Il était une fois les municipales à Tours – Épisode 3 : La démocratie locale, le serpent de mer de Loire

Grâce aux archives papier de la Nouvelle République, voici un petit panorama des sujets, enjeux, figures, partis politiques et psychodrames qui ont marqué les élections municipales à Tours depuis 1965. Et force est de constater, après avoir consulté plus de 1 000 numéros parus dans les mois précédant chaque scrutin, que pas tellement de choses ont changé en 60 ans, au fond…

La conquête de l’Hôtel de Ville de Tours lors des élections municipales s’inscrit dans une histoire particulièrement riche. ©37°



Par Joséphine.


Un ayatollah vert dogmatique. Un dictateur écolo. Un homme qui décide seul de tout sur son vélo sans consulter ses concitoyens. Vous le reconnaissez ? C’est Emmanuel Denis dépeint par la droite ces six dernières années. Pourtant, quand on regarde en arrière, ce genre de critiques n’est pas né de la dernière pluie.

Déjà en 1965, les opposants à Jean Royer alertaient sur le manque de démocratie dans les prises de décision du grand homme, notamment sur le dossier de la faculté de lettres et de sciences humaines qui deviendra le site dit des Tanneurs. Royer, contre l’avis du ministère qui voulait construire cette université sur le site du parc Grandmont comme d’autres antennes de l’enseignement supérieur, décide par le fait du prince de l’installer sur les bords de Loire, balayant d’un revers de main toute remarque.

Accusations d’autoritarisme qui n’empêchent pas sa majesté Royer d’exhorter les socialistes en 1971 de ne pas s’allier au PCF, les accusant « de ne pas être de gauche mais juste des totalitaires remplis de haine qui entendent fracturer » la société. On croirait presque entendre Gabriel Attal, venu à Tours la semaine dernière parler de LFI.

Monsieur le député-maire

Lors de la campagne de 1977, trois ans après la candidature de Royer à la présidentielle avec l’appui de l’extrême-droite, on reproche cette fois à Monsieur le député-maire de plaider pour une limitation du droit de grève tout en refusant de débattre avec ses concurrents. Si bien que Royer se sent obligé de préciser solennellement à la NR : « je ne suis pas un autocrate ». Parallèlement, le GEM fait campagne sur le besoin de « démocratie locale » quand la gauche entend carrément « cogérer » les « équipements sportifs et culturels avec les citoyens » et les ressources humaines municipales « avec les syndicats ».
En 1989, c’est l’outsider giscardien Jacques Pouillault qui confie à la NR que « Royer, c’est un peu le colonel Khadafi ». Bon, bah comme dirait Julio Iglesias à peu près à la même époque, « Non, je n’ai pas changé ».

Un psychodrame fratricide à droite

En 1995, le concept de « démocratie participative » est choisi par la NR comme l’un des principaux enjeux de la campagne, ceci en plein psychodrame fratricide à droite, Royer devant affronter la liste dissidente de son ex-dauphin Michel Trochu, fatigué d’attendre son tour depuis trop longtemps et accusant le « vieux » de ne pas savoir partager le pouvoir. Quelques années plus tard, en 2001, ce sera au tour de Jean Germain d’affronter ces mêmes accusations de « manque de démocratie locale », notamment de la part des écologistes. Germain promettra alors des améliorations à destination de la plèbe : retransmissions des conseils municipaux sur l’Internet moderne, création de conseils de la vie locale, organisation de consultations citoyennes régulières…

En 2008, toujours pas mieux, la droite parle de Germain comme d’un grand timonier qui décide de tout depuis une « mairie devenue un bunker ». Et en 2014, ce sera au tour du candidat écologiste Emmanuel Denis de mettre l’accent sur le fait « d’associer les citoyens à la prise de décision », critiquant à demi-mot un Jean Germain de plus en plus isolé et sur la défensive depuis les révélations sur l’affaire des mariages chinois.

À suivre : Épisode 4 : Mon amie la diversité


Lire l’épisode précédent :

Il était une fois les municipales à Tours – Épisode 2 : Circuler à Tours, un avant-goût de l’enfer

 

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