrête pas tout. En 2004 éclate l’affaire Cofidis, en 2006 l’affaire Puerto. Les media espagnols publient une liste de coureurs dopés par transfusions sanguines. Y figurent entre autres Alberto Contador, Jan Ullrich et Ivan Basso. En 2007 Rasmussen , maillot jaune est exclu du Tour à la seizième étape. A la suite des aveux d’Armstrong , il admettra en 2012 s’être dopé entre 1998 et 2010.

Le cancer de Laurent Fignon

Les exemples sont légion mais faut-il admettre pour autant que le cyclisme soit le seul sport où l’on se dope et que l’on s’y dope plus que dans les autres disciplines sportives ? Patrick Keil, le juge qui a instruit l’affaire Festina, déclarait en juin 2008 : « le vélo a un problème avec le dopage mais il a montré qu’il faisait des efforts pour l’éradiquer contrairement à d’autres sports. Vous croyez qu’il n’y a pas de dopage dans le football, dans le rugby, dans le tennis ? ». L’athlétisme et le cyclisme sont de loin les sports les plus contrôlés et le pourcentage de positifs n’y est pas parmi les plus élevés, selon le ministère des sports.

Attendons les résultats de la commission d’enquête sénatoriale et les mesures qu’elle préconisera. Mettra-elle le doigt sur les conséquences à long terme du dopage sur la santé des anciens champions dont beaucoup comme Jacques Anquetil et Laurent Fignon sont morts jeunes. Valérie Fignon , la veuve de celui-ci, native de Bourges , se pose la question dans le livre qu’elle publie « Laurent » (Grasset, 265 pages, 19€). Quel lien avec le cancer qui l’a emporté à 50 ans ? « Je ne vais pas dire que cela n’a pas joué. Je n’en sais absolument rien ». conclut-elle. Il disait s’être contenté de prendre des amphétamines et des corticoïdes.

Françoise Cariès

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