Le Concours international de piano d’Orléans, passionnant voyage musical au long cours  

Pour la 17ᵉ édition du Concours international de piano d’Orléans, 37 candidats venus du monde entier ont été sélectionnés sur vidéo. Neuf d’entre eux ont passé, les 28 et 29 mars derniers, le premier tour à la Roosevelt University de Chicago. 16 autres viennent de se présenter les 11 et 12 avril à Francfort, en Allemagne, à la Hochschule für Musik und Darstellende Kunst Frankfurt am Main. Comme il est d’usage, toutes les épreuves se déroulent en public.

 

Aline Piboule et Lorenzo Soulès en récital. Photo OCI.

 
Par Jean-Dominique Burtin.
 

Le souffle de la musique du XXᵉ siècle à nos jours 

 
Dans le cadre de ce premier tour, douze nouveaux candidats se présenteront, toujours devant le jury composé des pianistes Aline Piboule et Lorenzo Soulès les 16 et 17 mai au Shanghai Conservatory of Music. En définitive, pour cette manifestation à rayonnement international consacrée à la musique pour piano du XXᵉ siècle à nos jours, seuls douze virtuoses seront choisis afin de pouvoir se produire sur la scène de la salle de l’Institut et du Théâtre d’Orléans, du 27 au 31 octobre, pour les dernières épreuves, la finale récital et la finale avant un concert des lauréats donné au Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, le 2 novembre.
 
On le sait, le Prix de composition Chevillon Bonnaud sera attribué à une création inspirée de la toile de Velázquez représentant Saint Thomas, un chef-d’œuvre conservé au musée des Beaux-Arts d’Orléans. Toujours au chapitre de la création, les mélomanes pourront aussi écouter, à Orléans, outre la composition d’une œuvre imposée pour piano, commande passée à Michael Levinas, la nouvelle version du « Concerto Conciso » du compositeur pianiste et chef d’orchestre britannique Thomas Adès. Cette première française sera interprétée par les pianistes en compagnie de l’ensemble Intercontemporain.

« Paris 1900-1930 : carrefour de l’innovation musicale »

 
Plus que jamais animée par un souci d’ouverture, de nouveauté qui fait sens, Isabella Vasilotta, directrice artistique, a proposé cette année aux candidats de choisir et d’inscrire dans leur programme une œuvre dans une liste établie de douze pièces intitulée « Paris 1900-1930 : Carrefour de l’innovation musicale ».
 
Isabella Vasilotta, à propos de cette mise à l’honneur : « La période de 1900 à 1930 est marquée par une effervescence musicale exceptionnelle à Paris, qui devient un véritable carrefour où se croisent des influences diverses, de l’avant-garde française aux courants européens et au-delà. La capitale française, en particulier, a joué un rôle central dans l’évolution de la musique de cette époque, grâce à des compositeurs qui, par leur créativité et leur audace, ont redéfini le paysage sonore du XXᵉ siècle. Claude Debussy, Maurice Ravel, Erik Satie, et plus tard Francis Poulenc, ont créé des œuvres emblématiques qui continuent de résonner au cœur du répertoire pianistique. Paris a également accueilli une multitude de compositeurs étrangers qui y ont trouvé inspiration et collaborations fructueuses. Des figures comme Igor Stravinsky (compositeur russe puis naturalisé Français puis Américain), Georges Enesco (Roumanie), Heitor Villa-Lobos (Brésil) ou Manuel de Falla (Espagne) ont largement contribué à l’enrichissement de la scène musicale parisienne et internationale.»

« Ne pas seulement jouer mais donner un sens global au récital »

 
Présente à Francfort, dont le conservatoire a cette année tenu à inviter le Concours orléanais, Isabella Vasilotta nous livre ses impressions : « Ce fut une belle opération riche d’échanges culturels. L’accueil du conservatoire a été magnifique et la salle où se sont produits les candidats devant un public chaleureux avait une merveilleuse acoustique. Ce premier tour a été d’un niveau très impressionnant, très fort, avec des pianistes incroyables, des personnalités qui ne se contentent pas seulement de jouer mais savent donner un sens global au récital. »
 
Pourquoi avoir voulu placer des premières épreuves à Chicago, Francfort et Shanghai ? « Parce que nous sommes victimes de notre succès, répond Isabella Vasilotta, que les candidatures sont nombreuses, et que nous avons tenu à aller à la rencontre de pianistes venus de loin et qui ne peuvent se déplacer uniquement pour les épreuves éliminatoires à Orléans. »
 
Par ailleurs, toujours à propos de cette escale en Allemagne, soulignons l’initiative du Rotary Orléans. Ce dernier, partenaire du concours dont il offre l’un des prix, est jumelé avec le Rotary de Wiesbaden, ville située à quelques kilomètres de Francfort. Le Rotary Orléans avait ainsi tenu à inviter des membres des deux clubs à assister au concert d’ouverture donné par Aline Piboule et Lorenzo Soulès. Passion et amitié faisant, une délégation de quatorze Orléanais et de vingt-six habitants de Wiesbaden se sont ainsi retrouvés pour le concert donné au conservatoire allemand.

