Tous ensemble, tous ensemble… sauf les boulangers pour le 1er mai

Tous ensemble… sauf quand il s’agit de bosser. En ce 1er mai 2026, entre cortèges clairsemés, baguettes encore chaudes sous le bras et muguet à la sauvette, la journée internationale des travailleurs semble perdre sa raison d’être. Jour de lutte, jour chômé ou simple journée comme les autres ?
 

Le 1er mai est-il voué à devenir un jour comme les autres ? ©Magcentre


Par Fabrice Simoes.


Ce vendredi, à Orléans, place de la Loire, à Gien, place Jean-Jaurès ou à Montargis, place du Pâtis, y’a manif. Ce vendredi, à Bourges, place Malus, à Vierzon, place de la Résistance, à Saint-Amand-Montrond, place Jean-Giraud, y’a manif. Ce vendredi, à Châteauroux ou Issoudun … Ce vendredi à Chartres, à Dreux … Tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais ! Un brin de muguet dans la main droite – tout ce qui est de tradition est à droite – un drapeau ou une pancarte dans la main gauche – tout ce qui est de revendication est à gauche – la région Centre-Val de Loire sera, en ce 1er mai, jour férié dans 163 pays, un peu dans la rue, un peu à la pêche, un peu à l’apéro, ou les deux, prête à lancer la saison des barbecues pour les retardataires de la côte de bœuf et de la merguez/chips. Et surtout, c’est le seul jour du calendrier chômé-payé, même les charges, pour les salariés de France, de métropole comme des départements d’outre-mer. Un jour que les patrons, du plus petit au plus grand, n’aiment décidément pas.

De la lutte à la routine

C’est qu’il n’a pas fallu grand-chose pour que « la journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs et des travailleuses, de solidarité, de lutte et de conquêtes sociales » devienne une journée comme les autres. Une de ces journées aux clichés habituels : du métro-boulot-dodo des villes au bagnole-boulot-dodo des campagnes. Une de ces journées où les quidams honnis vont chercher la baguette de pain à l’aube, comme d’hab, lire leur canard dès potron-minet, comme d’hab, boire un café-noisette sur le zing du bistrot du coin, comme d’hab, et jouer au loto au bureau de tabac, comme d’hab. Une de ces journées où les prolos de tous poils ne peuvent pas faire de même… comme d’hab ! Une de ces journées où l’artisan boulanger a pétri des miches qui ne sont pas celles de la boulangère et où l’arpète a encore raté la levée du corps, le sien, et est arrivé en retard au fournil. Une journée normale en quelque sorte. Une de ces journées que préfèrent les marchands du temple et des églises, celle du mercantilisme, du libéralisme et du capitalisme en général. Une journée où, finalement, on ne pourrait plus vendre un brin de muguet au coin de la rue sans être fleuriste.

Le volontariat qui n’en est pas un

Une journée de plus au boulot c’est rien. C’est tout aussi, comme dans un dialogue de Kingdom of Heaven, le film de Ridley Scott. C’est, en philosophie, à la manière de l’individu, insignifiant et essentiel. C’est le battement d’aile d’un papillon et la disparition de la forêt amazonienne réunis. Une journée de plus au boulot, que pour les volontaires, c’est ne pas connaître le monde du travail. Même dans un open space, on sait qu’une subordination est induite dans la notion de volontariat. De fait, où commence le besoin et où débute sa corrélation, l’organe ? Volontaire un jour devient rapidement volontaire toujours. Une journée de plus au boulot, c’est le sarkozysme « travailler plus pour gagner plus » pour foutre en l’air ce qu’il reste des 35 heures dévoyées par le Medef à travers les exonérations des heures supp. entre autres. Le goscinnyesque « engagez-vous, rengagez-vous quils disaient » est plus drôle, et tout autant fallacieux, que la valeur-travail de son pendant économico-sociétal du XXIᵉ siècle. Une journée de plus au boulot, c’est peut-être gagner plus d’argent, mais c’est aussi avoir moins de temps pour le dépenser ! Quant à abonder le portefeuille pour avoir des fins de mois moins difficiles, il existe d’autres moyens bien plus efficaces que de travailler encore et encore. On peut tout bonnement augmenter les salaires et niveler les inégalités par le haut et non par le bas. C’est bête et tout simple à la fois !

« L’homme n’est pas fait pour travailler, la preuve c’est que ça le fatigue », réflexion attribuée à Georges Courteline, n’est pas une incitation à ne rien faire. N’est pas fainéant qui veut. Par contre, c’est exactement ce qui fait la différence entre travailler pour vivre et vivre pour travailler ! Alexandre le bienheureux plutôt qu’Alexandre le Grand, être ou paraître, et toutes ces sortes de choses…


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