L’IA, outil pédagogique

Utiliser l’Intelligence artificielle dans certains cours. C’est ce que fait Christèle Proisy, enseignante de Lettres modernes au lycée Claude de France à Romorantin-Lanthenay. Une petite révolution bien acceptée par les élèves.

Christèle Proisy est l’une des grandes spécialistes dans la région de l’utilisation de l’IA à des fins pédagogiques. Crédit photo Jean-Luc Vezon.
Par Jean-Luc Vezon

9 h, mercredi 13 mai. La quinzaine d’élèves de seconde 512 écoute attentivement la consigne écrite sur le tableau blanc par Christèle Proisy leur prof de lettres : « échanger avec le Chatbot (IA) de manière à identifier de façon précise les éléments qui témoignent du caractère réaliste du roman de Balzac Le Père Goriot ».  

Formatrice académique pour le numérique (1), Christèle Proisy a créé cet assistant éducatif support de sa séquence, sur une plateforme dédiée, avec lequel les élèves vont dialoguer pendant 40 minutes. « Votre évaluation portera sur la qualité des interactions avec l’IA et votre production écrite » précise l’enseignante dont le cours se situe dans la perspective de réalisation d’une dissertation. Celle-ci évalue donc « le cheminement de la pensée et la formulation des questions ». Une construction de compétences bien loin du « par cœur » d’antan.  

Clavier en main, Ambre commence à poser des questions au Chatbot. Ce dernier, « bon prince » et paramétré dans ce but par Christèle, corrige les erreurs de syntaxe ou d’orthographe. Comme ses collègues, la jeune fille a lu au préalable cette œuvre majeure d’Honoré de Balzac et de la littérature française.         

9 H 45. Christèle demande aux élèves de stopper le Chatbot et de prendre une feuille pour noter ce qu’ils ont retenu de leur échange avec l’IA. Pour évaluer le travail réalisé, la professeure aura accès aux contenus des  échanges, strictement contrôlés sur le plan des données personnelles dans le cadre du RGPD.    

Usage frugal, éthique et responsable

Un cadre d’usage de l’IA dans les classes a effet été publié par l’Education nationale en 2025. « Il est important de définir un usage raisonné et responsable de l’IA. C’est la raison pour laquelle, nous avons défini collectivement en classe une charte d’utilisation » précise Christèle qui est l’un des 6 enseignant.e.s référent.e.s IA dans l’Académie d’Orléans-Tours.

Autorisation et consignes du professeur, utilisation d’un logo en cas de recours à l’IA (2) et vérification des réponses sont donc requis et, surtout, l’IA ne doit pas faire à la place de l’élève. « C’est lui qui apprend et pas la machine » insiste Christèle. Celle-ci utilise également l’IA pour préparer l’oral de français en l’alimentant l’IA avec des fichiers son. « Les élèves retravaillent leur présentation orale avec l’IA de leur choix (Chatgpt, Mistral, Claude, xAi/Grok, Gemini, Deepseek, Moonshot …). Ils peuvent même comparer leurs performances sur comparia.beta.gouv.fr » détaille-t-elle. 

« Mon objectif est de développer la réflexion et l’esprit critique des élèves. Je souhaite en faire des utilisateurs conscients des enjeux et des limites (hallucinations, biais …) de l’IA. À l’heure des Deepfakes ou de l’ingérence, ils doivent devenir des citoyens libres et éclairés » développe l’enseignante qui promeut une éthique de l’IA y compris pour les enseignants, « une question d’honnêteté intellectuelle ».     

Les élèves dans tout ça ? Personne n’est en difficulté avec l’interface et une grande majorité adhèrent à cette séquence bien construite et parfaitement animée. Et cela d’autant plus que la plupart utilisent l’IA à la maison. (3) « Je demande à ChatGPT de préciser ce que je n’ai pas compris et de me proposer des exercices qu’il corrige ensuite » assure Anna 15 ans. « L’IA est utile. Elle répond à nos questions et nous permet de travailler à notre rythme » complète Stela 16 ans. Cette dernière envoie aussi à l’IA des photos de ses cours puis lui demande des exercices.

Timothy, 16 ans, est lui plus dubitatif. Il trouve les explications du Chatbot pas toujours très claires. « Ça ne vaut pas un prof ! » lance-t-il même s’il convient utiliser l’IA pour ses fiches de révision en maths ou en histoire-géo.   

(1)  40 lycées possèdent des classes IA.

(2) NAI (No artificial intelligence), AIG (Artificial Intelligence generated) et AIA (Artificial intelligence aided).

(3) En France, 80% des lycéens utilisent l’IA et 20% des enseignants.

1cours.1bot.fr est l’assistant éducatif d’analyse littéraire créé par Christèle Proisy. Crédit photo Jean-Luc Vezon.

A lire aussi: « L’IA n’est pas une fin en soi mais une ressource pédagogique, parmi d’autres »

Commentaires

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  1. Il n’y a pas d’usage éthique de l’IA au vu de ses conséquences dramatiques pour l’environnement et pour la démocratie.

  2. Une précision importante pour rendre à César ce qui appartient à César : la plateforme “1cours1bot” a été créée par Vivien Mirebeau. Elle permet, notamment, la création de chatbots pédagogiques. C’est par conséquent un chatbot (et uniquement un chatbot) qui a été créé pour le travail effectué avec cette classe de 2nde).

  3. S’il s’agit d’un publi reportage avec une adepte de cette technologie ce serait plus juste de le signaler en début d’article car cette dame est à la fois juge et partie dans l’usage qui est fait de l’IA.
    Interroger une promulgatrice de l’IA sur cette technologie c’est interroger un fabricant de tabac sur les effets de son produit sur la santé.
    Rien d’étonnant du coup à ce qu’elle ne signale pas que l’usage de cet outil génère de la paresse intellectuelle et progressivement la perte des facultés intellectuelles liées à la recherche puisque cette forme d”aide va à la place de l’étudiant (participe présent du verbe étudier) collecter des informations les estimer et choisir donc organiser la pensée de son utilisateur. Pour comprendre ce que représente cette invention on peut écouter Eric Sadin, philosophe, interrogé ( sans outil informatique) par la mission parlementaire d’information sur l’IA ou entre autre lire Les chimpanzés du futur éditions Service Compris.

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