A l’issue du changement de bord politique de l’agglo Bourges Plus, le nouvel exécutif de droite a mis sous cloche, jusqu’à nouvel ordre, le projet de Maison de l’Agglomération qui devait permettre la rénovation de l’ancienne Maison de la culture. Alors que se précise un peu plus chaque jour le programme de Bourges capitale européenne de la culture 2028, l’arrêt des travaux incite à craindre que le lieu, classé aux monuments historiques, soit une verrue entourée de palissade pendant la durée de l’événement … et après.

Maison de la Culture de Bourges
C’est à Bourges qu’a été inauguré, en 1963, par André Malraux, l’une des premières maisons de la culture de France. C’est dans ce même bâtiment que le Printemps de Bourges a pris racine, en 1977. Le lieu est classé monument historique depuis 1994. C’est une référence de l’histoire culturelle française et pourtant, au moment où Bourges deviendra capitale de la culture 2028, la bâtisse risque de faire tâche avec des bardages, des palanquères de tôles ondulées et autres palissades en galvanisé. Par la grâce de concertation de couloirs, de comptes d’apothicaires et d’informations plus ou moins tronquées, le projet de Maison de l’Agglo qui devait permettre la rénovation des lieux est désormais mis à l’encan.
Un consensus autour de cette opération
Avant que ne débute les campagnes des municipales, les représentants de communes de l’agglomération berruyère avaient pourtant trouvé un consensus autour de cette opération. Au final, la remise en état de cette friche patrimoniale, abandonnée à moitié détruite depuis 2013, devait permettre l’installation du siège de l’agglomération dans le bâtiment en lui donnant une dimension culturelle suffisante pour honorer la mémoire des lieux et capter des financements patrimoniaux auprès de la Région, des fonds européens et de l’État. Sur le principe tout le monde était d’accord. C’était par ailleurs une opportunité de faire converger des besoins bien réels de l’agglomération et la politique de revitalisation des cœurs de ville dans laquelle Bourges et Bourges Plus sont engagées de concert.
Doublement de l’estimation initiale
Entre les différents votes, les délais des divers dossiers et le coût probable final, l’estimation initiale de 16,8 millions est cependant grimpée à trente millions hors taxes. De quoi logiquement faire grincer des dents. Cependant, pour ne renouveler les erreurs des gouvernances passées, la présidente de Bourges Plus d’alors, Irène Félix, a voulu conforter le coût global avant de lancer les travaux. Les études ont alors révélé un bâtiment sans fondations, dégradé par un chantier précédent mal arrêté. Au conseil communautaire de janvier dernier c’est donc une autorisation de programme de 30 millions d’Euros qui est ainsi votée … à la majorité. Un choix courageux et raisonné : MBDA et KNDS, les sites berrichons d’armement, devraient générer prochainement autour d’un million d’euros de recettes fiscales supplémentaires par an pour l’agglomération. Dans le même plan de financement adopté par le bureau communautaire, il est établi que près de sept millions d’euros de subventions extérieures sont déjà fléchées sur le projet : Région Centre-Val de Loire, fonds européens FEDER, État via la DRAC et la DSIL. La part réelle à la charge de Bourges Plus s’établissait ainsi à 23,8 millions d’euros, étalés dans le temps.
Autre élément a prendre en compte : l’agglomération loue aujourd’hui ses locaux 300.000 euros par an. Une charge qui serait, annuellement, à déplacer du coté amortissement de la balance.
Alors que le sujet est l’un des éléments clivants de la campagne des municipales à Bourges, la réélection de Yann Galut à la mairie de la ville-centre (65 % de la population de l’agglomération), valide la démarche de sa présidente, coût inclus.
La recomposition du conseil communautaire change tout
En avril dernier, contre toute attente, alors que l’on pensait à un renouvellement du bail d’Irène Félix, c’est le maire de Saint-Doulchard, Richard Boudet, qui devient président de Bourges Plus. Au début du mois de mai, son vice-président chargé des bâtiments, Franck Breteau, maire de Trouy, glisse à la fin d’une séance l’information aux conseillers communautaires : « l’arrêt de l’opération de la Maison de l’agglomération...» Pure prudence budgétaire ou coup politique, nul ne le sait encore. Pour l’heure, en stoppant un chantier dont le début était imminent, la nouvelle majorité déclenche aussi des indemnisations contractuelles au bénéfice des entreprises sélectionnées. Si c’est de la prudence budgétaire, elle produit des indemnisations certaines -autour de 700 000€ selon les uns, entre 1,5 et 3 millions d’Euros selon d’autres- des subventions perdues, mais encore des loyers maintenus, une friche conservée, et surtout aucun projet alternatif. Pendant ce temps, la première Maison de la culture de France continue de se dégrader au cœur d’une ville qui accueillera la Capitale européenne de la culture en 2028.
Après tous le efforts consentis par ailleurs, ça craint quand, en avril 2028, des milliers de visiteurs passeront devant la façade Art Déco, et qu’ils verront peut être une friche.
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