Eun-Me Ahn, chorégraphe coréenne, continue son travail spectaculaire d’exploration de sa culture. Avec inventivité et humour, elle joue de toutes les possibilités scéniques qui lui sont offertes pour faire un spectacle coloré et dynamique. Des centaines de costumes et de lumières changeantes disent toute la richesse de sa culture, où la danse rejoint parfois l’acrobatie. Totalement original, Post Orientalist Express est autant traditionnel que contemporain.

Des costumes luxuriants. Photo Jean-Marie Chabot.
Par Bernard Cassat.
On avait beaucoup aimé Dragons, que Eun-Me Ahn avait présenté l’année dernière. Ce nouveau spectacle, Post Orientalist Express, continue son travail. Une sorte d’exploration inventive de la culture asiatique, sans vraiment de références précises. Peut-être y en a-t-il pour elle, mais le public occidental aura du mal à les identifier. On reconnaît des gestes de danse, indiens ou du sud-est asiatique, on reconnaît des silhouettes khmers ou japonaises. Et il y a tout un bestiaire sorti des histoires religieuses ou non (des monstres, des formes indéfinissables) ou sorti du folklore (singes, pandas). Mais surtout il y a l’esthétique colorée que la chorégraphe adore et qui traduit ses origines coréennes. Une myriade de costumes, tous plus éblouissants les uns que les autres, et un décor impressionnant en fond de scène, des ronds décorés qui s’animent, se colorent, semblent vivre chacun leur propre vie, construisent un spectacle qui en met plein les yeux.

Un fond de scène étonnant. Photo Jean-Marie Chabot.
Sur une bande son de musique souvent répétitive mais aussi à base de sons traditionnels très modernisés, les tableaux s’enchainent dans un enchantement coloré de jeux de lumières incroyables. L’espace de la scène devient une sorte de palette changeante aux couleurs vives, souvent fluos, et les costumes suivent le mouvement. Avec des changements continuels, les danseurs déploient une belle énergie. Souvent acrobates, ils virevoltent dans cet espace coloré et mouvant en permanence. Le rythme est intense, la musique aussi. Et comme ils n’arrêtent pas de changer de costumes, l’impression de foisonnement, d’exubérance impressionne.

Les perches et les acrobates. Photo Jean-Marie Chabot.
On sent un contenu traditionnel dans certains tableaux. Au début, des formes humaines bizarres doivent renvoyer à des histoires orientales. Et plus tard, des monstres à tête toute ronde sortent manifestement de contes dont l’extrême-orient est riche. Mais la plupart des tableaux se regardent sans chercher derrière. La beauté visuelle suffit. Comme ces danseuses à la coiffe traditionnelle qui modernisent avec une belle énergie des danses traditionnelles dont on reconnaît quelques gestes des pieds et des mains. Ou ces tableaux ou les danseurs (et danseuses, la différenciation des sexes est très discrète) se retrouvent avec des perches et jouent avec, sautent, se croisent. Images de folklore paysan, sans doute. Mais la distanciation du spectacle en fait un moment magnifique de grâce, où la chorégraphie et les arts de la scène prennent toute leur force pour créer un plaisir visuel formidable.

Humour et inventivité. Photo Jean-Marie Chabot.
Autre moment très fort, une petite déesse blanche au milieu d’un écrin d’ombrelles blanches elles aussi, soudain est isolée par la lumière, et la neige commence à tomber. La neige ou des pétales de cerisiers en fleurs. Et de plus en plus. Jusqu’à ce qu’une autre déesse, noire celle-là, avec sur son fourreau un splendide dragon brodé au fil d’or, apparaisse en fond de scène. Eun-Me Ahn herself vient officier, et détourne les gestes cérémonieux en ceux du kung-fu. La neige tombe toujours.

Des moments de chorégraphie contemporaine. Photo Jean-Marie Chabot.
Ils ont tellement de costumes différents que toute la troupe, les sept danseurs·euses plus Eun-Me, ont un costume spécial pour venir saluer. Le spectacle a été apprécié, la ferveur des applaudissements en témoignait.
Post Orientalist Express
Deuxième représentation mercredi 11 février à 19h.
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