On l’a appris ce jeudi 8 janvier via Frontières, un magazine d’ultra-droite : trois figures de la précédente majorité de droite Babary-Bouchet seront présentes sur la liste RN menée par Aleksandar Nikolic pour les municipales de mars prochain.
La liste RN pour les municipales à Tours ratisse large. ©InfoTours
Par Joséphine.
Retour du diable Vauvert
Parmi ces personnalités, deux adjoints de quartier entre 2014 et 2020 : la très discrète Danielle Oger, une des anciennes conservatrices du musée des Beaux-Arts et Lionel Béjeau, médecin et ex-membre de Debout la France (DLF), le groupuscule de Nicolas Dupont-Aignan. Détail cocasse, Béjeau avait d’ailleurs quitté DLF en mai 2017, en désaccord avec le ralliement de Dupont-Aignan à Marine Le Pen au second tour de la présidentielle.
Mais c’est surtout Céline Ballesteros qui crée la surprise. Ancienne conseillère départementale LR et vice-présidente au sport et à la culture entre 2016 et 2021 dans cette collectivité, elle était aussi l’influente adjointe au commerce à Tours, numéro trois dans l’organigramme municipal. Surprise ? Pas totalement. Après une période de mutisme politique débutée à l’été 2021, Ballesteros avait repris de discrets positionnements sur les réseaux sociaux depuis la rentrée dernière. Elle soutenait le collectif de commerçants en colère contre la politique d’Emmanuel Denis, collectif dont la figure de proue, Antoine Duchâteau, était avec elle sur la liste LR dissidente des municipales 2020 et qui a désormais rejoint le non moins dissident Horizons, ex-PS et ex-LREM Benoist Pierre. Mais surtout, Céline Ballesteros partage des publications de Sarah Knafo (Reconquête) et de Charles Alloncle (UDR), les stars montantes de la galaxie Bolloré et militants de l’union des droites, façon Éric Ciotti.
LR, la guérilla des notables
Céline Ballesteros, c’est surtout une ancienne cadre LR. Arrivée en politique lors des municipales 2014, elle gravit rapidement les échelons et arrache même le canton de Tours-Ouest à la gauche en 2015. Elle est également au centre des déchirements locaux des Républicains, notamment lors de la désignation du candidat pour la législative 2017 sur la prestigieuse circonscription de Tours centre. Investie par le parti et soutenue du bout des lèvres par les barons Philippe Briand et Frédéric Augis, Ballesteros subira ensuite la fronde de sa camarade Françoise Amiot, également adjointe à Tours, qui claquera alors la porte de LR et rejoindra un temps les macronistes avant de finir chez… Reconquête. Mais l’investiture de Ballesteros rendra également tout colère le très droitier Thibault Coulon qui annoncera alors « faire une pause de LR », lui qui avait déjà quitté l’UMP en 2012 car il n’avait pas reçu d’investiture non plus à l’époque. Cela dit, peu importe, lors de cette législative de juin 2017, Céline Ballesteros arrive quatrième avec 13% des voix. Et du reste, celui qui venait de quitter son parti et qui tenait à se présenter sans étiquette, Lionel Béjeau, culmine à 2%.
Cet épisode laissera des traces quelques mois plus tard, à l’automne 2017, lorsque le maire Serge Babary démissionne de son mandat pour rejoindre le Sénat. La fracture de la droite est consommée et aboutit à l’élection d’extrême justesse – au bénéfice de l’âge – de Christophe Bouchet face au LR Xavier Dateu, lâché par certains de ses camarades qui l’avaient mauvaise depuis les législatives. Ballesteros, proche de Dateu, restera encore quelques mois adjointe au commerce avant de démissionner de son poste à l’été 2019 et de rejoindre l’opposition. Elle sera ensuite sur la liste LR dissidente menée par Xavier Dateu aux municipales de 2020, obtenant 4% des voix. L’année suivante, lors des élections départementales 2021, Céline Ballesteros est éliminée dès le premier tour avec 17%, dépassée par le macroniste Loïc Guilpain, aujourd’hui d’ailleurs présent sur la liste de Christophe Bouchet pour mars prochain.
