Que d’hommages « féministes » depuis le 28 décembre pour célébrer la mémoire de Brigitte Bardot, notamment de la part des droites tourangelles. Et souvent, c’est une drôle de lecture « mythologique » qui est choisie plutôt qu’une réalité plus… nuancée. Au service de récits et d’objectifs politiques bien sûr.
Par Joséphine.
Concours d’hommages
Sobre incarnation de « la femme » pour Marion Nicolay-Cabanne, lieutenante LR de la liste de Christophe Bouchet, Brigitte Bardot devient sous la plume du patron tourangeau des LR Jérôme Tébaldi une « icône française ». De son côté, pour le candidat RN Aleksandar Nikolic, Bardot c’est bien plus que cela, elle serait la quintessence de la femme moderne, un modèle pour le monde entier. Un modèle inventé par le génie français bien sûr. Rien que ça.
Mais l’hommage le plus émouvant est celui de Mélanie Fortier, aux dernières nouvelles encore sur la liste Horizons menée par Henri Alfandari. Fortier parle carrément de Bardot comme d’une déesse du « politiquement incorrect », « libre, indocile, impossible à ranger. Femme engagée avant l’heure, icône mondiale sans compromis ». Inclassable donc. Et, soyons justes, Mélanie Fortier sait de quoi elle parle niveau inclassabilité.
Dépouiller Brigitte de sa gangue mystique
On l’a compris, dans cet océan d’hommages vibrants, peu de place pour les critiques et les rappels historiques. Car dans l’essentiel des médias, on en reste au mieux au très classique « bon bah voilà Bardot était juste une dame qui avait perdu les pédales sur ses vieux jours et dont certaines déclarations avaient été montées en épingle pour faire le buzz ». Bien pratique, mais… qu’en est-il vraiment ? Voici quelques faits pour remettre en perspective le mythe unanimement célébré.
Brigitte Bardot est née en 1936 dans une famille de la bourgeoisie catholique parisienne, conservatrice et de droite. La jeune Brigitte suit tout naturellement une éducation de très bonne famille : cours dans un établissement catho privé et apprentissage de la danse au conservatoire. Mais à 14 ans, la trajectoire toute tracée de Brigitte Bardot rencontre celle de Roger Vadim – 22 ans à l’époque –, celui qui sera bientôt son premier mari et qui participera à la construction du mythe.
Bardot se voit alors rapidement proposer ses premiers rôles par l’entremise d’amis de son père et de Vadim. Elle devient dès son adolescence ce que l’on appelle une « people », suivant les nouveaux modèles de la célébrité qui se développent dans les pays anglo-saxons, photographiée très régulièrement par Paris-Match qui participe au phénomène. Véritable star internationale à 22 ans en 1956 avec Et… Dieu créa la femme, Bardot enchaîne les films, étant l’objet régulier de violences et d’arnaques de la part de réalisateurs et producteurs qui dominent le secteur de l’industrie cinématographique. Secteur qui dégoûtera d’ailleurs vite Bardot qui arrête sa carrière à la veille de ses 40 ans.
Et Brigitte rencontra… l’extrême droite
En 1959, sous l’œil des photographes, Bardot use pour la première fois de son statut de vedette en dehors du monde des arts et des mondanités. Elle rend visite – et hommage – à des blessés de guerre rapatriés d’Algérie à l’invitation de deux jeunes députés qui ont le vent en poupe. Le premier est le poujadiste Jean-Marie Le Pen, fraîchement revenu d’Algérie où, pendant la bataille d’Alger, il a pratiqué régulièrement la torture. Le second est Pierre Lagaillarde, un pied-noir artisan du putsch d’Alger du 13 mai 1958 et bientôt instigateur des émeutes d’Alger en janvier 1960, émeutes après lesquelles il fuira à Madrid sous la protection de Franco et fondera début 1961 un groupe terroriste d’extrême droite, l’OAS. OAS qui tentera en 1962 d’extorquer de l’argent à Bardot, qui refusera alors de payer.
Vingt ans après avoir arrêté sa carrière, Bardot rencontre en 1992 au cours d’un dîner organisé par son avocat Jean-Louis Bouguereau – un pilier du FN varois –, son futur mari, Bernard d’Ormale, un industriel, proche conseiller de Jean-Marie Le Pen. Dès lors, elle prendra fait et cause pour le FN, elle qui était restée discrète politiquement jusque-là, avouant juste être conservatrice et admiratrice de De Gaulle et Giscard, prenant peu part au débat public, si ce n’est pour la cause animale et par cette déclaration au sujet du Mouvement de Libération des Femmes en 1973 : « Dieu sait pourtant que je suis une femme qu’on peut appeler libre. Mais je suis d’abord une femme. Et jamais les femmes ne seront comme des hommes. Si elles sont si malheureuses, c’est qu’elles ne veulent plus être ce qu’elles sont. Ne plus être l’« objet ». Mais revendiquer les droits propres aux femmes. Je trouve que le MLF, c’est parfaitement comique et idiot. Bien sûr, il faut trouver un juste milieu. Mais pour se réaliser pleinement, les femmes doivent rester des femmes. Et les vraies femmes, il n’y en a plus. Les vrais hommes non plus. On constate en ce moment une mutation d’un sexe à l’autre. […] Les hommes sont des minets et les femmes essaient d’être des hommes ».
