MagCentre est allé à la rencontre des personnes qui, régulièrement ou ponctuellement, s’emploient à valoriser ce que l’on nomme du terme générique « les Beaux-arts », organisant expositions, salons ou festivals. En centre-ville ou à la campagne, ils font découvrir les artistes les plus renommés comme les plus discrets. C’est ainsi une galerie (sic !) de portraits que MagCentre se propose de réaliser au fil de l’actualité, des territoires et des événements.
Portrait n°6 : Daniel Isabey, président de l’association Jeanne Champillou-le clos de Joye

Daniel Isabey devant un dessin de Jeanne Champillou représentant sa mère bébé et sa grand-mère. Photo AC Chapuis
Par Anne-Cécile Chapuis.
C’est un président doublement concerné par l’artiste orléanaise Jeanne Champillou : Daniel Isabey est en effet le petit-neveu de la céramiste. Sa mère Cécile était une des quatre nièces directes de Jeanne Champillou, autrement dit, sa grand-mère Madeleine était la propre sœur de l’artiste. Tout le monde suit ? Il a bien connu sa grand-tante à qui il rendait visite dans son enfance et se souvient de cette femme hors du commun qui circulait à vélo, savait exprimer ses opinions, et avait le sens de la famille. « Chez elle, on écoutait de la musique, elle jouait du piano, elle nous faisait découvrir l’art. »
Daniel Isabey, un scientifique impliqué dans le milieu associatif
Daniel Isabey est né à Montargis. Après un doctorat en sciences physiques et deux ans d’exercice à Montréal, il travaille au CNRS en relation avec un grand hôpital de la région parisienne, région où il réside. Chercheur dans le biomédical, un domaine essentiellement transdisciplinaire à la croisée médecine-sciences, il poursuit un éméritat jusqu’à une époque récente. Parallèlement et de tout temps, il s’investit dans le milieu associatif, notamment dans la sphère du logement social. Aujourd’hui ce père de deux enfants et quatre petits-enfants a du mal à parler de lui, mettant plutôt en avant l’association qu’il préside, et où il développe le collectif, le partage et la rencontre.

Daniel Isabey (à D) accueille les visiteurs lors d’une exposition à Saint-Jean-de-la-Ruelle en 2023. Au premier plan un portrait de Jeanne Champillou par Denise Benoît. Photo AC Chapuis
Une association dynamique créée en 1978
À la mort de Jeanne Champillou, ses œuvres sont léguées par la famille à une association créée en 1978 pour les protéger et les promouvoir. Tous les droits sont cédés à l’association, présidée au départ par Maurice Malleval puis pendant longtemps par Jeanne Azambourg, fidèle collaboratrice de Jeanne Champillou et ensuite par François Boulard. Un gros travail est fait par l’association pour répertorier et exposer les innombrables œuvres de Jeanne Champillou. « Jeanne Champillou avait le mépris de l’argent et l’amour du pauvre », nous confie Daniel Isabey, vice-président de l’association dès sa création.
Suite au décès brutal de François Boulard en 2018, Daniel Isabey prend la suite alors qu’il vient juste de prendre sa retraite professionnelle. Il assume donc la mission de l’association, avec un investissement tout personnel issu du souvenir de sa grand-tante.
Une artiste locale dont l’œuvre rayonne et témoigne
Jeanne Champillou, c’est un regard sur une époque et un milieu : ses dessins, peintures ou gravures renseignent sur la vie des campagnes et les travaux des champs. C’est aussi un sens aigu de la couleur et de la représentation, comme le montrent ses céramiques qui ornent les façades ou intérieurs des édifices du Loiret ou du Nord de la France. C’est surtout une personne qui, au-delà des convenances et compromissions, a mis toute sa vie au service de son art.

L’exposition Jeanne Champillou à Bergues en juillet 2025. Photo AC Chapuis
Des réalisations et des projets
Le 30 janvier 2026, lors de l’assemblée générale de l’association, Daniel Isabey a rappelé les expositions dans le Loiret, dans le Nord de la France réparties sur quatre sites, et toujours des acquisitions qui enrichissent le patrimoine.
Les projets s’orientent vers une grande exposition orléanaise en 2026 à la galerie La Tour Saint-Étienne (30 mai au 14 juin), et le souhait de voir la création d’un espace XXe siècle au musée des Beaux-arts d’Orléans où Jeanne Champillou aurait toute sa place avec d’autres artistes régionaux. Un autoportrait acquis en 2020 est d’ailleurs en attente de reprendre sa place au MBA, comme l’évoque William Chancerelle, adjoint à la culture à la municipalité d’Orléans, lors de l’ouverture de l’AG.
D’autres projets sont en cours : un film sur la rencontre de Jeanne Champillou avec la photographe flamande Jeanne Devos, une expo d’artistes locaux, invités à réinterpréter une œuvre de Champillou au Pavillon Gacet à Saint-Jean-de-la-Ruelle, pourquoi pas une recherche sur les outils représentés dans les toiles… Les idées ne manquent pas pour cette association aux partenaires multiples, même si « les arts plastiques sont souvent les parents pauvres des politiques culturelles » comme le dit Bruno Gayet, président des Artistes Orléanais.
En tout cas, grâce à l’association et à son président, « Jeanne Champillou n’a pas fini de faire parler de son art ! »
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