Josh Safdie met en scène un biopic nerveux truffé de moments de bravoure. Le personnage de Marty, insupportable post-ado bourré d’égocentrisme, est incarné par un Timothée Chalamet champion de tennis de table. Il nous emmène dans une farandole de combines plus foireuses les unes que les autres. Tout est un peu trop forcé, comme si l’ensemble était fait pour les Oscars.

Thimotée Chalamet est Marty. Photo Entertainment Film Distributors.
Comment échapper à Marty Supreme vu le matraquage médiatique autour du film ! Il faut dire qu’il rentre complètement dans une certaine tradition du cinéma américain : un biopic, même si le personnage du film doit être plus inventé que fidèle au vrai Marty, la reconstitution d’une époque, New York en 1952 en l’occurrence, un sport exploité sous tous ses aspects, les salles crasseuses d’entraînement des bas quartiers et leur environnement, et surtout leurs fréquentations souvent mafieuses. Un aspect historique, la domination des US sur le Japon dans l’après-guerre, est aussi le bienvenu. Mais surtout un petit gars d’un milieu populaire avec un ego surdimensionné, qui va monter l’ascenseur social et gagner des tas de sous à la force du poignet, même si pour ça il faut écraser les autres, monter des arnaques pas possibles et éventuellement laisser quelques cadavres sur la route. Tout cela mis en scène par un jeune réalisateur qui a déjà exploré le domaine, et joué par l’acteur qui monte, monte très haut dans les bankables, qui s’est comme il se doit investi un maximum, autant dans le travail préparatoire que dans le financement.

En plein sport. Photo A24.
Marty, c’est tout cela. Un travail qu’on est obligé d’aimer, puisqu’il reprend les recettes de grands films qui ont fait l’histoire du cinéma (parmi d’autres, Raging Bull, Million Dollar Baby, Rocky) et que le résultat a de la gueule, indéniablement. Jusqu’à l’insupportable !

Dans la salle de jeu. Photo Entertainment Film Distributors.
Car à rebours de cette inscription dans une lignée prestigieuse, le film de Josh Safdie en exploite parfois un peu trop les ficelles. Les reconstitutions sont impressionnantes. Une orgie de gros plans permet de passer vite sur les profondeurs de champ, ça on le comprend pour les extérieurs. À l’intérieur, on comprend moins. Il a pourtant reconstruit le Lawrence’s, un ancien club de ping-pong en plein New York. Il y fait se dérouler les parties avec paris, qui permettent à Marty de gagner gros. L’ambiance est survoltée, comme les images. Et la technique de capture du jeu de ping-pong, complexe, très étudiée, fonctionne bien. Toutes ces séquences forment le corps de l’histoire. Safdie construit là un moment d’anthologie, et il le sait, mais arrive à se dominer. Mais pas dans les séquences suivantes. Marty et son copain taxi calent l’accélérateur et s’amusent à courir en dansant le long de la voiture. Images agitées que l’on ne comprend pas bien. C’est vraiment pour l’anthologie.

Gwyneth Paltrow en Kay. Photo A24.
Et très souvent, il en fait trop. Trop de rebondissements, trop près des lignes rouges (les « plaisanteries » de Marty à propos des camps !). Avec des personnages un peu trop eux aussi, tel Ezra (Abel Ferrara), vieux gangster juif au chien puant. Toute cette histoire de chien, qui tourne à la fusillade, ne tient pas debout. Le chantage de Rachel (Odessa A’zion) non plus.

Odessa A’zion en Rachel. Photo A24.
Et puis le personnage de Marty est tout de même très contestable, et surtout très souvent insupportable. Il enchaîne arnaque sur arnaque, dont certaines ne sont pas très dignes. Sa relation avec Kay (Gwyneth Paltrow), à laquelle on a du mal à croire, n’est sans doute qu’une mesquine approche de l’argent. C’est un battant, certes, mais sa combativité est souvent remplie d’une arrogance sans nom, d’une très haute estime de ses capacités, et surtout d’une conscience affirmée de sa supériorité. Jusqu’à accepter un outrage insupportable de la part de Milton Rockwell (Kevin O’Leary), une humiliation nécessaire pour vaincre. Son attitude avec Rachel n’est pas non plus très brillante, même si elle rentre dans le jeu de chantage à la petite semaine.

Marty donne pour y arriver. Photo A24.
Et si le film n’était lui-même qu’une arnaque, au même titre que celles qu’il décrit ? Une vaste embrouille (2h30 !) clinquante qui en met plein la vue pour masquer une pauvre aventure qui ne mène nulle part ? Comment ne pas rigoler devant le visage de Timothée Chalamet qui joue le père transi qui découvre sa fille ? C’est ridicule, alors que, pendant le générique, la fécondation était peut-être le moment visuellement le plus inventif du film !
Comme Marty l’a été finalement du pongiste japonais, le film sera-t-il vainqueur à la course aux retombées pécuniaires et honorifiques ?
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