« La fleur au fusil » à Avignon : une grande guerre par un grand homme

Après le succès Avignon Off 2011 et 2012 « Résister c’est exister », « Lettre de Délation », et « Race(s) », François Bourcier revient cette année au festival avec « La fleur au fusil » basée sur de vrais témoignages historiques de la guerre de 14/18.

fleur au fusil 2 Après 3 ans de recherches, de rencontres et de lectures sur le sujet, le comédien nous alloue une sublime entrevue avec les grands visages et les grandes histoires de l’époque.

Du pantalon rouge (fusillé pour l’exemple) à la bataille de Verdun 1916 (où demeurent à présent l’ossuaire de Douaumont), entre autres, en passant par les discours de la mort (les mutilations que les soldats s’auto attribuaient), sans oublier les rencontres entre soldats et civils (l’ignorance de la réalité), le comédien nous embarque et nous plonge dans un enfer cathartique et sensible, nous allant, autant droit au cœur, qu’au fond des tripes.

Aussi furieux que ces figures, si ce n’est plus, le comédien nous offre une extraordinaire interprétation, volant majestueusement avec amour, se faufilant comme un rat avec dégout, de témoignage en témoignage, sans détours et jusqu’au bout.

« J’ai compris ce qu’était la guerre : les morts derrières et rien devant. »

Ni une ni deux, le comédien se métamorphose en un monstre à dix têtes et mille bras, associant un texte touchant, à l’intelligence et la virtuosité de son travail et de ses capacités.

« C’est très difficile de l’intérieur. Oui, c’est dur, c’est se faire violence. C’est plonger dans des endroits terrifiant de soi. C’est toujours sur une limite.» confie François Bourcier.

Et tout est magnifiquement bien amené… Une douce alliance de finesse et de subtilité perle au milieu de cette fureur hémorragique. L’acteur devient rapidement et physiquement héroïque ! Et c’est avec une foi de fer et de feu, d’amour et d’ardeur, qu’il nous livre ce merveilleux et douloureux témoignage fait de beautés et d’horreurs.

« Je n’ai pas pu le faire, pas pu tirer, dit-il en arrachant le canon de révolver de sa gorge. Est-ce que je n’avais pas assez de cran ? Est-ce que j’en avais trop ? »

C’est incessamment que nous sommes bercés et remués par des éclats d’âme aux pénétrations presque sismiques. Et c’est avec grâce, que nous nous laissons atteindre et trancher, par la beauté et la désolation. La beauté comme miraculeuse, et la désolation…sans nom.

C’est ainsi qu’immergé au cœur d’un passé qui est nôtre, souvent pensé bien loin, quoi qu’en nous penchant sur de récents événements, tel que le pillage des morts de l’accident de train de Brétigny, nous pouvons en douter…nous oublions notre respiration. Comment je m’appelle ? Nous nous oublions bien vite aux creux de ce beau bordel. D’émotion en émotion, entre va et viens, larmes et rires contrits, défiance et tension. Et comme on nous le relate si bien dans la pièce : Le 11 novembre 1918. Ce n’est pas la fin des combats. C’est la mort de la paix.

Ana Elle

Retrouvez « La fleur au fusil » tous les jours jusqu’au 28 juillet, à 19h 20, au collège de la salle, Avignon. Réservation au : 04 32 76 20 12 .     Tarif : 17 Euros. 12 Euros (cartes Off).         12 Euros (enfants) .    

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