L’ancien chef-lieu de canton le plus endormi de l’Indre a accumulé, au cours des trois dernières années, des événements propres à animer une campagne municipale. Ça tombe bien, deux listes sont sur la ligne de départ.
Laurent Laroche se présente pour un troisième mandat. Photo archives PB
Bélâbre, sa chambre du Poilu, son projet de CADA avorté, ses inondations. Ça fait quand même beaucoup pour la cité la plus excentrée de l’Indre, aux portes de la Vienne. Un chef-lieu de canton où il ne se passait tellement rien qu’aux dernières élections cantonales (avant la réforme qui a redécoupé tout le département), il n’y avait qu’un seul candidat pour convoiter le siège !
Le CADA sème la division
Dimanche, deux listes proposeront aux électeurs deux projets pour l’avenir. Les répercussions de la bataille anti-CADA (centre d’accueil des demandeurs d’asile) ont failli entraîner l’existence d’une liste d’extrême droite. Finalement ses animateurs ont jeté l’éponge, confrontés qu’ils étaient à des difficultés économiques. Leur supérette Vival aura été la victime collatérale du « tsunami » qui a balayé le village pendant plus d’un an suite à la vente, par la commune, d’un ancien atelier textile (voisin du magasin) à une association montluçonnaise chargée par l’État d’y installer un CADA. La lutte anti-CADA était devenue le cheval de bataille de l’extrême droite qui dépêchait des activistes, dès l’annonce du moindre projet pour fédérer une opposition frontale parmi la population. Ils ont d’ailleurs fait capoter des projets en Loire-Atlantique et en Normandie.
En Berry, aussi, les anti-CADA ont gagné (ce qui a fait le bonheur de Merigny où les demandeurs d’asile font bon ménage avec les résidents d’une maison de retraite), l’association n’ayant pas eu les moyens de ses ambitions.
Pas de liste d’extrême droite donc, mais néanmoins une seconde liste face à « Construisons ensemble Bélâbre, terre d’avenir », la liste de Laurent Laroche, le maire sortant. Cette deuxième liste intitulée « Réinventons Bélâbre », menée par Emmanuel Moyrand, compte évidemment dans ses rangs d’anciens opposants au CADA, mais son leader, un entrepreneur local dans les nouvelles technologies, affirme qu’il ne s’est pas engagé dans les affrontements de février-mars 2023, lorsque le village s’est retrouvé coupé en deux, avec les gendarmes pour éviter que des mots, on en vienne aux mains. « J’étais surtout en désaccord avec la méthode qui a été utilisée pour faire passer le projet auprès de la population », nous assure-t-il.
Emmanuel Moyrand, un challenger de 49 ans. (Photo Réinventons Bélâbre)
Le mauvais souvenir de l’Anglin
La jolie rivière qui serpente dans ce paysage vallonné s’est muée en torrent à la fin du mois de mars 2024 dévastant un certain nombre de maisons. Chaque liste a donc placé la surveillance de l’Anglin en tête de ses priorités, une thématique qui ne peut que fédérer la population.
Une autre particularité de la cité sudiste, c’est l’existence de la chambre d’un sous-lieutenant de la guerre 14-18 conservée intacte par ses parents, un siècle après sa mort au front. La maison a été vendue et les nouveaux acquéreurs ont trouvé très encombrante cette « Chambre du Poilu » qu’il n’est évidemment pas question de voir disparaître. Une première reproduction en 3D a été réalisée, mais le prochain conseil doit trouver la solution (et les moyens !) pour préserver ce souvenir dont la découverte a fait le tour du monde.
Il faudra aussi assurer la pérennité de la supérette. Après le dépôt de bilan, Laurent Laroche envisage un rachat des murs par la commune. Emmanuel Moyrand estime lui aussi que le redémarrage du magasin est essentiel pour permettre aux Bélabrais de se retrouver.
L’avenir est dans la tech’
Ce qui divise finalement les deux listes, c’est la façon de rassembler les électeurs. Quand Laurent Laroche estime l’épisode CADA clôt et envisage un retour à la normale, Emmanuel Moyrand propose un pari sur les nouvelles technologies pour attirer de nouveaux habitants à Bélâbre. Ce dernier a construit une argumentation audacieuse sur son site de campagne et ses réseaux, avec une silhouette de poilu. Il ne s’agit évidemment pas de celle d’Hubert Rochereau, mais se servir de l’IA pour faire commenter par ce militaire la situation dans laquelle se trouve Bélâbre sent un tout petit peu la récupération même si techniquement, c’est séduisant.
Emmanuel Moyrand a rectifié le tir, effectué parallèlement une campagne de terrain. « J’ai rencontré 700 Bélabrais, ce qui prouve que je ne fais pas une campagne « hors-sol » comme l’affirment mes adversaires. » Il confirme néanmoins qu’il compte sur les ressources de la tech’ pour réveiller Bélâbre.
En tout cas, quelle que soit la liste élue dimanche, elle n’aura pas sur les bras le dossier de l’ancienne chemiserie définitivement vendue pour 40 000 euros. Elle avait été achetée 15 000 francs à l’époque de la fermeture de l’atelier.
Image : mairie de Bélâbre, crédit Ln3637 (CC BY 4.0)
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