Le commerce, une affaire de famille
Mais qu’a donc fait Mme Ballesteros pendant cette traversée du désert de cinq années ? La question doit vous brûler les lèvres. Et bien elle est revenue à ses premiers amours : l’entrepreneuriat. Et chez les Ballesteros, c’est une affaire de famille.
Déjà, maman Ballesteros tient une boutique de jouets en bois dans le centre de Tours. Mais c’est surtout le papa, Daniel Ballesteros, qui a transmis la fibre à Céline. Médecin généraliste de formation, il s’est intéressé aux médecines chinoises et celles dites douces et alternatives. Il a même carrément inventé sa propre discipline, la « vitalothérapie, une approche thérapeutique qui cherche à relancer les processus d’autoguérison, par l’équilibre de la relation corps-émotions-esprit. Cette thérapie bienveillante tend à rechercher, et apaiser les causes émotionnelles et les blocages énergétiques à l’origine de nombreux maux », une méthode qui utilise « taoïsme, médecine traditionnelle chinoise, médecine ayurvédique – que dans les neurosciences, médecine quantique, épigénétique… ainsi que des outils variés tels que l’homéopathie, la phytothérapie, l’acupuncture, les compléments alimentaires, la visualisation, l’acupression des méridiens énergétiques, la méditation, le massage psycho-émotionnel… pour rétablir l’équilibre général de ses patients et relancer leur capacité d’autoguérison ». Le docteur Ballesteros vend donc des conférences et des livres et il s’est spécialisé il y a quelques années également en sexothérapie.
Dans son sillon, Céline Ballesteros s’est elle aussi consacré au segment bien-être et est même « diplômée en vitalothérapie ». Elle dispose depuis une vingtaine d’années de toute une panoplie de marques et entreprises qui lui permettent de mener sa petite barque. En 2008, elle fonde le très pompeux « Institut de Nutrition du Val de Loire » avec un ancien cadre de l’industrie pharmaceutique, en réalité une boîte d’achat-vente de compléments alimentaires et de mise au point de produits et procédés. Céline Ballesteros a par la suite ouvert un commerce à Tours où elle a pu écouler ses produits sous différentes marques, Phytodiet et Célilor, dont elle se dit modestement PDG sur sa page LinkedIn. Bougies parfumées, compléments alimentaires pour améliorer le bien-être intestinal ou le drainage, bracelets en « pierres d’énergie », crèmes hydratantes, sérums liftants, huiles essentielles, tisanes « luttant contre le stress oxydatif et drainant l’excès de chaleur du corps », produits de la gemmothérapie… Quoi ? Vous ne savez pas ce que c’est ? Le site de Phytodiet vous explique : « la gemmothérapie utilise les bourgeons, les pousses, les germes et les radicelles ou les tissus embryonnaires de plantes. Ces tissus embryonnaires contiennent toutes les propriétés (à la fois biochimiques et énergétiques) de la future plante entière. La gemmothérapie est une approche holistique. Cela signifie qu’elle fonctionne à la fois sur le plan psychique et énergétique, que sur le plan mental et émotionnel (https://phytodiet.fr) ».
Céline, la serial-entrepreneuse
Mais ce n’est pas tout, Céline Ballesteros est également « formatrice, coach et mentor en bien-être ». Elle avait même fondé un éphémère cabinet de conseil à cet effet – CBE conseils – ainsi qu’une page Facebook où elle dispensait généreusement les « Astuces de Céline » avec des recettes de cuisine saines mais aussi des exercices de Qi-Gong en vidéo, une gymnastique traditionnelle chinoise. Elle proposait même des formules « samedis du bien-être » à une petite centaine d’euros la journée.
« Sérial-entrepreneuse » comme on dit dans la start-up nation, Céline Ballesteros a aussi utilisé ses locaux pour monter un « concept store » en 2021/2022, appelé « Nostalgie et Bien-être », servant à écouler ses marques mais aussi chocolats, huiles vierges, caviar, « rhums arrangés en adéquation avec la singularité de chaque signe astrologique » mais aussi dispositifs de « photobiomodulation » délivrant « une lumière rouge pour la récupération physique et mentale » ou les « bols d’air Jacquier », procédé qui permet pour quelques petits milliers d’euros de s’oxygéner via une machine.
