La compagnie La Tempête, invitée par la Scène nationale d’Orléans vendredi 6 mars, a donné son programme Sibylle(s). Un spectacle de musique mise en scène, les acteurs étant aussi musiciens. Par un montage de morceaux de différentes époques et origines, la compagnie retrace cette étrange figure de divineresse. Un spectacle complet, grave mais enchanteur.

L’orchestre convoque la Sibylle. Photo François Le Guen.
Par Bernard Cassat.
La Tempête, compagnie vocale et instrumentale, nous avait déjà transportés en 2024 dans les Brumes des romantiques du Nord. La compagnie est revenue vendredi dernier nous entrainer dans les mystères profonds des divineresses. Sibylle(s) a évidemment un aspect cérémoniel : les Sibylles étaient liées aux dieux, Apollon en particulier, le dieu des arts et de la beauté. Mais la sibylle est surtout une entremetteuse. Entre les hommes et les dieux, entre la vie et la mort, entre la douleur et sa libération.
Une profonde gravité
Tout le spectacle est donc empreint d’une gravité profonde, presque d’une noirceur qui sied au solennel lorsqu’il entoure la mort. Et pourtant, tout le long, une belle énergie remplit ce spectacle quasi total. Des textes de l’Antiquité resurgissent, un montage de morceaux choisis, autant musicaux que littéraires, témoigne de l’importance de cette figure tout autour de la Méditerranée.

Figures antiques. Photo François Le Guen.
Plusieurs histoires se succèdent, celle de l’homme dont le fils est mort de la piqûre d’un serpent venimeux, et dont la peine est telle qu’il est prêt à passer dans le royaume des morts pour le ramener à la vie. Celle de Clara, qui vient interroger la sibylle pour se libérer. Et Caïn, qui a tué son frère et que le remords empêche de vivre.
Simon-Pierre Bestion a rassemblé des musiques de nombreux horizons. Musique ancienne, des compositeurs ayant travaillé sur le même thème : Hildegarde von Bingen, mystique et artiste qui a touché à tous les arts, au début du second millénaire. Ou Monteverdi et son Orfeo, créé au tout début du XVIIe siècle.

Abel est mort. Caïn s’accuse. Photo François Le Guen.
De la musique contemporaine très moderne : Xenakis, Aperghis, Ferneyhough, et même une commande de la Tempête à Zad Moultaka, plasticien et compositeur d’origine libanaise. C’est lui qui nous fait entrer dans la caverne, dans le spectacle, et qui instaure sur la scène l’atmosphère cérémonieuse et presque sauvage de ce dialogue entre divers éléments.
De nombreux morceaux de chants populaires traditionnels méditerranéens (géorgiens, grecs byzantins, castillans et catalans) ponctuent le spectacle, avec toute l’ampleur chorale requise.

Intercéder avec les dieux. Photo François Le Guen.
Un très bel accord entre musique et geste
Les douze acteurs-musiciens, souvent multi-instrumentistes, parcourent cette descente vers les enfers ou la remontée vers la lumière tout en jouant de leur instrument et souvent en chantant. Une scénographie simple sur le grand plateau, quelques accessoires, mais surtout un très bel accord entre musique et gestes. Lorsque la Sibylle sans visage apparaît, retenue par des fils au monde souterrain, elle est comme une araignée qui domine le passage. Pas moyen de lui échapper.
Pendant une heure et demie, les douze acteurs-musiciens nous ont fait visiter ce thème très riche. Cette manière tout à fait inhabituelle pour des musiciens classiques de mettre en scène la musique a parfaitement fonctionné. Ils ont construit des images étonnantes dans un spectacle exigeant qui a enchanté le public.
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