Durant le week-end de Pentecôte il vous sera possible de pousser la porte de l’atelier de Cécile Malinverno où vous découvrirez son travail en gravure au côté de celui de son invitée Christine Tatin. Une participation à l’évènement national la Fête de l’Estampe qui permet d’en savoir un peu plus sur cet art et ses techniques.

Gravure C. Malinverno : Désordre naturel
Rembrandt et ses 300 eaux fortes, Goya, Pissaro, Picasso et d’autres artistes célèbres ont pratiqué la gravure. Des œuvres souvent moins connues du grand public et pourtant tout autant caractérisées. La gravure, un art discret alors ? Possible, déjà bien souvent par la taille des œuvres bien moindre que la plupart des tableaux. Et puis il y a le fait qu’une gravure part d’une matrice permettant de la reproduire en plusieurs exemplaires. Des exemplaires qui peuvent avoir de petites différences, voire un léger défaut, même si le sujet gravé sur la matrice reste le même. Un peu plus de noir dans le ciel pour celui-ci, une couleur plus marquée pour celui-là, font finalement que chaque œuvre pourrait devenir unique. Cela s’appelle le charme discret de la gravure, du moins c’est ainsi que l’on peut être tenté de la qualifier.

La Loire inspirante depuis l’atelier de gravure – par Valérie Thévenot
Le terme gravure a d’ailleurs bien souvent pris le dessus sur le terme estampe, pourtant une différence fondamentale existe : « la gravure c’est la technique et l’estampe c’est le résultat sur une feuille » explique Cécile Malinverno qui organise chez elle depuis 10 ans des Portes Ouvertes à cette période. De plus toutes les épreuves issues de la gravure font partie du monde de l’estampe, mais toutes les estampes ne sont pas forcément issues de la gravure : la lithographie, la sérigraphie, le pochoir, le monotype,… sont des procédés à plat sans matrices gravées.
Je ne suis pas un numéro, je suis une estampe libre !
Chaque gravure identique issue d’une même matrice porte l’autographe de l’artiste et un numéro en bas à gauche, par exemple 7/25 pour dire septième épreuve sur 25 tirages. Et lorsqu’une épreuve est différente de la série dont elle est issue, alors les initiales EA remplace la numérotation citée précédemment pour préciser « Épreuve d’Artiste ». Elle devient alors une œuvre originale, et à de fait plus de valeur qu’une épreuve numérotée. « La gravure c’est un art multiple, c’est pour cette raison que ce n’est pas cher. Avant, les artistes en imprimaient beaucoup, Picasso par exemple en faisait faire plus de cent ».
À cheval entre art et métier
Après l’invention de l’imprimerie par Gutenberg (1450), Cécile explique qu’« il fallait bien à un moment reproduire des images, et pour cela il n’y avait qu’une solution : la gravure. Autrefois elles étaient uniquement en noir et blanc, on ne connaissait pas la couleur. La gravure était aussi un moyen de divulguer les peintures, ce qu’on appelle la gravure de reproduction. Il y avait des graveurs qui copiaient une peinture de Boucher ou Fragonard par exemple pour pouvoir la divulguer et l’imprimer. Ça, c’est le principe de base de la gravure ».
Autrement dit, la gravure impliquait trois corps de métier. Le dessinateur ou le copiste, le graveur et l’imprimeur. « Par exemple cette petite gravure, c’est un Brueghel, lui il ne les gravait pas, il faisait le dessin, et il avait son graveur et son imprimeur. En revanche des artistes comme Picasso ou Pissaro ont touché à la gravure non pas pour reproduire leurs œuvres mais pour en créer de nouvelles à travers une autre technique ».

Gravure C. Tatin : Sauvignon ou pinot noir
Aujourd’hui il reste très peu d’imprimeurs spécialisés dans l’impression de gravures. Pourtant leur savoir-faire est remarquable et donne des résultats impeccables. L’imprimeur Moret est l’un d’eux, et plusieurs graveurs de la région Centre passent par ses presses. Cependant, être artiste graveur nécessite de nos jours d’avoir dans son atelier une presse, même de petite taille pour avancer dans son travail.
Portes Ouvertes les 23 et 24 mai
L’artiste Cécile Malinverno est également une collectionneuse de gravures anciennes. « Tombée dans la marmite » depuis son enfance par sa mère, elle a ainsi rencontré de nombreux graveurs venus de toute l’Europe. Dans son atelier une presse datant du début du XXe siècle trône au côté des plans de travail. De la fenêtre on aperçoit la Loire, un des sujets phares de l’artiste. « Au départ la gravure était très codifiée, maintenant on fait des choses tellement complexes qu’on pourrait en raconter et en raconter. La gravure s’est beaucoup développée, on a une grande liberté. On ne fait plus que du noir et blanc, on fait aussi de la couleur. On peut graver une matrice sur des tas de matériaux, cuivre, zinc, lino, bois, et là sur du Tetra Pack (boîte de lait) ou du plastique épais. Ce que j’aime bien dans le monde de la gravure, c’est qu’entre graveurs il y a beaucoup de partages d’astuces, de techniques… ».
Lors de ces Portes Ouvertes vous aurez ainsi le plaisir d’échanger avec Cécile Malinverno (vice-présidente pour la gravure aux Artistes Orléanais) et Christine Tatin, elle-même aux A.O. La première travaille plutôt en taille directe, autrement dit elle grave à la pointe-sèche ou au burin une plaque, tandis que Christine Tatin travaille plus en eau forte ou aquateinte. Des techniques différentes qu’il vous sera possible de découvrir grâce à ces deux artistes passionnées et passionnantes.
PORTES OUVERTES
Cécile Malinverno / Christine Tatin
Samedi 23 et dimanche 24 mai
De 14h30 à 18h30
10 rue Jean de la Fontaine Saint-Jean-de-Braye
Pour aller plus loin avec Magcentre
https://www.magcentre.fr/305400-fete-de-lestampe-rencontre-avec-cecile-meyer-malinverno-artiste-graveure/