Le 30 avril marque la Journée de la non-violence éducative. Malgré la loi de 2019 interdisant les violences éducatives ordinaires (VEO), les chiffres montrent que le chemin vers une parentalité sans coups ni cris est encore bien long. Entre héritage du passé et nouveaux enjeux de santé publique, le combat pour les droits de l’enfant doit se poursuivre.
83 % des parents avouent avoir eu recours à des violences verbales ou psychologiques au cours de l’année écoulée – Image d’illustration ©Freepik
Un arsenal législatif face à des siècles d’habitudes
Cette Journée de la non-violence éducative pourrait sembler superflue depuis que la loi du 2 juillet 2019 a gravé dans le marbre que « l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques ». Pourtant, la réalité des foyers français résiste encore aux textes de loi.
Pendant des décennies, la « correction » a été la norme, à la maison comme à l’école. Cris, humiliations et châtiments corporels étaient acceptés comme des outils pédagogiques indispensables. Le martinet, ce petit fouet de cuir, jadis suspendu dans de nombreuses cuisines, a fini par disparaître des placards pour rejoindre les rayons des sex-shops. Mais si l’objet a changé de destination, le réflexe du geste violent, les cris agressifs et humiliants, eux, n’ont pas totalement été remisés au musée.
Des chiffres qui interpellent : l’état des lieux
Les Violences Éducatives Ordinaires (VEO) regroupent l’ensemble des châtiments physiques ou psychologiques infligés dans un but pédagogique. Selon le dernier baromètre de la Fondation pour l’Enfance et de l’équipe de recherche Prévéo (février 2026), le constat est sans appel :
- 83 % des parents avouent avoir eu recours à des violences verbales ou psychologiques au cours de l’année écoulée.
- 37 % ont utilisé la violence physique.
- 40 % des hommes estiment encore que certains enfants « ont besoin » de punitions corporelles pour bien se comporter (contre 25 % des femmes).
Ces statistiques traduisent une résistance culturelle tenace : 32 % des parents considèrent toujours que la punition psychologique est un bon levier d’apprentissage du bien et du mal.
Le poids de l’héritage et l’alerte de la science
Pourquoi une telle persistance ? L’histoire familiale joue un rôle de moteur invisible mais important. On reproduit souvent ce que l’on a subi : 79 % des parents ayant recours aux VEO ont eux-mêmes été victimes de violences durant leur enfance. Cette violence latente n’attend qu’un conflit sur l’apprentissage des limites par l’enfant pour ressurgir sous couvert de « l’éducation ».
Pourtant, le consensus scientifique est désormais total. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a multiplié les rapports démontrant les conséquences désastreuses de ces pratiques sur le développement physique et psychique des enfants. L’adage « qui aime bien châtie bien » est une erreur médicale et psychologique majeure.
Sortir de la culture de la domination
Dans son essai « Éloge de la fuite », Henri Laborit soulignait que les parents, par souci de conformité sociale, imposent souvent à leurs enfants une « acquisition coercitive » des règles, des normes culturelles et/ou religieuses, attendues par la société. Les VEO ne sont donc que le reflet d’un mode de domination hiérarchique encore très ancré dans notre structure sociale.
Éduquer sans violence n’est pas une faiblesse, mais une exigence. Elle impose de déconstruire nos automatismes régressifs pour bâtir des relations basées sur le respect. Comme le rappelait Nelson Mandela : « Rien ne révèle mieux l’âme d’une société que la façon dont elle traite ses enfants. » Il est temps que notre société montre un visage plus apaisé.
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