Le déploiement des infirmier(e)s en Pratique Avancée (IPA) est difficile. Alors que l’IPA possède une expertise clinique approfondie, le quotidien des pionniers de la pratique avancée est loin d’être un long fleuve tranquille. La ministre de la Santé semble vouloir œuvrer pour que les IPA aient enfin la place qu’ils méritent dans notre système de santé.
« Soyez assurés de mon soutien pour ancrer et développer le métier d’infirmier en pratique avancée », a écrit Stéphanie Rist aux représentants des IPA le 25 février 2026. (photo JPB)
La pratique avancée pour les « auxiliaires médicaux » a été créée par la loi de modernisation de notre système de santé de janvier 2016 sous le ministère de Marisol Touraine, ancienne députée d’Indre-et-Loire. Cette fonction d’Infirmier(e) en Pratique Avancée (IPA) devait constituer une révolution pour le système de santé français, être une réponse aux déserts médicaux et à la prise en charge des maladies chroniques. L’enjeu était de taille. Pourtant, force est de constater que l’essai n’est pas transformé.
Un accès à la profession complexe
En France, pour devenir IPA il faut posséder un diplôme d’État d’infirmier (IDE), avoir au minimum trois ans d’exercice, puis obtenir son diplôme d’État d’IPA précisant la mention choisie validée après deux ans d’étude. Cette formation complémentaire, de niveau master, peut s’effectuer dans l’une des cinq mentions retenues par le législateur : pathologies chroniques stabilisées (PCS) ; oncologie et hémato-oncologie ; maladies rénales chroniques, dialyse et transplantation rénale (MRC) ; psychiatrie et santé mentale ; urgences.
Si l’IPA possède une expertise clinique poussée, son autonomie reste largement bridée par un cadre législatif rigide et par des réticences. La collaboration interprofessionnelle se heurte à des résistances ou à une méconnaissance profonde du rôle de l’IPA par les autres professionnels de santé.
Le mur de la dépendance médicale
« Lorsque des IPA sont installés en ville, les médecins refusent trop souvent d’orienter vers eux des patients dont la situation relève des compétences de ces professionnels paramédicaux, par méconnaissance ou par crainte de concurrence » peut-on lire dans un rapport de la Cour des comptes. La dépendance quasi-totale vis-à-vis du corps médical dresse une barrière systémique majeure. Pour exercer, l’IPA ne peut pas voir de patients de sa propre initiative ; ces derniers doivent lui être adressés par un médecin. Ce processus de « recrutement » des patients crée un goulot d’étranglement. En ville, cette dépendance freine le développement des IPA libéraux qui ne peuvent pas construire leur propre patientèle de manière autonome et ne leur permet pas de vivre de leur activité. À l’hôpital, le manque de postes budgétés force de nombreux diplômés à continuer de pratiquer comme infirmiers généralistes malgré leur master en poche.
Une reconnaissance financière insuffisante
C’est sans doute le point le plus critique : l’insuffisance des revenus. En France, l’accession au grade d’IPA n’entraîne qu’une revalorisation salariale modeste, environ 10 % en moyenne. En secteur libéral, le modèle de tarification actuel ne permet pas de dégager un revenu suffisant pour couvrir les charges et le temps passé par patient, souvent plus long qu’une consultation classique. Cette « vulnérabilité économique » décourage de nombreux candidats et fragilise ceux déjà en poste, qui doivent parfois cumuler leurs fonctions avec leur ancien rôle d’IDE pour joindre les deux bouts. Une enquête nationale effectuée sur les premiers diplômés en pratique avancée montre que 30 % des répondants travaillent toujours comme IDE « classiques ».
Des blocages administratifs et culturels
L’intégration des IPA dans notre système de soins nécessite un changement de mentalité dans les équipes de soins. Stéphanie Rist, comme Marisol Touraine, autre élue du Centre-Val de Loire devenue ministre de la Santé, s’engage en faveur des IPA et veut faire sauter les blocages administratifs et culturels. Fin février dans une lettre adressée aux représentants des IPA, la ministre de la Santé annonce vouloir renforcer leur rôle et faciliter leur déploiement en ville. Ce n’est pas la première fois que Stéphanie Rist s’engage en faveur des IPA. Députée, bravant l’opposition des médecins, c’est elle qui avait défendu la loi portant amélioration de l’accès aux soins par la confiance aux professionnels de santé en mai 2023 proposant d’ouvrir l’accès direct aux IPA.
Pour que la pratique avancée ne reste pas une ambition de papier, des ajustements semblent impératifs car les compétences sont là : plus d’autonomie de prescription, une meilleure rémunération et un modèle de financement pérenne en soins primaires.
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