Il y a tout juste 10 ans, plus de 200 communes du Loiret étaient touchées par une importante montée des eaux avec 3 700 maisons inondées et 900 habitants évacués. Le Conseil départemental en a tiré les leçons avec un retour d’expérience préventif.
L’évacuation des voitures piégées par les inondations de 2016 sur l’autoroute A10.
Elles ont été certes moins médiatiques que la crue de la Loire en 1856 ou les inondations de la Somme, de Vaison-la-Romaine ou de la vallée de la Roya dans les Alpes-Maritimes. Et pourtant les inondations de mai-juin 2016 dans le Loiret ont créé des dégâts importants et un véritable traumatisme dans la population. Certes, aucune victime n’a été à déplorer. N’empêche, le niveau des eaux, essentiellement entre Orléans et Montargis – mais pas que – a enregistré une crue dépassant 1,50 mètre entraînant l’évacuation de centaines de maisons et d’habitants.
Le canal d’Orléans vite dépassé
« Il y avait une conjonction de phénomènes météorologiques », se rappelle Marc Gaudet, actuel président du Conseil départemental qui secondait alors le président Hugues Saury devenu depuis sénateur du Loiret. « Avec de fortes et incessantes pluies, des sols gorgés d’eau et une forêt d’Orléans qui ne remplissait plus son rôle d’éponge ». Mais heureusement, alors que les rivières et bassins d’alimentation se gonflaient de millions de mètres cubes d’eau se déversant dans le canal d’Orléans vite dépassé, la Loire, elle, restait sage !
Le phénomène s’est aussi accentué dans l’ouest d’Orléans, dans la région de Meung-sur-Loire ou de Gidy avec même plusieurs dizaines de voitures bloquées et inondées plusieurs jours sur l’autoroute A10, le concessionnaire Vinci n’ayant pas cru bon de fermer les accès, sans doute pour ne pas perdre quelques recettes de péage !
« Ambiance de guerre »
Comme de nombreuses catastrophes naturelles, ces inondations de 2016 étaient exceptionnelles et extraordinaires. « On se préparait plutôt à des inondations de la Loire », se souvient Hugues Saury. « Pas du canal d’Orléans qui n’avait jamais débordé », comme le rappelle Jean-Vincent Valliès, ancien maire de Chécy qui évoque même une « ambiance de guerre ». Tous les acteurs de l’époque évoquent pourtant une « vague de solidarité » de la population et une montée unie et coordonnée au front de tous les services publics : sapeurs-pompiers, élus, administrations…
17 millions investis
Une fois la catastrophe dépassée, restait à en tirer les leçons. C’est ce « retour d’expérience » que le Conseil départemental, qui a depuis racheté le canal d’Orléans peu après l’inondation, a présenté ce 1er juin en présence de tous les acteurs impactés. En 10 ans, le Département du Loiret aura ainsi injecté plus de 17 millions d’euros dans le renouvellement du système d’alerte et de gestion de crise et dans un gros programme de travaux. C’est ainsi que 51 ouvrages hydrauliques et 18 kilomètres de berges ont été restaurés avec des travaux sur les écluses à Vitry-aux-Loges, Chalette-Pannes et dans quelques jours à Combleux. Le canal a également été profondément curé dans le bief de Donnery avec des procédures administratives que Marc Gaudet qualifie aujourd’hui de « scandale ».
Normes environnementales trop lourdes
Censées être polluées, les vases curées du canal sont désormais sujettes à de fortes contraintes environnementales comme si elles relevaient des « déchets nucléaires ». Une pression des normes environnementales encore plus prégnante aujourd’hui qu’il y a 10 ans comme le précise le sénateur Saury, rapporteur d’une mission d’information sur « la résilience de la société française face à une guerre de haute intensité ».
Face aux risques naturels, la France reste mal préparée, beaucoup moins que nos voisins européens, d’où la nécessité de réaliser des retours d’expérience et surtout d’alimenter la mémoire.
Dérèglement climatique oblige
Car une chose est certaine : les travaux réalisés sur le canal d’Orléans auraient sans doute limité le niveau des inondations de 2016. Mais pas assez sans doute pour empêcher des phénomènes naturels qui, un jour ou l’autre, toucheront à nouveau nos territoires. Dérèglement climatique oblige !
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