Ces fourmis voraces qui envahissent le Centre-Val de Loire

Elles remontent du sud de la France et du Sud-Ouest de la Méditerranée, et leur présence constitue un vrai fléau : nuisances dans les habitations, dégâts sur les infrastructures, impacts sur les productions agricoles et horticoles… Sept espèces de fourmis invasives font l’objet d’une surveillance accrue en Centre-Val de Loire et Pays de la Loire dans le cadre du programme FIVALO. Soyez vigilants et ouvrez l’œil !
 

Remontant de la Méditerranée avec le changement climatique, 5 espèces de fourmis invasives, dont les Tapinoma, se sont installées en Centre-Val de Loire. Très populeuses, elles sont partout. Photo Tapinoma FDGDON49/Fanny Chauviré.


Par Estelle Boutheloup.


Le scénario pourrait ressembler à un mauvais thriller… En ordre de marche, elles rentrent dans les maisons, parcourent les placards, courent le long des gaines des fils électriques, s’installent dans les isolants, ressortent par les prises de courant, attaquent les systèmes de climatisation, compteurs électriques… « Ces fourmis, inoffensives pour l’homme bien qu’elles mordent, sont très populeuses, polygynes et elles sont partout ! », décrit Jean-Luc Mercier, spécialiste des insectes sociaux à l’Institut de Recherche sur la Biologie de l’Insecte (Université de Tours) et co-coordinateur du programme FIVALO (Fourmi Invasive du Val de Loire) que cofinance l’OFB (Office français de la biodiversité). Probablement arrivées dans nos régions par l’activité humaine, le transport des marchandises et de plantes, ces fourmis se sont adaptées et envahissent désormais des zones où elles n’étaient pas naturellement, s’étendent et remplacent les fourmis autochtones. Aujourd’hui, cinq espèces ont été détectées en Centre-Val de Loire : la fourmi de la Mer Noire (Lasius neglectus), la fourmi d’Argentine (Linepithema humile), les espèces Tapinoma magnum (la plus fréquente), Tapinoma darioi et Monomorium carbonarium. « Des fourmis qui ont une organisation particulière », poursuit le chercheur. « Beaucoup d’individus forment des nids connectés les uns aux autres avec des transferts de couvains, de sexués et d’ouvrières formant ainsi des super colonies et des méga sociétés : 16 ha sur Saumur par exemple ! » 

Aujourd’hui, pas moins de 40 communes sont touchées dans la région par au moins une espèce (zonage en cours) dont 26 communes rien qu’en Indre-et-Loire (Tours-Métropole…), 1 commune dans l’Indre, 7 dans le Cher, 4 dans le Loir-et-Cher et 2 dans le Loiret à Orléans et Fleury-les-Aubrais. Une extension qui a motivé le lancement par l’Institut de Recherche sur la Biologie de l’Insecte (IRBI) du projet FIVALO en 2023 avec la mise en place d’un réseau de surveillance en partenariat avec la FDGDON49 (Fédération Départementale des Groupements de Défense contre les Organismes Nuisibles de Maine-et-Loire), la FREDON Centre-Val de Loire, (Fédérations régionales de lutte et de défense contre les organismes nuisibles), les Conservatoires d’Espaces Naturels de la région des Pays de la Loire et du Centre-Val de Loire, et les communes touchées. L’idée ? Développer des outils et une méthode d’échantillonnage, identifier les populations et cartographier leur présence, construire des indicateurs de suivi et sensibiliser le public « car, pour le moment, nous n’avons pas assez de retours de la part des particuliers, et il nous faut plus d’informations sur le réseau des agriculteurs. »
 

Quels projets de lutte ?

Remontant de l’Italie, du sud de la France et du Sud-Ouest de la Méditerranée avec le changement climatique, ce sont les espèces Tapinoma magnum, Lasius neglectus et Linepithema humile qui sont les plus problématiques. « Très invasive, la fourmi d’Argentine a colonisé en 100 ans près de 6 000 km de côtes à partir de 3 colonies seulement ! », poursuit Jean-Luc Mercier. « Portugal, Espagne, côte italienne et méditerranéenne, Corse, Nantes… et aujourd’hui Tours au Jardin botanique jusque dans les bureaux, débordant aussi dans la ville. » Plus encore, certaines espèces tropicales habituellement confinées dans les serres sont sur le point de prendre le large : « avec les changements climatiques et les écarts de température qui diminuent, elles sortent et trouvent des conditions qui leur permettent de passer l’hiver dans les réseaux de chauffage ou d’eau chaude. » 