Ce sont également dans ses locaux que Céline Ballesteros a créé avec sa fille et deux amies une marque de lingerie, produits coquins et sextoys, « Sexylor ». Disponibles en achat directement en boutique, la marque proposait aussi des packs payants à des « ambassadrices » qui pouvaient ensuite en revendre le contenu lors de sympathiques soirées entre amies, façon réunions Tupperware. La méthode s’appelle le MLM, multi-level marketing, que certains assimilent à de la vente pyramidale, interdite en France. Du reste, le ministère de l’Economie conseille très officiellement de se méfier du MLM. Mais bon, quand on a la fibre entrepreneuriale, hein.
En tout cas, on l’aura compris, Mme Ballesteros est implacable en affaires, elle expliquait même à la Nouvelle République à l’automne 2014 à la suite de petits soucis réglés devant le Tribunal de Commerce : « Il ne faut pas se laisser faire. J’ai estimé que le cabinet poitevin qui gère ma comptabilité avait surestimé le montant de son service, j’ai donc refusé de payer. Comme nous n’avons pas trouvé un accord, il m’a assignée et ma société a été condamnée à payer » 14.000 euros. « La vie entrepreneuriale n’est pas un long fleuve tranquille, elle est semée d’embûches et d’expériences, faite de petites déceptions mais aussi de grands bonheurs (…) « aux États-Unis, vous sortez grandis de vos problèmes, en France, on vous enfonce tout de suite ».
Céline est dans la place
Depuis 2022, Céline Ballesteros et sa fille ont plutôt donné dans la mode, ouvrant une autre boutique à Tours ainsi qu’à Saint-Tropez sous la marque Bella et l’entreprise Belle-Anna. Malheureusement, cette dernière est placée en liquidation judiciaire depuis quelques mois et les boutiques ont été fermées. Probablement la faute à la politique écologiste d’Emmanuel Denis qui tue le petit commerce avec ses pistes cyclables et ses zones piétonnes, direz-vous ?
Et bien pas vraiment, la boutique historique de Céline Ballesteros, à deux pas de la place Jean Jaurès, était située place Michelet et cette dernière avait fait l’objet d’un joli réaménagement piéton décidé par la majorité… au temps où Mme Ballesteros était encore adjointe au commerce, en 2018.
Plus intéressant encore : les affaires du compagnon de Céline Ballesteros, le footballeur Jean-Luc Ettori, établi à Tours depuis des années. Ce dernier ainsi que deux de ses neveux avaient acheté trois restaurants/bars place Châteauneuf quelques temps avant que cet espace organisé autour d’un parking soit également réaménagé en très jolie placette piétonne avec massifs de fleurs et agréables terrasses où l’on peut déguster une planchette de charcuteries corses avec vue imprenable sur la tour Saint-Martin. Réaménagement conduit par la majorité Babary en 2016 alors que Ballesteros était adjointe au commerce.
La séquence avait d’ailleurs été pointée du doigt par le sémillant opposant de l’époque, habitué des happenings en conseil municipal, se grimant parfois en Donald Trump pour des rassemblements place Jean Jaurès… Eh oui, on parle bien d’Emmanuel Denis – période activiste –, lui qui avait alors surnommé l’élue « Ballesterrasses », l’expression lui ayant collé à la peau depuis. Toutefois, Céline Ballesteros, son compagnon et Serge Babary ont toujours nié un lien entre ces faits, la réfection de la place ayant été pensée sous Jean Germain.
Il est donc bien loin, le temps d’un RN dégagiste anti-élites qui critiquait le système « UMPS ». Désormais, à Tours, c’est un candidat parachuté qui cumule les mandats à la Région et au Parlement européen qui monte une liste RN avec des vieilles gloires de la droite à la papa aux carrières longues et sinueuses, donnant carrément dans le business « new-age ». Et oui, c’est aussi ça la normalisation et la quête de respectabilité.
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