Portraits de famille – Les oublié·es de la Révolution française est une conférence performée de Hortense Belhôte. Programmée par le CDNO dans le cadre du festival La Biennale, qui investit d’autres espaces que les salles de théâtre, la pièce se joue au Musée des Beaux-Arts d’Orléans. Un cadre idéal pour renforcer l’immersion dans cette traversée décalée des oublié·es de l’Histoire.

Hortense Belhôte devant la robe choisi par sa grand-mère pour son enterrement. Crédit : Fernanda Tafner.
À la croisée de sa formation en histoire de l’art et de sa pratique théâtrale, Hortense Belhôte invente une forme singulière : la « conférence spectaculaire ». Cet art hybride lui permet de vulgariser des sujets parfois complexes afin de les rendre accessible au plus grand nombre. Portraits de famille s’inscrit ainsi dans une « vaste relecture patrimoniale au-delà des frontières des arts et des idées reçues » comme elle le confie dans une interview.
S’appuyant sur son propre arbre généalogique, elle remonte jusqu’à 1789 et à la période révolutionnaire pour faire surgir des antihéros, des marginaux qui ne répondent pas « aux critères de panthéonisation car trop monstrueux, trop ratés ou trop tristes ». En exhumant ces ancêtres rarement évoqués dans nos manuels scolaires (femmes émancipées, personnes noirs, figures queer), Hortense Belhôte invite le public à s’interroger : « Qui est à la marge et qui est au centre ? Sur quels sédiments repose notre socle commun ? » Une manière aussi de questionner l’idée selon laquelle notre époque serait totalement inédite.

La comédienne introduit une image du jeu vidéo Mortal Kombat pour illustrer son propos. Crédit : Fernanda Tafner.
Établir des ponts entre les générations
Après avoir défini le verbe « vulgariser » et présenté son arbre généalogique, Hortense Belhôte se met à parler… de Pokémon. Le ton est tout de suite donné : cette conférence sur la Révolution française s’annonce bien barrée. Très vite, elle sollicite le public en lui demandant de lever la main : qui s’est déjà intéressé à sa généalogie ? Qui joue aux jeux vidéo ? Qui a déjà participé à un karaoké ?
Par ce biais, elle parvient à s’adresser à toutes les générations : aux plus âgés grâce aux références historiques, aux plus jeunes à travers la pop culture et l’univers des jeux vidéo, qu’elle prend soin d’expliquer à ceux qui n’auraient jamais touché une manette.
« Établir des ponts entre les générations, c’est un peu le fantasme absolu de l’artiste » explique-t-elle. Le spectacle multiplie les points de connexion afin de maintenir l’attention aussi bien des étudiants que des retraités. « Comme dans un cours, une fois que j’ai donné des informations et références, nous les avons en partage et formons ainsi une communauté culturelle » précise-t-elle. Et le pari est réussi : durant une heure, toutes les générations semblent dialoguer naturellement. Que l’on ait vingt ou quatre-vingts ans, on rit et on se laisse entraîner par l’énergie débordante et l’humour décalé de l’artiste.

Instant karaoké. Crédit : Fernanda Tafner.
Une conférence ludique et déjantée
L’autre force de cette conférence hors norme réside dans l’interaction constante avec le public. Mais Hortense Belhôte ne se contente pas d’interpeller les spectateurs : elle les pousse à participer. De simples observateurs, ils deviennent de véritables acteurs de la représentation. Entre le karaoké collectif et les chorégraphies issues du jeu Just Dance, chacun est invité à chanter, bouger, écouter et attendre avec curiosité la prochaine consigne.
Au fil du spectacle, l’artiste change également d’apparence et se dénude progressivement. D’abord vêtue d’une combinaison bleu-blanc-rouge puis affublée d’un coq gonflable aux couleurs de la France, elle termine seins nus, à la manière d’une Marianne burlesque, arborant des cache-tétons qu’elle fait tournoyer avec humour. Tout est pensé pour capter l’attention du public, impossible de détourner le regard de cette conférence déjantée, à la fois drôle, engagée, ludique et pédagogique.
Portraits de famille – Les oublié·es de la Révolution française est donc un spectacle foisonnant, capable de séduire toutes les générations. Difficile de rester insensible à l’énergie communicative de Hortense Belhôte et au choc visuel provoqué par les images de pop culture projetées au milieu des tableaux de ses ancêtres. On ressort de la salle avec le sourire, heureux d’avoir partagé une expérience aussi originale que réjouissante.
Portraits de famille
De Hortense Belhôte
Au Musée des Beaux-Arts d’Orléans, 1 Rue Fernand Barbier, 45000 Orléans
Durée 1h, à partir de 15 ans
Prochaines représentations Samedi 23 mai à 15h et Dimanche 24 mai à 15h.
Billetterie ICI.
Plus d’infos autrement :
« La Tendresse » : des hommes s’interrogent sur leur masculinité