Que faire alors ? Aujourd’hui, plus de 200 échantillonnages ont été effectués par l’IRBI en Centre-Val de Loire et Pays de la Loire. « Les moyens à notre portée existent mais sont limités car de nouvelles réglementations européennes s’installent concernant l’utilisation de produits phytosanitaires, biocides et pesticides », explique le chercheur. « On peut tester des méthodes de lutte alternatives : plantes répulsives, couverts végétaux qui permettraient d’augmenter la biodiversité des milieux et de rendre ces fourmis invasives moins compétitives… » Des protocoles longs qui nécessitent de trouver entre-temps des alternatives vers des traitements naturels : nouvelles substances insecticides, mise en place de haies, modes de traitement par la chaleur ou le froid… « Pour cela il va falloir investir. Mais qui va financer ? Des structures publiques, des laboratoires privés ? Faire une transition vers des traitements naturels, et ce n’est pas facile. Il faut aussi qu’une réglementation se mette en place, sachant que l’Europe ne déclarera jamais certaines de ces espèces de fourmis comme « invasives » car elles sont originaires d’Europe. En revanche le statut de « nuisibles » permettrait d’avancer dans la mise en place de moyens de lutte, mais aussi de moyens de prévention pour éviter de les propager. »

S’adapter et vivre avec 

En attendant, à chacun d’être attentif, de bien calfeutrer les fissures des murs des habitations et de prévenir, dès qu’un doute s’installe, la FREDON Centre-Val de Loire, l’IRBI ou le Comité de Développement Horticole de la Région Centre pour les professionnels de l’horticulture. « Les pépiniéristes s’inquiètent et se demandent ce qu’ils peuvent faire », témoigne Coralie Petitjean, conseillère spécialisée en horticulture et pépinière au C.D.H.R. Car l’impact sur les réseaux horticoles et les productions peut être important. Les fourmis s’installent dans les racines, évacuent la terre et font ainsi périr les plantes, elles s’alimentent aussi du miellat des pucerons mettant en danger les auxiliaires. « Site d’expérimentation, nous voulions nous assurer qu’il n’y avait pas de fourmis invasives sur nos stations. Nous avons donc fait faire des prélèvements : environ 15 échantillons sur différents endroits et pas de fourmis invasives. » Résultats communiqués à leurs adhérents et auprès des communes.
 

Prélèvements de fourmis sur les stations du C.D.H.R. à Saint-Cyr-en-Val (Loiret) pour s’assurer que le site n’est pas infesté. Résultat, aucune fourmi invasive n’a été détectée. Photo C.D.H.R.

 
Alors que l’éradication de ces fourmis semble improbable, il faudra donc vivre avec et s’adapter à leur présence. Travailler en collectif – entre riverains, collectivités, associations – est la meilleure solution pour alerter, échanger des connaissances et des pratiques. En attendant, vigilance est de mise. Surveillez vos terrains régulièrement et dans le doute, auto-diagnostiquez si vous apercevez une colonne de fourmis : trou, fissure dans un mur, monticules de terre, odeur de beurre rance d’une fourmi écrasée. 

Alors que plus de 2 500 espèces introduites (végétales, animales et autres confondues) ont été recensées sur l’Hexagone en 2023, l’Observatoire national de la biodiversité révèle qu’un département français voit s’installer en moyenne tous les dix ans 12 nouvelles espèces exotiques envahissantes. « Deux autres fourmis risquent de remonter », prévient Jean-Luc Mercier, « la Fourmi électrique (Solenopsis invicta), présente déjà en Sicile, et la Petite fourmi électrique (Wasmannia auropunctata), présente dans le Var. Elles piquent très fort. La Petite fourmi de feu commence à s’installer à Toulon. Son impact sur la biodiversité est énorme car elle rend les mammifères aveugles en les piquant régulièrement dans les yeux. »

Pour toute observation inhabituelle de fourmis ou d’invasion, contactez la FREDON Centre-Val de Loire au 02 47 66 27 66 – 06 08 73 22 88, l’IRBI au 02 47 36 71 60, ou le C.D.H.R au 02 38 64 10 33.
 

Crédit Photo de Une – Tapinoma FDGDON49 – Fanny Chauviré.


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