Vous en avez assez de retrouver vos terrains labourés par les sangliers ? Benoit Charbonneau rageait aussi de voir son travail ravagé chez ses clients ! Jardinier-paysagiste varois, il livre la solution à travers un livre qu’il vient de publier : Protéger son jardin des sangliers (Ed. Tarran). Sans équivalent sur le sujet, cet ouvrage fait le tour de la question et vous donne toutes les informations pour comprendre et résoudre le problème. En prime : une notice d’installation testée et approuvée !
Pelouse retournée, potagers dévastés… Le sanglier laisse toujours une trace ravageuse de son passage. Photo Benoit Charbonneau.
Attirés par la nourriture, les feuillages et les points d’eau l’été, les sangliers ne reculent devant rien pour pénétrer dans les jardins. Photo Lost_in-The-Midwest/Ed.Terran
Propos recueillis par Estelle Boutheloup.
Pourquoi les sangliers rentrent-ils dans les jardins et que cherchent-ils ?
Benoit Charbonneau. De la nourriture ! Leur territoire étant de plus en plus grignoté en périphérie des villes, la nourriture vient à leur manquer. En forêt, ils trouvent graines, glands, fruits, œufs d’oiseau, champignons, vers de terre, batraciens… Dans nos jardins, ils cherchent des bulbes, des racines, et quand ils labourent c’est pour trouver vers de terre, larves et rongeurs. Ils mangent aussi des pommes tombées, des framboisiers, des feuilles et des salades… L’été, quand il fait sec, c’est l’humidité qu’ils recherchent, les points d’eau et d’arrosage. Car le sanglier ne transpire pas, et manger tout et n’importe quoi le fait beaucoup saliver.
Si les sangliers pénètrent dans les jardins mais aussi golfs, stades de foot, jardins d’enfants…, c’est qu’ils se rapprochent de plus en plus des zones urbaines. Quelles explications pouvez-vous donner à cela ?
Nous faisons face à une explosion des populations depuis 40 ans avec une augmentation de 2% par an. Le Sud-Est étant la région la plus affectée contrairement au Val-de-Loire qui, lui, est en baisse : – 27% en Loir-et-Cher, – 24% dans le Cher et – 21% dans le Loiret, d’après les chiffres de l’Office national de la Biodiversité. Mais le phénomène concerne toute l’Europe. Il faut savoir que le sanglier est une machine à se reproduire ! Une laie peut avoir entre 5 et 13 petits par portée, à raison de 3 portées en 2 ans dans les années les plus favorables pour une jeune laie ! Tout ce monde-là a besoin de se nourrir.
Autre cause : la déprise agricole. Moins de terres cultivées, c’est un ensauvagement du paysage qui s’installe et que les sangliers colonisent. Le réchauffement climatique aussi : avec des hivers et des printemps plus doux, la mortalité des marcassins diminue, la biomasse forestière augmente et la reproduction explose. Enfin la gestion de la chasse. Parallèlement à la suppression du « droit d’affût » en 1969, les élevages de sangliers se sont développés pour repeupler les populations et pallier le déclin du petit gibier. Et puis, dans les jardins et en ville, il y a les composteurs et les poubelles. On leur tend la main…
Pose du ceinturage et renforcement d’un grillage. Photo Benoit Charbonneau
Dans son ouvrage, Benoit Charbonneau livre conseils et techniques pour protéger ses plantations. Photo Benoit Charbonneau
Comment se prémunir alors et empêcher les sangliers de rentrer ?
J’en avais marre de voir mon travail ravagé chez mes clients ! Un grillage ? Les sangliers passent au-travers en le levant avec leur groin. Avec un client, on a réfléchi : comment bloquer le coup du groin ? Un sanglier c’est 100 kg, un cou et des pattes avant puissantes et une musculature très développée avec un groin qui est un véritable outil de travail. J’ai cherché, testé et trouvé un système qui vise à ceinturer le grillage avec une barre fixée au sol qui bloque la poussée du groin. Un système d’installation efficace que je détaille dans ce livre en expliquant toutes les étapes pour que cela fonctionne. Et inutile d’être un grand bricoleur ni très argenté : il faut compter entre 1,50 € et 2 € de frais de matériel au mètre linéaire, soit entre 180 € et 240 € pour 900 m².
Et pour ceux qui n’auraient pas un jardin ou un espace clôturé ? Que conseillez-vous ?
Il existe bien d’autres stratégies mais pas toujours efficaces. Comme des répulsifs, mais pas utiles très longtemps et les sangliers finissent par s’y habituer. Ce sont des solutions temporaires pour des demandes temporaires, rien ne marche à 100%. Certains utilisent le camphre, d’autres l’huile de cade, quelques gouttes sur une pomme de pin tous les 10-15 mètres : c’est censé marcher mais ça ne fonctionne pas… Et puis, il y a aussi les astuces de grand-mère, comme disperser des cheveux pour que les sangliers les sentent : une fois dans leur conduit nasal ça les gêne. De l’urine dans des boîtes de conserve aussi, ou faire fonctionner la radio la nuit… Autre solution qui marche relativement bien, c’est le renforcement du grillage par une clôture électrique mais cela pose des problèmes de sécurité pour les enfants, les animaux et ça oblige à de l’entretien et à couper la végétation autour. Le mieux reste de renforcer le grillage.
En pénétrant dans des villes, villages et en périphérie, les sangliers posent-ils un problème d’insécurité ?
A priori, ils ne chargent pas. Ils mangent et repartent. Mais ils peuvent générer un sentiment d’insécurité, des problèmes de collisions sur les routes et les voies ferrées, et des pertes importantes pour les agriculteurs. On estime aujourd’hui à 2 millions la population de sangliers sur le territoire français. En 2025, les chasseurs en ont tués 880 000 et malgré tout ils prolifèrent. À cela s’ajoute l’absence de prédateur. Le loup et l’ours dans les Pyrénées pourraient réguler les populations : sujet qui fait hurler les écolos !
En vente en librairie. Protéger son jardin des sangliers, de Benoit Charbonneau. Ed. Terran. 19,90€. Ouvrage illustré de 141 pages.
Benoit Charbonneau est jardinier-paysagiste dans l’arrière-pays varois, il signe là un ouvrage de référence. Photo Ed. Terran.
Plus d’infos autrement :
Que planter dans nos jardins à l’heure du changement climatique ?