Le groupe artistique Les Traits Abstraits investit pour la troisième fois l’église Saint-Étienne située au cœur de Beaugency. Un rendez-vous où le spirituel ne manquera pas de toucher, tant par les œuvres exposées que par le lieu d’une simplicité monastique et tellement emblématique de l’architecture romane.
Les lignes abstraites des œuvres se fondent dans l’atmosphère de l’église Saint-Étienne de Beaugency.
L’Art abstrait est un cri de liberté. Un cri qui s’exprime par les couleurs et par les formes. Aucune représentation de la réalité n’y figure. C’est un appel lancé à la sensibilité, à la spiritualité, à l’invisible. Les Traits Abstraits – entendez les treize artistes – est un collectif qui depuis 25 ans suscite l’émotion à travers les œuvres abstraites qui nous sont proposées. Si certaines d’entre elles peuvent nous paraître chaotiques, sans dessus-dessous, l’équilibre est pourtant là, bien en place. Couleurs et formes se répondent, s’harmonisent, se marient ou se désunissent. Comme bousculé, notre regard emprunte doucement un chemin, peut-être est-il initiatique, toujours est-il qu’il nous mène vers l’indicible, l’intemporel.
L’Art abstrait et ses multiples langages
L’Art abstrait est le fruit d’une évolution progressive. Au commencement, à la seconde moitié du XIXe siècle, l’Impressionnisme et le Fauvisme bousculent les codes de la peinture traditionnelle en empoignant de façon libre la couleur et la touche de peinture. Vient ensuite le Cubisme en 1907 (Georges Braque, Pablo Picasso, …) qui disloque et recompose à sa façon la représentation du monde. Il est également mis en évidence qu’au début du XXe siècle, la Théorie de la Relativité et la découverte de la physique quantique ne sont pas étrangères à cette approche de la « réalité » qui devient en soi abstraite. Ce changement de dimension apportera un élan dans le milieu artistique. Certains peintres s’accapareront cette nouvelle façon d’aborder le monde, dont Vassily Kandinsky, reconnu comme précurseur de l’Art abstrait. Nous sommes en 1910, on peut dire que le XXe siècle commence sur les chapeaux de roues !
Le travail du marbre par Isabelle Milleret.
L’Art abstrait se compose en général de deux grandes tendances : l’abstraction géométrique qui connaît plusieurs courants, et l’abstraction lyrique. Des tendances bien marquées et que vous retrouverez lors de l’exposition des Traits Abstraits.
Les artistes
Treize noms, treize signatures qui s’expriment différemment, avec leur sensibilité propre et avec la technique la plus à même de tisser un lien entre leur monde intérieur et l’extérieur. Par rapport à l’Art figuratif, l’Art abstrait est un autre chemin, une autre voie. Comme une voix qui cherche à dialoguer avec notre monde intérieur, sans représentation aucune. Une voix qui s’écrit sous différentes formes. À travers les œuvres de Jérôme Spiesser, Aline Devos et Philippe Moller l’abstraction géométrique se cale dans le cadre donné en jouant avec les formes et les couleurs, pendant que l’abstraction lyrique se libère de toutes contingences dans les œuvres d’Hélène Leroy, Mathilde Millot, Marie Alloy, Nadine Ringuedé et Marc Anckaert. Pendant ce temps-là, Daniel Caspar se questionne : « Étais-je dans l’Action Painting ou l’Abstraction Lyrique ? » L’Action Painting étant un mouvement né aux USA, où le geste rapide peut précéder la pensée.
Entre ces deux mondes, les sculptures d’Isabelle Milleret, Denis Pugnère, Nicolas Crozier et les céramiques de Zeinab Nourbay se fraient un chemin en trois dimensions dans la nef de l’église romane. Chacun avec son matériau de prédilection, ils nous convient au mouvement pour découvrir leurs œuvres sous tous les angles. « Le marbre est vivant, la sculpture est dialogue » nous dit Isabelle Milleret. Quant à Nicolas Crozier, il est « en quête de l’inutile, de l’usé, du rouillé, qui garde pour moi tout son sens, toute son âme ».
Vassily Kandinsky ne disait-il pas que « le langage abstrait vise à libérer la peinture de l’imitation du monde réel, et à ouvrir sur une dimension spirituelle ». Au cœur de la petite église romane Saint-Étienne, vous pourrez ainsi vivre une véritable osmose entre deux formes de spiritualités.
Pratique. Exposition Les Traits Abstraits, du 17 avril au 10 mai 2026 à Beaugency – Église Saint-Étienne, 30 place du Martroi
Horaires : du jeudi au dimanche, de 14h30 à 18h30
Vernissage le vendredi 17 avril à 18h30
Contacts : 13abstraits@gmail.com – Insta : assotraitsabstraits
Hommage à Marc Anckaert
Artiste peintre, Marc Anckaert, était membre fondateur du collectif Traits Abstraits. Il nous a quittés le 13 octobre 2025. Formé à l’école des Beaux-Arts à Aix-en-Provence puis à Orléans, il reprend les pinceaux après une carrière de 24 ans chez IBM. Peintre abstrait, il a aussi une formation de journaliste, critique d’art pour un journal orléanais local et localier à Paris-Normandie. En 2000, il prend connaissance du collectif artistique américain New New Painting et participe dans le même temps à la création des Traits Abstraits dont l’objectif est de promouvoir l’abstraction. Lors d’un voyage en 2007 en Australie, l’Art aborigène l’impressionne et va influencer sa peinture. Même si elle est plutôt générée par des froissures, des pliures, son processus d’élaboration suit la même démarche onirique que l’Art aborigène.
L’église Saint-Étienne de Beaugency
Fondée vraisemblablement vers 1030-1050, sa construction s’achève entre 1070 et 1078. Fait rare, l’église Saint-Étienne a traversé le Moyen Âge et l’époque classique sans modification majeure. Elle offre par conséquent un témoignage de tout premier ordre sur l’architecture du troisième quart du XIe siècle. Longtemps considérée comme la plus ancienne église voûtée de France, elle fut classée monument historique en 1840 dans le tout premier et prestigieux contingent des édifices classés. Elle est assurément un témoignage précieux sur le premier art roman et constitue l’une des plus vénérables églises françaises. En 1992, l’État la vend pour un franc symbolique à la commune de Beaugency qui lui donne pour vocation de recevoir des manifestations culturelles. Lieu idéal aux proportions raisonnables, elle offre une confrontation originale entre le passé et les créations du présent.
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