Blois: Transmettre l’histoire de l’esclavage

Auteur du Code Noir sous Colbert, le blésois Michel Bégon est à l’origine du projet de création d’une association mémorielle pour porter un débat public sur l’esclavage et les discriminations contemporaines. « Bégon & Grégoire Héritages blésois » sera lancée ce mercredi 29 avril.

Michel Bégon a participé à la rédaction du Code noir réglementant l’esclavage via l’Edit Royal de mars 1685 de Louis XIV.
Par Jean-Luc Vezon 

« C’est le remarquable article publié par Magcentre sous la plume de l’historien – journaliste Philippe Voisin sur Michel Bégon identifié comme l’auteur du Code noir qui a réglementé la vie des esclaves aux Antilles et en Louisiane, qui m’a incité à envisager un projet sur ce sujet en le reliant aussi à l’action d’une autre figure blésoise, l’Abbé Grégoire, évêque constitutionnel et opposant à l’esclavage» évoque Louis Buteau, personnalité très connue à Blois dont il a été ancien maire-adjoint.  

La question est d’autant plus importante à Blois que la ville possède plusieurs lieux de son espace public dénommés du nom de ce proche de Colbert (1638-1710) : allée de la forêt domaniale, avenue et même un collège au cœur des quartiers Nord de la ville.

La controverse de Valladolid

Inspiré par la Controverse de Valladolidcélèbre débat politique et religieux en 1550-51, opposant conquistadores partisans de la colonisation et défenseurs des indigènes amérindiens, Louis Buteau a d’abord imaginé créer une pièce de théâtre qui sera présentée, à l’occasion des Rendez-vous de l’histoire 2027.

L’érudit s’est ainsi rapproché de blésois, professionnels du théâtre et amateurs très avancés. Mettant en contrepoint Bégon et Grégoire, l’œuvre originale sera écrite par l’autrice Régine Launay et joué par la Ben Compagnie avec la  participation de jeunes blésois.

En faisant se rencontrer Michel Bégon, l’Abbé Grégoire, des figures antillaises de résistance à l’esclavage et des jeunes citoyens d’aujourd’hui, la pièce interrogera la fabrication de la loi, ses effets concrets sur les corps et la persistance dans le présent de certains héritages. « Le projet est conçu pour être accompagné d’actions culturelles : rencontres avec l’équipe artistique, ateliers d’écriture et de jeu, débats post-représentation, interventions en milieu scolaire ou universitaire » poursuit Louis Buteau dont le projet sera évoqué lors les Rendez-vous de l’histoire 2026 (7-11 octobre), dont le thème est Les Marchands.

Pour porter les différentes actions envisagées, l’association sera donc lancée officiellement le 29 avril (20 h) à l’occasion de la projection du film “Furcy, né libre” d’Abd al Malik au cinéma Les Lobis en présence du réalisateur. (2) Pour mener à bien ce travail, Louis Buteau aura autour de lui Catherine Lacassagne (vice-présidente), Nicole Loza (secrétaire), Philippe Fioyi Ayikon (trésorier) et Jean-Marie Génard (secrétaire adjoint), bien connu à Blois pour être responsable du cycle cinéma aux RVH.

Déboulonner, c’est la fin de l’histoire

« L’objectif est que le débat citoyen soit préalablement porté sur la place publique, de façon lucide, sereine et responsable. S’agissant du débat mémoriel, notre position n’est ni conservatrice (refus de tout regard critique sur les brûlures de l’histoire, crainte de « l’effacement »,) ni radicale (refus de toute mise en valeur des personnages liés à l’esclavage et au colonialisme, effacement des noms, déboulonnage des statues … actes qui simplifient, polarisent et entravent tout travail critique), mais contextualisante et éclairante, explicative et éducative » insiste Louis Buteau évoquant aussi son souhait de faire émerger « d’autres noms de résistants à l’esclavage comme Toussaint Louverture ».

D’origine Martiniquaise, membre de la Ligue des Droits de l’Homme, Nicole Loza s’est associée à ce projet « enthousiasmant » à la fois mémoriel et contemporain : « il ne s’agit pas de stigmatiser mais d’expliquer la traite négrière et l’esclavage. Et de relier cette démarche aux discriminations de race toujours présentes dans notre société. C’est une nécessité à l’heure de la libération de la parole raciste ».

Bégon & Grégoire Héritages blésois a d’ores et déjà reçu le soutien de la Ville de Blois, des Rendez-Vous de L’Histoire,  de la Maison de la BD et de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage en attendant celui d’autres collectivités et acteurs culturels. Pour financer la pièce de théâtre et d’autres projets, une campagne de crowdfunding sera lancée dans les prochaines semaines ainsi qu’une démarche de mécénat.

(1 Le Code noir désigne un ensemble de textes juridiques promulgués entre 1685 et 1724, complétés au cours du XVIIIᵉ siècle par des recueils de textes coloniaux.
 (2) Ciné-débat. Tarif : 6.90 €

A voir sur Magcentre: « Orléans et le sucre », notre conférence historique (enfin) en vidéo

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