Objet théâtral assez non identifié, Frasques, monté par le collectif Galactic Ensemble, joue trois fois à la Scène nationale d’Orléans. Partant de la réalité, cette fresque du quotidien nous emmène la tête à l’envers. Les cinq acrobates installent un joyeux bazar sur scène, avec des moments visuellement impressionnants.

Le quotidien vu par le Galactic Ensemble. Photo Laure Degroote
Par Bernard Cassat.
« Plus que le cirque en lui-même, notre point de départ est une réflexion actuelle sur l’homme et le rapport qu’il entretient à un environnement hostile. » Cette déclaration d’intention du Galactic Ensemble, un collectif issu des milieux circassiens, est totalement respectée dans leur spectacle Frasques. Cirque, théâtre, fresque du quotidien, jeu avec les images ? Tout cela à la fois, sans doute, en tout cas un spectacle totalement original dans tous ses aspects.
Rien n’est simple dans la vie, même tenir debout. C’est à partir ou autour de gestes quotidiens que Galactic construit le spectacle. En s’amusant, sinon pourquoi être sur scène ? Ils sont cinq, trois garçons et deux filles. Ils s’amusent avec les cinq premiers chiffres, mettent longtemps à trouver le zéro, le feu vert du début, l’ordre de partir.

Construction du décor. Photo Laure Degroote.
Mais ils ont des difficultés à dire les choses. Ils inventent donc de curieuses farandoles qui les font tous passer devant le micro pour dire leur mot. Ça va très vite, une chaîne humaine qui ondule en cercle, des acrobates, vraiment. L’important n’est pas tant la parole que l’énergie de cette file humaine qui roule dans un mouvement continu. Pour aller où ? C’est eux-mêmes qui posent la question…
Pour aller chercher d’autres décors, des tables qu’ils dressent, qu’ils recouvrent d’une nappe noire, et qui vont devenir une sorte de jeu de foire, de chamboule-tout. Chaque personnage glisse de gauche à droite puis disparaît et revient au début de la chaîne. Ils tentent de mettre la table en passant. Image de banquet paysan, de réunion politique, enfin plutôt côté anarchie, de jeu de destruction. Visuellement fort. Surtout qu’une très belle chanson révolutionnaire vient préciser les choses, les voix qui s’unissent dans des accords élaborés pour bien signifier la force et l’émotion du collectif.

L’argent tombé du ciel, c’est bon à manger ? Photo Laure Degroote.
Plus tard, le décor va se compléter. Un chemin totalement instable va s’ouvrir, des planches fixées sur de gros ballons. Ça tangue dans tous les sens. Les cinq protagonistes retrouvent la problématique de l’équilibre. Comment tenir debout ? En tâtonnant, en se tenant les uns les autres, en s’aidant. La pesanteur est un vaste problème existentiel.
D’ailleurs ils s’en jouent. Un système dans les cintres leur permet de marcher à l’envers. Et quand le monde à l’envers rencontre le monde à l’endroit, tout s’arrête. Que fait-on alors ? Les deux filles l’une à l’endroit, l’autre à l’envers, mais accrochées l’une à l’autre, restent en l’air un bon moment avant de savoir que faire.
Des images fortes
Tout le monde va se retrouver là-haut, têtes en bas, pour saluer. En chantant encore une fois la même chanson de la révolte. Image finale absolument prenante, jamais vue, d’un humour poussé. Ce collectif nous a entraînés dans ses Frasques et vient à l’envers nous signifier la fin, qu’ils restent là-haut et à l’envers.
Ces images fortes, formidables, ponctuent le spectacle. Qui parlent de petits riens du quotidien, de questions qu’on se pose mille fois par jour, comment on fait, quoi, où, comment ? Et leurs réponses sont parfois aussi des petits riens dont certains durent un peu trop. Pourtant court, environ une heure, Frasques a des passages vides qui plombent le rythme du spectacle. Bien qu’énergiques, des moments comme les chiffres du début ne mènent nulle part. Ce qui fait partie de leur problématique, mais on comprend assez vite. Pas besoin d’insister autant ! L’anarchie, la liberté qu’ils déploient sur scène restent toutefois assez vives pour nous entraîner loin. On en ressort content que le sol soit fixe et nous laisse tranquille. Même si on a aussi un peu la tête à l’envers.
« Frasques » par le Galactic Ensemble
Au Théâtre d’Orléans, salle Barrault.
Mardi 20, mercredi 21 janvier 20h30
Jeudi 22 janvier 19h30
Billetterie ici
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