En quelques années, Châtillon-Coligny a changé de visage. La requalification du quartier du Pâtis a été confiée aux paysagistes urbanistes Pauline et Florent Damestoy, de l’agence Cambium 17, installée à Montargis. Des espaces très minéraux sont devenus des lieux structurés par l’eau, le végétal et les usages du quotidien.
À Châtillon-Coligny, l’entrée de ville qui mène au Pâtis est désormais structurée par le végétal, avec la Tour de l’Enfer en perspective – photo Cambium 17
Châtillon-Coligny, petite ville de l’est du Loiret traversée par l’histoire et l’eau, a vécu un profond réaménagement urbain qui va bien au-delà d’un simple lifting esthétique. Entre 2021 et 2024 (soit deux années d’études et une année de travaux), l’agence Cambium 17, dirigée par les paysagistes urbanistes Pauline et Florent Damestoy, a conduit un vaste projet de requalification du secteur du Pâtis, en périphérie immédiate du centre ancien. Cet aménagement d’un hectare s’étend jusqu’à Sainte-Geneviève-des-Bois, commune en lisière.
Travailler l’espace public, au plus près des territoires
Installés depuis une vingtaine d’années à Montargis, formés à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles, Pauline et Florent Damestoy ne travaillent qu’avec les collectivités territoriales. « Nous travaillons sur l’espace public et pour le plus grand nombre, c’est notre déontologie. » Leur agence, Cambium 17 – du nom de la couche vivante de l’arbre, juste sous l’écorce – intervient exclusivement dans un rayon d’une heure à une heure trente autour de Montargis, sur l’est du Loiret, le sud de la Seine-et-Marne et l’Yonne.
Une entrée de ville aux usages multiples
À Châtillon-Coligny, le périmètre est stratégique : une entrée de ville située sur l’EuroVéloroute 3, qui longe le canal de Briare, en direction du centre-ville. Il porte sur l’impasse du Pâtis et les anciens garages (détruits pour faire place à ce projet), puis la rue du Pré Bréau, le Pâtis et l’extrémité du boulevard, qui mène au musée. Le projet est polyforme : il porte à la fois sur une entrée de ville et les liaisons douces, tout en aménageant une zone de stationnement ainsi qu’un lieu de promenade.
Avant / après : depuis la Scandibérique, l’entrée de ville est transformée par la forte présence végétale – photos Cambium 17
Désimperméabiliser, redonner place à l’eau
L’un des axes majeurs du projet est la transformation d’un espace autrefois largement minéralisé. « On est sur une entrée de ville, avec une volonté très forte de l’équipe municipale de faire un projet très paysager et très désimperméabilisé. » Résultat : 35 % des surfaces sont rendues perméables, favorisant l’infiltration des eaux pluviales et la lutte contre les îlots de chaleur.
Au cœur du dispositif, un ancien bras mort du Loing a été recréé et recreusé pour devenir un jardin de pluie. « Tout part en infiltration dans le sol. Nous avons même infiltré la pluie de dix ans, ce qui est plutôt une contrainte imposée sur des opérations neuves. Là, nous l’avons fait sur de l’existant. » Ce choix a fortement séduit l’Agence de l’Eau. L’ensemble du projet a bénéficié d’un subventionnement à hauteur de 80 %, permettant notamment d’intégrer des éléments qualitatifs comme la grille en ferronnerie du jardin du musée, dont la réalisation a été confiée à un ferronnier local.
Avant / après : à Châtillon-Coligny, l’ancien espace minéral a été transformé en jardin de pluie, avec des cheminements et des accès aux habitations – photos Cambium 17
Inverser le regard sur le stationnement
Le secteur du Pâtis était auparavant saturé de voitures garées de manière aléatoire. Le défi consistait à maintenir les usages tout en changeant radicalement la perception du lieu. « Nous appelons cela une inversion du regard. Au lieu de dire : “faites-moi un parking et ensuite on verra”, nous faisons un projet capable d’accueillir l’ensemble des usages. »
Le site conserve ainsi une centaine de places de stationnement, mais intégrées à un espace structuré et évolutif. Le mail est piétonnisé la majeure partie du temps et ouvert aux voitures uniquement le jour du marché. « Le besoin de stationnement est très fort une matinée par semaine. Le reste du temps, beaucoup moins. » Deux ambiances se répondent : une place urbaine bordée de tilleuls taillés et de mobilier classique, et, côté canal, une atmosphère plus paysagère autour du jardin de pluie, avec des matériaux et un mobilier plus contemporains.
