Le second tour des municipales s’annonce très ouvert à Montargis. Si le Rassemblement national est arrivé en tête au premier tour, la fusion des deux listes de gauche et la présence du maire sortant Benoît Digeon (divers droite) rebattent les cartes. Dans cette triangulaire, les reports de voix pourraient bien décider du résultat final.
Dans le bureau n°1, le dépouillement distribue les cartes, sans dire qui gagnera la partie – photo Magcentre
Dans la sous-préfecture de l’est du Loiret, les contours d’un second tour hautement incertain ont rapidement pris forme. Arrivé en tête du premier tour avec 29,47 %, le candidat du Rassemblement national, Côme Dunis, devance de peu le maire sortant Benoît Digeon (divers droite, 27,83 %). Derrière eux, la gauche représente un potentiel électoral supérieur si l’on additionne les scores de Bruno Nottin (PCF, 18,08 %) et de Dalip Vehapi (Union de la gauche PS-Les Écologistes, 15,38 %). Dans cette triangulaire, les équilibres sont fragiles et la clé du scrutin réside désormais dans la manière dont ces électeurs choisiront – ou non – de reporter leurs voix.
Quand le score du RN déclenche l’union de la gauche
Conclue dès lundi matin, la fusion des listes de Bruno Nottin et Dalip Vehapi traduit la pression exercée par le score du RN. Dimanche soir, au moment du dépouillement, Bruno Nottin posait déjà le cadre : « Ne pas faire alliance avec nous, ce serait donner les clefs de la mairie au RN. » Ce que des mois de discussions n’avaient pas réussi à produire, une seule soirée électorale et un score avoisinant les 30 % pour le RN l’a rendu possible. Cette dynamique a permis aux deux listes de gauche de tenter de transformer leurs résultats du premier tour en un bloc capable de rivaliser avec les deux autres forces en présence.
Dalip Vehapi assure que cette fusion n’est pas une « fusion technique », à la manière de certaines alliances observées à Paris entre LFI, PS et écologistes, mais bel et bien une fusion de projets, visant à construire un programme commun crédible pour la ville. Il ajoute que cette union s’est réalisée sans difficulté. Bruno Nottin partage cette lecture.
Entre appel régional et réalité montargoise
À l’échelle régionale, la situation montargoise a attiré l’attention. Sur le plateau d’ICI Centre-Val de Loire, le président de région François Bonneau a appelé à un rassemblement dépassant la seule fusion des deux listes de gauche. Le socialiste a plaidé pour « un rassemblement des républicains qui ne souhaitent pas que cette ville soit dirigée par le RN », autrement dit un large arc républicain incluant la droite locale.
Cependant, cette hypothèse fut aussitôt relativisée sur ce même plateau par le politologue Pierre Allorant, pour qui une alliance générale de tous contre le RN ne serait « pas forcément très crédible » dans une configuration municipale très marquée par les rapports de force locaux.
Une fusion rapide, une alchimie à prouver
Sur le plan arithmétique, la fusion des deux listes de gauche apparaît logique. Séparément, les deux candidatures représentent un poids électoral significatif mais insuffisant pour espérer l’emporter. Ensemble, elles constituent un bloc qui, sur le papier, rivalise avec les deux autres camps.
Reste toutefois la question des reports de voix, qui peuvent s’avérer décisifs dans ce scrutin serré. Les électorats communiste et socialiste se rejoignent souvent au second tour, mais ces rapprochements ne sont jamais totalement automatiques. À cela s’ajoute l’électorat d’extrême gauche (Dominique Clergue, LO, 1,58 %), généralement plus réticent aux alliances larges, et qui pourrait choisir l’abstention ou le vote blanc malgré la fusion des deux listes de gauche. Les voix de la liste des Citoyens du Montargois (7,68 %) représentent une autre inconnue : Olivier Masson, tête de liste, a contacté Bruno Nottin, mais « sans mandat en interne pour engager une fusion », a précisé ce dernier mardi matin, lors d’une conférence de presse.
En tête mais isolé : le casse-tête de Côme Dunis
Pour le RN, la situation est paradoxale. Arrivé en tête, Côme Dunis bénéficie d’une dynamique politique réelle, mais se retrouve politiquement isolé.
Dimanche soir, devant la caméra d’ICI Centre-Val de Loire, l’ancien Gilet jaune appelait à « un rassemblement des forces qui veulent éviter le retour des communistes à Montargis », rappelant que « Jean-Pierre Door a arraché la ville aux communistes en 2001 ». Ce rappel historique ressemblait fort à un appel du pied adressé à la droite municipale : le candidat du RN a proposé une alliance au maire sortant.
Le refus d’alliance de Digeon, un choix stratégique
Au soir de ce premier tour, la ligne de Benoît Digeon s’est aussi jouée dans des échanges plus informels. Lorsque Côme Dunis s’est adressé non pas directement à Benoît Digeon – pourtant à proximité immédiate, occupé au téléphone – mais à son chef de cabinet, celui-ci lui a répondu, en bon rugbyman, que « deux adversaires ne se serrent pas la main à la mi-temps d’un match ». Au lendemain d’un « crunch » France-Angleterre mémorable, c’était une manière de signifier sans détour le refus de toute alliance.
En successeur de Jean-Pierre Door, le maire sortant a donc choisi de rester fidèle à une ligne de droite républicaine excluant tout rapprochement avec l’extrême droite. Ce positionnement clarifie le paysage politique local.
Benoît Digeon observe également avec scepticisme la recomposition de la gauche. « 1 + 1, ça ne fait pas deux en politique. PS + PCF, l’électorat ne suit pas : c’est là que nous avons une épingle à tirer », déclarait-il au soir du premier tour.
Devancé de 60 voix seulement par Côme Dunis, Benoît Digeon se retrouve dans une triangulaire où aucun camp ne peut se contenter de ses seuls résultats du premier tour. Il lui faudra donc élargir son socle électoral, dans un scrutin où chaque voix comptera.
Une équation électorale ouverte
La gauche doit mobiliser ses électeurs pour tirer parti de son union. Le maire sortant peut espérer capter une partie du vote des électeurs modérés soucieux de contrer le RN. Quant au RN, l’absence d’alliance limite ses marges d’élargissement. L’issue dépendra donc des reports de voix, mais aussi de la capacité des différents camps à mobiliser les abstentionnistes du premier tour dans une commune où un électeur sur deux ne s’est pas déplacé.
Débat des candidats à Montargis – mercredi 18 mars
À l’approche du second tour des municipales, un débat entre les candidats de Montargis sera organisé mercredi 18 mars à 16h30. Il sera animé par Xavier Naizet. Trois candidats vont y participer : Côme Dunis, tête de liste du Rassemblement national, Benoît Digeon, maire sortant et candidat divers droite, ainsi que Bruno Nottin représentant de la liste de gauche issue de la fusion entre sa liste PCF et celle de Dhalip Vehapi (union de la gauche PS – Les Écologistes) après le premier tour. Le débat sera diffusé en direct sur France.tv et sur le site cvdl.france3.fr, puis à la télévision sur ICI Centre-Val de Loire à 18h15. Et bien sûr, il sera disponible en replay.
Plus d’infos autrement :
Municipales 2026 dans l’Indre : Issoudun entretient (un peu) le suspense