L’orthophoniste est un auxiliaire médical qui traite les troubles de la communication, du langage, de la parole, de la voix et des apprentissages « dys », qui touchent près de 10 % de la population. À Saint-Denis-en-Val (45), Magcentre a rencontré Félicie Mars, praticienne libérale, pour qui la prévention et la sensibilisation sont déterminantes dès le plus jeune âge.

Félicie Mars – Orthophoniste et Coordinatrice ESOP Loiret – Crédit Photo Eric Botton.
Par Eric Botton.
ESOP, ou en clair : « Et Si les Orthophonistes Prévenaient », est donc une association régionale de prévention en orthophonie qui agit depuis 2013 sur tout le Centre-Val de Loire. Elle regroupe des orthophonistes désireux de sensibiliser et d’informer le public sur les thèmes liés à l’oralité, aux troubles du langage oral et écrit, aux troubles logico-mathématiques, et à un sujet particulièrement prégnant aujourd’hui : l’addiction aux écrans. Sur le Loiret, ESOP a ainsi participé fin 2025, pour la cinquième année, à l’action de prévention intitulée « 1 bébé, 1 livre ».
Magcentre : « ESOP » est-elle une particularité de la région Centre-Val de Loire ?
Félicie Mars : Oui, mais il existe plein d’autres associations de prévention sur le territoire national. Elles n’ont pas toutes le même nom mais ont toutes les mêmes statuts et les mêmes missions. La carte nationale des associations de prévention est sur le site du syndicat professionnel FNO, la Fédération Nationale des Orthophonistes.
Quelles sont plus précisément les actions que vous menez en région Centre-Val de Loire ?
Avec ma collègue Audrey Marty, également coordinatrice pour le Loiret comme moi, et les orthophonistes du département intéressés, nous avons rejoint ESOP en 2018. Le fait de participer à ESOP nous a permis de nous structurer, de réaliser des actions de prévention identiques et de qualité, sur tout le territoire, notamment « 1 bébé, 1 livre », la plus ancienne existante. Depuis il y en a eu bien d’autres. Pour cette action, qui se déroule en parallèle de la journée annuelle mondiale contre l’illettrisme, nous nous rendons dans les maternités, à la rencontre des parents, pour échanger avec eux et offrir à leur bébé son premier livre (livre doudou, livre sonore, livre pour le bain, livre en tissu…). Avec chaque livre, les parents reçoivent une brochure de sensibilisation au développement du langage et une plaquette pour suivre les progrès de leur enfant, à laisser dans son carnet de santé. Nous attirons ainsi leur attention sur l’importance de lire à son bébé et de proscrire ou limiter le temps d’écran durant les premières années de vie pour assurer un bon développement. Au CHRO, nous avons ainsi distribué 60 livres cette année. Nous passons environ 15 minutes en moyenne en binôme dans chaque chambre. Nous intervenons aussi à Tours, Chinon, Blois…

« 1 bébé, 1 livre » édition 2025 dans le Loiret et l’Indre-et-Loire – Crédit Photo ESOP.
Comment faites-vous pour vous procurer les livres pour bébé ?
Nous bénéficions de dons, notamment de l’URPS (Union Régionale des Professionnels de Santé) ou encore de librairies comme Chante livres à Orléans, mais nous en achetons aussi avec notre propre budget, que nous alimentons en répondant, par exemple, à des appels à projets et en obtenant des subventions. Évidemment, tous les orthophonistes qui participent à l’action sont bénévoles.
En dehors de l’action « 1 bébé, 1 livre », que vous portez régionalement, mais qui est organisée nationalement chaque année, réalisez-vous d’autres actions ?
Oui, nous proposons d’autres actions ponctuelles, des conférences, des cafés pour des troubles pouvant toucher les adultes, des interventions dans le cadre du programme « Réussite Educative » porté par le CCAS de la Ville d’Orléans… Je suis également intervenue en entreprise sur les troubles de l’apprentissage dans le cadre de la semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées. Mais nous avons aussi d’autres actions plus récurrentes, comme celle qui se déroule dans les centres PMI (Protection Maternelle et Infantile) : « À vos jeux, prêts, parlez ! ». Il s’agit d’ateliers parents/enfants (0 à 3 ans) tournés vers le développement du langage. Cette animation fait suite à une action-recherche menée durant 3 ans (2019-2022) sous l’égide de l’Union Nationale Pour le Développement de la Recherche et de l’Evaluation en Orthophonie, soutenue par les pouvoirs publics.
Dès 2002 est parue une circulaire relative au « Plan d’Action pour les enfants atteints d’un trouble spécifique du langage oral ou écrit ». Et, depuis 2022, la prévention est officiellement inscrite dans la nomenclature des orthophonistes (seulement rééducation avant), avec le « Bilan de Prévention ». 75 PMI ont déjà pu bénéficier de cette action, qui a été élargie aux crèches, aux maisons de la petite enfance…
Diriez-vous que ces différentes actions ont un effet, qu’on peut en mesurer le résultat ?
Pour « 1 bébé, 1 livre », on est avant tout sur de la sensibilisation. Le temps passé avec chaque parent est bref et ponctuel. Difficile d’en mesurer la portée, même si je suis convaincue de son utilité. Pour notre action en PMI en revanche, nous avons davantage de retour, car celle-ci se passe sur un cycle de 4 ateliers, dans lesquels parent(s) et enfants sont actifs. Le fait qu’ils s’engagent sur plusieurs ateliers nous permet de mesurer l’évolution.
Le métier d’orthophoniste est accessible au travers d’un parcours de formation post bac de 5 ans via parcours sup. Tout orthophoniste diplômé et intéressé peut adhérer à ESOP (cotisation annuelle 25€).
Pour en savoir plus : www.esop-centre.com
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