Avant / après : le mail de tilleuls piétonnisé est devenu une promenade. L’endroit est ouvert aux voitures le vendredi matin, au moment du marché – photos Cambium 17
Scénographie urbaine et mise en valeur du patrimoine
Très attentifs à la « scénographie urbaine », les paysagistes ont travaillé les perspectives et les parcours. La démolition d’un ancien garage a permis de dégager une vue directe sur la Tour de l’Enfer, élément emblématique de l’histoire protestante de la ville. « Même si on ne sait pas ce que c’est, elle émerge, elle est pointue, elle se distingue dans le paysage. Nous avons volontairement décalé la voie pour la mettre en perspective. »
À l’arrière du musée – ancien Hôtel-Dieu – un espace indifférencié est devenu un jardin public clos, sécurisé et accessible à des horaires définis. « Le simple fait de remettre une clôture crée un nouveau lieu et un nouvel usage. » La grille en fer forgé s’intègre à l’esprit de cette petite ville, tandis que le jardin devient un prolongement naturel du parcours des visiteurs.
Avant : après : le jardin à l’arrière du musée, en bordure de l’ancien lit du Loing, revalorisé par la création d’un jardin de pluie et d’une clôture – photos Cambium 17
Un projet déjà approprié par la population
La végétation, plantée avec une attention particulière portée aux fosses, aux volumes de terre et aux périodes de plantation, a rapidement pris. « Le résultat donne l’impression que le projet est là depuis plus longtemps qu’il ne l’est. » Les cheminements alternent surfaces dures et zones perméables, pour rester praticables en toutes saisons, notamment pour une population vieillissante, mais aussi pour les poussettes.
Ce projet du quartier du Pâtis n’a pas été pensé comme un parc, mais comme un lieu du quotidien. « Nous ne sommes pas dans des usages de promenade occasionnelle : on va au marché, on prend sa voiture, les chemins se croisent », expliquent les paysagistes. Le dessin se veut direct, lisible, praticable par tous les temps. Entre surfaces perméables et cheminements en dur, le projet cherche un équilibre fonctionnel. Les habitants se sont approprié les lieux : le Pâtis est devenu un espace de passage, de pause et de promenade, pleinement intégré à la vie de la commune.
L’ancien lit du Loing remplacé par le jardin de pluie au pied des façades – photo Cambium 17
Quatre prix pour un projet exemplaire
Prix Défis urbains – Revue Traits urbains
Récompense la valorisation paysagère et la place de la nature en ville, notamment la désimperméabilisation et le corridor écologique du Pâtis.
Prix national d’art urbain 2025 – Mention « Qualité de la vie sociale »
Thème : Habiter avec l’eau. Distinction attribuée pour la création du jardin de pluie et la requalification urbaine du quartier du Pâtis.
Prix national d’art urbain 2025 – Prix Internet du public
Le projet de Châtillon-Coligny arrive largement en tête des votes, face à des villes de beaucoup plus grande taille : Antibes (06), Saint-Pierre de La Réunion (974), Mérignac (33), Hérouville-Saint-Clair (14), Les Mureaux (78), Chambéry (73), Trèbes (11).
Concours national des entrées de villes 2025 – Mention spéciale
Le jury salue la qualité de l’aménagement de la place du Pâtis et de ses abords, à l’interface entre canal, Eurovéloroute et centre-bourg, prix remis le 27 janvier 2026.
Florent et Pauline Damestoy, deux paysagistes urbanistes, quatre prix pour leur réalisation à Châtillon-Coligny – photo Cambium 17
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