Cocotiers et eaux turquoises, les îles du Salut ressemblent à un petit paradis, sur lequel les visiteurs peuvent séjourner. Mais gare aux fantômes du bagne sur ces trois îles qu’Albert Londres qualifia d’ailleurs « d’enfer au paradis ».

L’ile Royale. ©BDV
Les îles du Salut
Eaux turquoises, cocotiers, singes… Vu du large, on a du mal à imaginer qu’ici furent emprisonnés des milliers de bagnards dans des conditions inhumaines. Les îles du Salut, à 1h30 environ de Kourou par bateau, c’est pourtant l’un des anciens et nombreux bagnes de Guyane, qui s’était fait bien malgré elles une spécialité d’incarcérer tout ce que la France comptait de parasites, condamnés et autres indésirables. Les premiers convois d’hommes punis partirent dès la fin du 18e siècle, à un moment où l’on cherchait de la main d’œuvre pour développer et exploiter ces immenses espaces sous-peuplés.

Affiche ancienne exposée sur les Iles du salut. ©BdV
Les péripéties de la Révolution fournirent des condamnés (beaucoup de prêtres non sermentés) dont bien peu survécurent à leur exil équatorial. Puis « l’expérience » fut suspendue avant de reprendre à la fin de la Seconde République. En tout, de 1852 à 1938, plus de 90 000 bagnards – dont quelques femmes – sont passés dans les bagnes guyanais, les derniers forçats n’ayant été finalement rapatriés qu’en 1958. Tous avaient droit à la double peine. Ainsi les bagnards ayant écopé d’une peine de 8 ans étaient maintenus en Guyane pour une durée équivalente à celle de leur détention, au terme de laquelle ils pouvaient rentrer en France métropolitaine. Quant aux bagnards condamnés à plus de 8 ans, ils n’avaient pas de ticket retour.
L’île du Diable du capitaine Dreyfus
Dreyfus est de loin le plus connu de ces proscrits. Il fut emprisonné dans une cabane sur l’île du Diable, pas accessible actuellement aux visiteurs, mais bien visible de l’île Royale où l’on débarque en bateau de Kourou. Là, il y a de nombreux bâtiments administratifs, dont les sinistres cellules des prisonniers de droit commun, la chapelle décorée des peintures du fameux Francis Lagrange, faussaire, bagnard et peintre, ou l’ancien hôpital des gardiens, qui accueillait parfois des forçats qui s’étaient volontairement mutilés pour y avoir accès. Notable aussi : la maison du Bagne, ancienne demeure du directeur du Bagne et propriété du Conservatoire du littoral transformée en centre d’information culturel et historique. De l’île Royale, on peut également se rendre en petit bateau sur l’île Saint Joseph, dite « l’île des mangeuses d’hommes », tellement les conditions de détention y étaient extrêmes. C’est là que l’on se chargeait de mater les évadés et autres « durs à cuire », ce que l’on n’a aucun mal à imaginer, au vu des cellules envahies par la végétation dont le plafond en grillage permettait de surveiller les prisonniers 24 heures sur 24.

Cellules des condamnés. ©BDV
Et si vous souhaitez vraiment sentir l’âme des lieux, il est possible de dormir dans l’auberge de l’île Royale C’est simple et plutôt agréable, à condition d’éviter les anciennes maisons fantomatiques des gardiens, proche des cellules des condamnés à mort, où la nuit peut vite virer au cauchemar pour peu que l’on soit sensible.

Sur l’Ile du Salut, les maisons des gardiens. ©BDV
À suivre…
Carnet de bord
L’île Royale
Pour la navette principale l’accès est limité à l’île Royale. Société Sotel départ à 8h30 depuis le vieux port de Kourou et retour à 16H30. Compter une bonne heure de traversée.
De l’île Royale on peut aussi se rendre en petit bateau à l’île St Joseph.
Y séjourner
Auberge restaurant des îles du Salut. Somptueuse vue sur l’île du Diable. Réservation conseillée. Tél. 05 94 32 11 00.
Sur l’île Royale
Auberge restaurant des îles du Salut, port des Balourous. Tél. 05 94 32 11 00.
www.auberge-des-iles.fr

Ile Royale, la piscine des Bagnards, un bassin aménagé pour les gardiens. ©BdV
www.guyane-amazonie.fr
Plus d’infos autrement :
Et pourquoi pas une semaine en Guyane ? #2 Kourou