Aline Piboule, corps et âme avec le concours

Aline Piboule enregistre « Archipel ». Photo DR.


Une fois encore unanimement saluée par la critique, Aline Piboule, lauréate de cinq prix lors du Concours de piano d’Orléans en 2014, vient de publier chez Harmonia Mundi, fruit de huit années de recherches personnelles, son disque « Archipel », opus conçu autour d’une fascinante transcription pour piano du triptyque « La Mer », de Debussy, réalisée par Yann Olivo et associée à des pages plus rares de John Ireland évoquant les îles de Jersey et de Guernesey. À noter que ce disque, d’une si profonde et subjuguante intériorité, à la fois chef-d’œuvre et défi, s’accompagne d’un livret où l’on peut découvrir des reproductions de tableaux d’Odilon Redon, Zao Wouki, William Turner ou même, encore, des encres de Victor Hugo.
 
Aline Piboule à propos de son travail de jurée à Chicago, Francfort avant celui de Shanghai : « C’est une très belle expérience. Je suis très attachée à ce qu’a construit Françoise Thinat et à cette relève que nous offre Isabella Vasilotta. Ce concours est unique au monde et il permet aux pianistes de mettre le pied à l’étrier. Il fait aussi preuve d’une grande fidélité envers les interprètes qui y participent et, quant à moi, je continue d’avancer dans mon parcours avec lui. À dire vrai, c’est comme si, lui et moi, nous nous tenions toujours la main. Avec Lorenzo Soulès nous nous entendons superbement en concert. Nous avons une même éthique de la partition, de l’interprétation, c’est à dire que nous tenons toujours à être proches du texte et à ne pas se mettre en avant. Tel est notre moyen de bien nous accorder. C’est une belle rencontre, de celles que sait créer le concours, comme celle avec le pianiste Winston Choï, autre lauréat du Concours et professeur à Chicago. C’était très touchant qu’il nous accueille et nous nous sentions comme frère et sœur. En ce qui concerne notre place de juré, je me rends compte de la responsabilité que nous avons pour le futur musical. Les candidats qui se présentent devant nous ne sont pas des bêtes à concours, mais des artistes qui évoluent hors des sentiers battus en effectuant un travail énorme et d’une grande difficulté. Par respect pour eux, nous nous devons d’être archi-concentrés ».

Pour la belle histoire et l’aventure de l’art

 
Pour la belle histoire ou pour la belle aventure, soulignons qu’Aline Piboule, au chapitre de ses projets précieux et spéciaux n’a de cesse de séduire les mélomanes et les amoureux de littérature. Citons ainsi ce récital, « Fauré ou le dernier amour », donné par la pianiste en compagnie de l’écrivain Pascal Quignard. Tous deux se concentrent ici sur la relation du compositeur Gabriel Fauré avec la pianiste Marguerite Hasselmans. Elle a 24 ans et lui 55 ans lorsqu’ils se rencontrent en 1900. Citons encore cette autre collaboration avec « Boutès », œuvre de Pascal Quignard, auteur entre autres de « Les escaliers de Chambord », « Tous les matins du monde », « Villa Amalia », merveilleux écrivain fidèle à la librairie Les Temps Modernes d’Orléans. Pour « Boutès », le romancier et la pianiste disent et jouent de concert un spectacle intimiste autour d’un texte inspiré des Argonautes d’Apollonios de Rhodes, ouvrage où le héros succombe volontairement à l’appel des sirènes. Citons également « Ruines », autre récital d’Aline Piboule et de Pascal Quignard autour de la Fantaisie de Schumann opus 17, extraordinaire déclaration d’amour à Clara. Mentionnons enfin « Federico Mompou, celui qui ne voulait pas être musicien », autre dialogue musical et littéraire où l’écrivain ne put qu’être touché par la « Musica Callada » du compositeur catalan, cette “musique qui se tait”.
 
Dans l’avenir, mentionnons, entre autres rendez-vous, qu’Aline Piboule, en compagnie de l’écrivain Jean-Philippe Toussaint et de la violoniste Elsa de Lacerda créeront une prometteuse lecture-concert sur « L’instant précis où Monet entre dans l’atelier » puis, de nouveau avec Pascal Quignard, un programme « Sand, Liszt et l’eau ».

Le Grand PianO Festival d’Orléans

 
Parallèlement à la poursuite de l’impressionnante organisation de son concours, Orléans Concours International participera à la quatrième édition du Grand PianO Festival d’Orléans, initiative de la municipalité et rendez-vous qui se déroulera, du 25 au 28 juin prochains, dans toute la cité. À cette occasion, le pianiste Julien Trevelyan, lauréat du Prix Ricardo Vines 2024, se produira le 26 juillet à 17 h 30 sur la jolie Place de la République en cœur de ville. Figureront entre autres à son programme des œuvres de Louis-Claude Daquin, Jean-Philippe Rameau, Albert Roussel, Erik Satie, Claude Debussy, Déodat de Séverac, Maurice Ravel, Gabriel Fauré et César Franck. Voici, par conséquent, que se trouve promise une délicieuse oasis musicale au sein de toute une ville qui vibrera cœurs et claviers battants.
 
En savoir plus : www.oci-piano.com
 
 

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