La Région veut embarquer les entreprises dans la lutte contre le déclin de la biodiversité

Devant un hémicycle comble, Jean-François Bridet, vice-président de la Région Centre-Val de Loire délégué à la biodiversité, a lancé le 12 novembre la phase de concertation pour l’élaboration d’une stratégie régionale pour la biodiversité 2035 qui devra être adoptée fin 2026. Nouveauté par rapport au plan 2012-2024 : les acteurs économiques sont prêts à s’impliquer. Assez pour changer la donne ?

conférence biodiversité Allain Bougrain-Dubourg et Jean-François Bridet
La conférence inaugurale a été confiée à Allain Bougrain-Dubourg, militant associatif, journaliste et président de la LPO, avec à ses côtés Jean-François Bridet, vice-président de la Région délégué à la biodiversité – Photo Pierre Dussin


Par Pierre Dussin.


Le constat est sans appel : près d’un quart de la flore, 40% des oiseaux nicheurs, un quart des poissons d’eau douce sont menacés de disparition sur le territoire régional. Certes, le précédent plan pour la biodiversité 2012-2024 de la Région a permis d’affiner la cartographie des habitats naturels et de caractériser leur faune et leur flore. Des mesures concrètes ont été prises par des communes, pays ou autres EPCI dans le cadre des contrats régionaux de solidarité territoriale qui doivent réserver 10% de leur dotation à la préservation de la biodiversité. Sur cette période, près de 600 actions ont aussi été conduites au titre du programme des « trames vertes et bleues » qui incitent les décideurs locaux à cartographier leur réseau écologique à l’échelle du 1/25 000ᵉ et à définir un projet de territoire en faveur de la biodiversité. Et surtout, un réseau d’acteurs a pu être consolidé grâce à la création en 2019 de l’Agence régionale pour la biodiversité et beaucoup d’associations ont pu mener des opérations de sensibilisation à l’environnement et à la biodiversité grâce aux conventions vertes financées par la Région.

Dépasser le cercle des initiés

Mais de l’aveu même de Jean-François Bridet, « si toutes ces initiatives ont permis de sauvegarder des espaces naturels, la liste rouge des espèces menacées n’a pas diminué et il devient urgent de partir collectivement à la reconquête du bon état des milieux naturels et de nombreuses espèces végétales ou animales qui sont en souffrance ».

C’est l’enjeu de la concertation à venir qui doit, pour réussir, mobiliser au-delà des partenaires traditionnels tels les associations de protection de l’environnement, les parcs régionaux ou les conservatoires d’espaces naturels. « L’Éducation nationale, le monde économique, de nombreuses communautés de communes étaient représentés ce matin dans l’hémicycle. Je ne peux que m’en réjouir », souligne le vice-président. 

Les entreprises interpellées

On part toutefois de loin si l’on regarde la stratégie 2023-2027 de l’Agence régionale pour la biodiversité (ARB) qui ne mentionne aucun objectif spécifique relatif aux entreprises. Le monde agricole n’est mentionné pour sa part qu’à travers la mise en place d’une zone test agricole sur l’agglomération de Bourges pour réintroduire de la biodiversité et améliorer la qualité de l’eau. Mais selon Jean-François Bridet, les acteurs économiques sont prêts désormais à investir en 2026 le processus de concertation. La présence de deux entreprises, la laiterie Saint-Denis-de-l’Hôtel et les laboratoires Expansciences, invitées à témoigner la matin même dans l’hémicycle de leurs efforts pour préserver le vivant en est la preuve. Et surtout le lancement par l’ARB en septembre dernier du programme régional « Entreprises engagées pour la nature » – en partenariat avec la CCIR, la CMAR, la CPME et le MEDEF Centre-Val de Loire – est le signe que les milieux patronaux prennent conscience du rôle clé joué par la biodiversité pour l’économie. Selon la Banque centrale européenne, 72% des entreprises européennes ne peuvent pas fonctionner sans les services rendus par la biodiversité. Ce programme permettra d’accompagner chaque entreprise, quelle que soit sa taille ou son secteur d’activité, dans le déploiement d’un plan d’action sur l’ensemble de sa chaîne de valeur (en amont sur ses achats, en aval sur ses produits et ses installations) afin de réduire son empreinte sur les milieux naturels. Bpifrance de son côté propose aux PME un diag Biodiversité, mobilisant un consultant sur 10 jours pour que l’entreprise puisse intégrer dans sa stratégie les risques et opportunités liés à la biodiversité.

Pas de sujet tabou

Selon le vice-président de la Région, tous les sujets pourront être abordés lors de l’élaboration de la stratégie régionale. Et certains seront à l’évidence plus sensibles que d’autres. L’objectif national de réduire l’artificialisation des sols devrait susciter des controverses dans une région qui subit depuis plusieurs années un véritable braconnage de terres agricoles avec notamment la floraison des entrepôts logistiques. Pourtant il devient urgent de stopper cette course au bétonnage si l’on sait que de 2011 à 2022, les espaces naturels agricoles et forestiers ont été amputés de 16 132 ha, soit l’équivalent de cinq terrains de foot par jour sur 12 ans.

Il en est de même pour la réduction de moitié de l’usage des produits phytosanitaires telle que prévue dans la stratégie nationale pour la biodiversité France 2030. À cet égard, l’expérimentation d’une zone test agricole, copilotée par l’agglomération Bourges Plus et la Chambre d’agriculture du Cher est ambitieuse. Il s’agit ni plus ni moins que d’accompagner et aider financièrement jusqu’en 2032 un collectif d’agriculteurs volontaires pour qu’ils fassent progressivement évoluer leurs activités vers des pratiques agroécologiques plus pérennes. L’enjeu à travers cet exercice est aussi de restaurer les points de captage d’eau potable lorsque l’on sait que la ville de Bourges est aujourd’hui contrainte de puiser la moitié de sa consommation d’eau dans la Loire. « Nous serons très attentifs au suivi de ce programme dont le but sera ensuite de dupliquer les bonnes pratiques sur d’autres zones agricoles, précise Jean-François Bridet. Nous avons mandaté des chercheurs de Tours pour qu’ils évaluent son impact, y compris sur un plan plus sociologique en prenant en compte les réactions et l’évolution des comportements des habitants et acteurs concernés ».


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  1. Je vous invite à La Source aux alentours du golf de Limére où le concessionnaire Porsche s’est installé sur ce qui était une forêt qu’il a complètement rasé. Malgré les protestations des amis de la nature. Quelles autorisations a t’il eu ? Préfecture mairie département ?
    Il ne reste sur plusieurs hectares aucun arbre ! Vroom vroom bravo !

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