Vendredi 9 janvier à la Scène nationale d’Orléans, Salia Sanou présentait sa chorégraphie De Fugues en Suites, des variations autour de Bach. D’origine burkinabée, il introduit aussi des musiques de son pays jouées au balafon. Six danseuses occupent le plateau nu et retracent les volutes sonores baroques ou africaines, dont la chaleur et l’émotion n’arrivent pas à se retrouver dans la chorégraphie.

Les six danseuses de De Fugues en Suites. Photo Laurent Philippe.
Par Bernard Cassat.
Les six danseuses sortent lentement de la nuit en silence. Elles se figent. Puis l’une d’elles fait le geste de toucher un clavier. Et le son arrive, un contrepoint de Bach. La main vibre, vibre tant qu’elle entraine le corps et la danse peut prendre forme. Tout le spectacle s’articule autour de cette vibration première de la main, qui reviendra régulièrement dans la chorégraphie. Il y aura d’autres gestes, d’autres parties du corps. Les pieds à un moment donnent le rythme en frappant par terre, en sautant bruyamment, extrêmement rapidement pour ne pas perdre un temps rempli de notes par Bach.
Un ensemble austère
Le groupe varie, les danseuses se retrouvent par deux, par trois, mais on sent la forte individualité de chacune. L’ensemble reste austère, comme le plateau nu de la scène et l’éclairage sans effet.

Austérité de la musique de Bach, pourtant à certains moments très virevoltante. Et puis les moments de balafon, eux aussi pleins de notes, suivis par les danseuses avec plein de gestes, pieds et mains, bras. La chaleur africaine n’est pas loin, mais la danse reste stricte.
Roulement et piétinements, roulements et tensions, les danseuses ne ménagent pas leur expressivité. Cette chorégraphie n’est pas narrative, on ne voit pas vraiment d’images invoquées. Elle suit parfaitement la musique, exprime bien cette rigueur de Bach. Mais elle n’arrive pas à capter l’émotion. Bach pourtant peut émouvoir profondément.

Photo Laurent Philippe.
Ce De Fugues en Suites épouse parfaitement la forme du compositeur baroque. Mais dans une retenue un peu frustrante. Lorsque Salia Sanou vient saluer sur scène avec ses danseuses, et que tous les sept se mettent à se lâcher vraiment sur un air de balafon, on sent les carcans éclater et le plaisir émotionnel s’installer. Un peu tard…