À Blois, Abd al Malik déclame sa « lettre d’amour à la France »

Réalisateur du film Furcy né libre, projeté aux Lobis à Blois le 29 avril, l’artiste Abd al Malik a donné sa vision d’un pays qu’il estime être à « un tournant civilisationnel » et qu’il est urgent « de pacifier pour avancer ensemble ».

Le rappeur Abd al Malik est venu à Blois le 29 avril présenter son film Furcy né libre. Crédit photo Jean-Luc Vezon.


Par Jean-Luc Vezon.


« Être français, ce n’est pas une couleur de peau, une religion ou un sexe, c’est adhérer à des valeurs et des principes », a martelé le réalisateur-slammeur de talent en direction des 300 spectateurs présents aux Lobis à l’issue de la projection de son second film. Invité par l’association Bégon Grégoire Héritages blésois, le néo-cinéaste a parfaitement illustré l’esprit de cette nouvelle association, présidée par Louis Buteau, qui « entend éclairer l’histoire pour agir aujourd’hui contre les représentations racistes ». Au centre de la soirée, la question de l’esclavage colonial, crime contre l’humanité, en vigueur aux Antilles et à la Réunion de la fin du XVe siècle jusqu’à son abolition en 1848.    

Alors que notre pays a longtemps occulté cette tache sombre de son histoire, le film d’Abd al Malik met en lumière le combat de Furcy Madeleine (1786-1856), un esclave de l’île de Bourbon (Réunion), qui une grande partie de sa vie va tenter de faire appliquer son droit de vivre libre. Il y parviendra en 1845, à Paris, devant la Cour de cassation avec l’appui de son avocat Gilbert Boucher.

Construire un récit national inclusif

Librement adapté de L’Affaire de l’esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui, le film, très documenté, interprété par d’excellents acteurs, dont Makita Samba dans le rôle-titre, et porté par une bande musicale slamée de grande qualité,
se termine par l’affirmation du message universaliste de « la France refuge ouvert au monde ».

« Ce film est une lettre d’amour à la France. J’ai voulu qu’il invite à réfléchir à un récit national qui nous inclut tous », a déclaré Abd al Malik. Face aux racialistes, le film fait ainsi figure de contre-récit démontrant parfaitement le cadre légal justifiant la société esclavagiste de l’époque où les esclaves noirs sont considérés juridiquement comme « des biens meubles », propriétés des colons.

Pour Abd al Malik, « nous sommes à un tournant civilisationnel ». Crédit photo Jean-Luc Vezon.


Pour son auteur, sa vocation est d’abord pédagogique en portant le message de l’humanité et du droit. « Furcy, c’est l’histoire d’un lettré qui aurait pu être marron (1) mais qui choisit la justice pour faire reconnaître son droit », explique Abd al Malik. Mais si le droit finit par triompher, le film a aussi le mérite de poser les vrais sujets. Comme celui du capitalisme. 

« Ton statut social déterminera ta liberté », lance ainsi Joseph Lory, le maître esclavagiste (Vincent Macaigne) à Furcy devenu libre. Car c’est bien le capitalisme qui a généré l’esclavage. Un message plus politique apparait alors : « la lutte des classes n’a pas de couleur de peau ». 

Avancer tous ensemble

Faire preuve « de retenue émotionnelle et de tenue intellectuelle », l’artiste n’est pas là pour couper des têtes mais pour tenter de réconcilier un pays. Alors déboulonner les statues des esclavagistes comme celle de Bégon auteur du Code noir ? Oui affirme Abd al Malik mais « pour reboulonner et expliquer ensuite ». « Déposons nos sacs de douleur pour avancer ensemble », poursuit-il lors des riches échanges avec le public bien conscient cependant du combat à mener pour ne pas « crever tous ensemble » et faire vivre les valeurs républicaines.

De nombreuses questions et interactions ont d’ailleurs ponctué la séance. Comme celle d’un homme qui, se référant à la polémique autour du maire LfIste de Saint-Denis Bally Bagayoko, dit avoir perdu l’espoir. « Il faut être heureux pour donner l’exemple », lui répond Abd al Malik citant Prévert.

Au final, le réalisateur, toujours modéré dans ses propos, et se définissant comme « ambianceur, poète et éveilleur », peut être fier « d’avoir été capable en tant qu’artiste de parler de notre histoire collective pour la retisser ».

(1) Fugitif. 

(2) Toujours dans le droit, le Code noir, qui encadrait la pratique de l’esclavage dans les colonies françaises d’outre-mer, devrait être abrogé par l’Assemblée nationale le 28 mai prochain.

Plus d’infos autrement :

Le sucre et Orléans, toute une histoire ! #3 : l’auteur du Code Noir était Blésois

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