Brigitte Bardot appellera à voter pour Catherine Mégret pour les municipales à Vitrolles en 1997, puis pour Marine Le Pen à la présidentielle 2012. En 2022, elle se prononce pour Eric Zemmour avant de changer d’avis et soutenir Nicolas Dupont-Aignan de Debout la France. Pendant tout ce temps, elle prend régulièrement la parole pour dénoncer l’immigration, soutenir la police face à la « racaille envahissante » et encenser Florian Philippot ou Jordan Bardella.
La délinquante multirécidiviste
Toutes ces prises de position ne sont pas anecdotiques ni arrachées sur le ton de la confidence à une dame un peu sénile. Elles sont publiques, assumées et constituent l’évidente colonne vertébrale politique d’une femme d’extrême droite qui use de sa notoriété depuis l’âge de 40 ans pour diffuser son idéologie. Et le pedigree judiciaire de BB en témoigne sans ambiguïtés : entre 1997 et 2021, Brigitte Bardot a été condamnée six fois par la justice française pour « provocation à la haine raciale ou religieuse » ou « injures publiques ». Voici un petit best-of des principales déclarations documentées qui lui ont valu des condamnations définitives :
1997 : Condamnée pour des propos parus dans Le Figaro critiquant l’Aïd-el-Kébir et l’immigration. Elle écrivait : « Voilà que mon pays, la France, ma patrie, ma terre, est de nouveau envahie, avec la bénédiction de nos gouvernements successifs, par une surpopulation étrangère, notamment musulmane, à laquelle nous faisons allégeance. De ce débordement islamique, nous devons subir à nos corps défendant, toutes les traditions. D’année en année, nous voyons fleurir les mosquées un peu partout en France alors que nos clochers d’églises se taisent faute de curés. […] Serai-je obligée de fuir mon pays devenu terre sanglante pour m’expatrier ? »
1998 : Nouvelle condamnation pour avoir dénoncé la construction de mosquées en France.
2000 : Condamnée pour des passages de son livre Le Carré de Pluton, où elle s’en prenait à l’« invasion » de la France par des étrangers.
2004 : Condamnation pour « provocation à la haine raciale » suite à la publication de son livre Un cri dans le silence. Elle y écrivait : « Je suis contre l’islamisation de la France. Cette allégeance obligatoire et cette soumission forcée me dégoûtent. Me voici peut-être, encore, fragilisée par l’ombre d’un procès, mais il n’est pas né celui qui m’empêchera de m’exprimer. Nos aïeux, les anciens, nos grands-pères, nos pères ont donné leurs vies depuis des siècles pour chasser de France tous les envahisseurs successifs. Pour faire de notre pays une patrie libre qui n’ait pas à subir le joug d’aucun étranger. Or, depuis une vingtaine d’années, nous nous soumettons à une infiltration souterraine et dangereuse, non contrôlée, qui, non seulement ne se plie pas à nos lois et coutumes, mais encore, au fil des ans, tente de nous imposer les siennes » ou bien « Alors que chez les animaux, la race atteint des sommets de vigilance extrême, les bâtards étant considérés comme des résidus, bons à laisser pourrir dans les fourrières, ou à crever sans compassion d’aucune sorte, nous voilà réduits à tirer une fierté politiquement correcte à nous mélanger, à brasser nos gènes. C’est extrêmement dommage » ou alors « On n’a plus le droit d’être scandalisés quand des clandestins, ou des gueux, profanent et prennent d’assaut nos églises pour les transformer en porcheries humaines, chiant derrière l’autel, pissant contre les colonnes, étalant leur odeur nauséabonde sous les voûtes sacrées du chœur, […]. Les priorités sont accordées aux immigrés, pour lesquels les gouvernements débloquent des sommes considérables ».
Bardot y parle aussi des homosexuels : « Certains homosexuels ont toujours eu un goût et un talent plus subtil, une classe, une envergure, une intelligence, un esprit, un esthétisme qui les différenciaient du commun des mortels jusqu’à ce que tout ça dégénère en lopettes de bas étage, travelos de tous poils, phénomènes de foire, tristement stimulés dans cette décadence par la levée d’interdits qui endiguaient les débordements extrêmes » ou de MeToo « Concernant les actrices, et pas les femmes en général, c’est, dans la grande majorité des cas, hypocrite, ridicule, sans intérêt. Moi, je n’ai jamais été victime d’un harcèlement sexuel. Et je trouvais charmant qu’on me dise que j’étais belle ou que j’avais un joli petit cul. Ce genre de compliment est agréable. Or il y a beaucoup d’actrices qui font les allumeuses avec les producteurs afin de décrocher un rôle. Ensuite, pour qu’on parle d’elles, elles viennent raconter qu’elles ont été harcelées…»
2008 : Elle est condamnée à 15 000 euros d’amende pour une lettre envoyée à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, où elle disait être « lassée d’être menée par le bout du nez par toute cette population qui nous détruit, détruit notre pays en nous imposant ses actes ».
2019, dans une lettre ouverte adressée au préfet de La Réunion pour dénoncer la maltraitance animale, elle a tenu des propos d’une extrême virulence. Elle a qualifié les Réunionnais d’« autochtones ayant gardé leurs gènes de sauvages », parlant d’une « population dégénérée encore imprégnée des traditions barbares qui sont leurs souches ». Elle a également évoqué des « réminiscences de cannibalisme ».
Inclassable et impossible à ranger comme le dit Mélanie Fortier, peut-être pas. Mais politiquement incorrecte, ça oui. En tout cas, révélatrice de son époque, de son milieu, d’une manière de voir le monde et du patriarcat immonde de l’industrie du cinéma.
Plus d’infos autrement :
Brigitte Bardot ou l’illusion d’une émancipation