Le maire d’Issoudun brigue un neuvième mandat consécutif, mais les défections s’enchaînent. Après le conseiller départemental Michel Bougault, c’est au tour d’Isabelle Bruneau de faire sécession.
André Laignel est challengé dans son fief d’Issoudun pour les prochaines élections municipales. (photo archives PB)
Par Pierre Belsœur.
« Nous partons pour gagner » assure, bravache, Michel Bougault. Le conseiller départemental d’opposition (ils ne sont plus que quatre, il est loin le temps où la gauche était majoritaire et André Laignel patron du département, c’est fini depuis 1984 !) ne veut pas être calife à la place du calife. « On ne va pas remplacer un maire de 83 ans par un de 76 ans. Mais il faut des idées nouvelles pour Issoudun et André doit passer la main. »
Et justement, la liste « Issoudun Demain » a mis à sa tête Julien Dubot, directeur adjoint de l’hôpital de Châteauroux-Le Blanc. Un quadra pratiquant la course à pied, pour redonner du souffle à la sous-préfecture de l’Indre. Le « jeunot » a reçu la semaine dernière un renfort intéressant puisqu’Isabelle Bruneau, la dernière députée socialiste de l’Indre (2012-2017), a démissionné de son poste de conseillère municipale pour rejoindre « Issoudun Demain ». La raison de cette défection ? Le fonctionnement d’une équipe dans laquelle les décisions viennent d’en haut, le conseil n’étant qu’une chambre d’enregistrement.
Julien Dubot se rêve en successeur d’André Laignel – Issoudun Demain
Une forteresse assiégée
André Laignel n’a sans doute pas dit son dernier mot. Le dernier des mitterrandiens (avec Jack Lang) a le cuir dur et ne laissera pas échapper un fief qu’il s’est taillé voici bientôt cinquante ans. Il pourrait pourtant passer la main après autant de campagnes victorieuses au niveau municipal, cantonal, national et européen. Comme à son habitude, le « petit qui a le bras long » n’a rien révélé de ses dispositions et lancera sans doute sa campagne le 14 février, jour de la Saint-Valentin où il a pris l’habitude de déclarer sa flamme à sa ville. En attendant, c’est silence radio. Les demandes d’interview répétées de Magcentre n’ont obtenu aucune réponse. Le maire a toutefois fait part de sa combativité à l’occasion de ses vœux au personnel municipal en souhaitant que 2026 soit une année utile. Et comme il dit parfois, « je n’ai jamais volé de bonnes idées à l’opposition, elle n’en a pas ! » Pour que l’année soit utile, c’est donc avec lui qu’Issoudun a des chances d’évoluer dans le bon sens.
André Laignel avait certes obtenu un score canon avec 74,60% des suffrages dès le premier tour, mais l’élection s’était tenue dans des conditions particulières (début de la crise du Covid) avec moins de 50% de votants, favorisant encore plus qu’à l’habitude les candidats sortants. Si André Laignel se représente, hypothèse la plus probable, il aura face à lui trois listes.
Un deuxième tour à suspense
Dans une telle configuration, il y aura nécessairement un deuxième tour de scrutin. Brigitte Colson déjà tête de liste de droite en 2014 repart au combat, tout comme Damien Mercier, candidat lui en 2020 pour Lutte ouvrière.
La liste « Issoudun Demain », qui n’affiche pas de couleur politique et se veut liste citoyenne, sera peut-être le principal adversaire de la probable liste socialiste d’André Laignel. En dehors de Michel Bougault et Isabelle Bruneau, elle a attiré d’autres anciens colistiers du maire sortant comme Lucie Barbier ou Marie des Neiges Chèze, mais aussi des profils venant du monde de l’entreprise ou associatif.
L’autoritarisme « souriant » d’André Laignel a longtemps convenu aux Issoldunois tant leur maire a transformé la ville en un demi-siècle. Néanmoins l’image d’Issoudun se ternit depuis quelque temps avec un déclin démographique continu (5 000 habitants de moins depuis 50 ans, soit un tiers de sa population), une insécurité dans la ville et au stade de foot. Au point qu’André Laignel parle de recourir à la surveillance vidéo, notion qu’il a combattue pendant des années, estimant que c’était à l’État de financer cette sécurité. Et c’est sur ce terrain que Julien Dubot entend faire campagne. « La sécurité et l’offre médicale. Il est invraisemblable qu’Issoudun ne dispose pas d’une maison médicale, outil indispensable pour attirer de nouveaux médecins. D’autant plus étonnant qu’elle pourrait fonctionner en collaboration avec l’hôpital. » La bataille sera acharnée, à coup sûr. Alors, le socialiste va-t-il faire la campagne de trop ?
Un animal politique
Né à Paris dans une famille communiste en 1942, André Laignel n’est pas bachelier, mais docteur en droit pour avoir repris ses études, à la suite d’un certain nombre de « petits boulots ». Il adhère au Parti socialiste en 1968 et débarque dans l’Indre pour aider Charles Hernu, parachuté à Châteauroux. La greffe ne prend pas mais André Laignel reste à Issoudun. Devient conseiller général en 1976 et maire d’Issoudun en 1977. Depuis, même le restaurant La Cognette, sa cantine, a changé de main, mais lui est toujours là. En un demi-siècle, il aura été conseiller général (1976-2004), président du Conseil général (1979-1985), député de l’Indre (1981-1988), secrétaire d’État à la formation professionnelle (1988-1991) puis à l’aménagement du territoire (1991-1993), député européen (1994-1999 puis 2004-2009). Il est par ailleurs premier vice-président délégué de l’Association des maires de France.
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