C’est tête de veau sinon rien

Les rillettes à Tours, l’andouille à Mennetou-sur-Cher, la galette aux pommes de terre en Berry ou les crottins de Chavignol et le fromage paillé de Sainte-Maure sont autant de repères gastronomiques que géographiques et culturels de la région Centre-Val de Loire. Les repas démesurés du Canon Français ne le sont pas. De nombreuses voix s’élèvent contre ce type de rassemblement tout autant national que franchouillard qui relève plus de la propagande identitaire que du partage communautaire et de l’inclusion.



Par Fabrice Simoes.


Les organisateurs du Canon français ont annoncé revenir en Berry le 30 août 2026. Ce serait la troisième édition d’un banquet soi-disant berrichon, à 80 balles le bout de cochon, à la Halle au Blé de Bourges. Dès cette annonce, onze syndicats, associations et partis politiques du Cher ont publié une lettre ouverte à l’intention du maire de la préfecture du Cher, Yann Galut (divers gauche). Les protestataires demandent à l’élu de « refuser qu’un bâtiment municipal serve de caisse de résonance à une entreprise de propagande raciste ». L’an passé, déjà, l’organisation de ce repas avait dû faire face à quelques remous et avait pourtant pu se tenir. Quand 30 % des actions de la société organisatrice sont détenues par le fonds d’investissement Odyssée Impact, propriété du milliardaire français, évadé fiscal, Pierre-Édouard Stérin, ça pose en effet un peu question. Quand le dress code passe par le port du béret et l’écoute de Michel Sardou (hors Musulmane, mais avec le bon vieux temps des colonies, c’est de l’habillage), ça sent l’arnaque au folklore et à des fêtes d’antan sublimées. Quand le déroulement de repas du Canon Français, dans d’autres villes, a déjà donné lieu à des gestes, des actions et des débordements parfaitement répréhensibles, cela explique aussi le questionnement.

Faux-semblant et béret basque

Attention, cette manifestation commerciale peut se justifier économiquement. Faire fructifier l’idée d’une bonne gratte sur de la bouffe et la fiesta, à la sortie de la pandémie, était initialement un bon plan. Le problème, c’est qu’elle raconte une histoire inventée. Dans ces artificiels galtos populaires, tout, dans la démarche, n’est d’ailleurs que faux-semblant. Peut-être que les gentils GO avaient de bonnes intentions, hors mercantilisme s’entend. La récupération politique est cependant venue trop rapidement brouiller les pistes qu’il est difficile de ne pas être interloqué. Répéter à ceux qui veulent bien l’entendre, et lire sur les réseaux sociaux, que c’est « Made in France, dans nos valeurs, coutumes et traditions françaises » n’est rien d’autre qu’une affirmation du « on est chez nous ! » C’est éventuellement aussi affirmer un monde d’hier qui n’existe pas et qui n’a jamais existé. Hormis dans l’esprit de ceux qui veulent le mettre en avant. Surtout, les quelques énormes banquets en commun de l’histoire de France ne sont pas assez nombreux pour en faire une tradition. À part à la fin d’une histoire d’Astérix ! Donc, tradition, que dalle…

À travers cet entrisme économique, Pierre-Édouard a trouvé la méthode pour assurer le service après-vente de la dédiabolisation du RN. Désormais devenu tellement fréquentable, il embarque maintenant sous son aile tous les pseudo-démocrates qui traînent leurs savates, leurs guêtres, leurs costumes-cravates dans les milieux politiques dans une union des extrêmes droites pas toujours avouée. Pourtant, il ne suffit pas que ces rejetons de la vraie France se voilent d’un drapeau tricolore en forme de gage patriotique pour donner le change. Et ce n’est pas parce qu’Albert est Basque qu’il en devient obligatoire sous une halle. Là, l’opération n’est pas seulement une invention gastronomique identitaire caricaturale, c’est une poursuite, plus ou moins planifiée, de la lénification de la pensée des masses. C’est une mise en pratique d’un assistanat pseudo-intellectuel pour bas du front et secoués du casque. C’est, sous couvert d’un drôle de préalable folklorique, dicter une pensée globale. La vraie. Pas celle des lumières mais plutôt celle de l’obscurantisme et de l’abêtissement des peuples. À grands coups de médiatisation victimaire envers ceux qui auraient l’outrecuidance de ne pas reconnaître le bien-fondé de ce formatage culturel, même pas faux puisque inexistant, c’est une vision toujours plus étriquée hexagonale.

Il est vrai qu’à la limite, faire une chouille à plusieurs centaines, tous ensemble, tous ensemble, comme à un barbecue de la CGT, ce peut quand même être festif. En extérieur, on dirait que ça joue. Dans une salle surchauffée où on tisane un peu, où on oublie aussi la modération et se désinhibe à coup de gros pif, ça craint un peu plus le boudin mais… De fait, ce type de festin fleure bon le mec bourré plutôt que la bourrée elle-même.

Au cas où le maire de Bourges aurait des doutes, il peut désormais s’appuyer sur une note récente, façon Minority Report, venue des services de Laurent Nuñez, le Berruyer ministre de l’Intérieur. Il est expliqué que l’on peut interdire un événement en raison « de la présence d’intervenants susceptibles de tenir des propos portant atteinte à la dignité humaine, aux principes et valeurs de la République ». Au regard de ce qui s’est d’ores et déjà passé par ailleurs, ça peut le faire. Surtout que, pour le coup, en Berry, si le menu affichait de la tête de viau et des œufs en couilles d’âne, on ne dit pas. Mais là, franchement.

Image : illustration ©Freepik


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Tristan Maya et Patrick Raynal à côté de la plaque

Commentaires

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  1. Pas pour moi, mais si ça a un tel succès…

    Autant je comprends l’opposition de partis politiques, associations et particuliers, autant je ne comprends pas ce que des syndicats viennent faire là.

    Bon, et puis aujourd’hui, c’est vendredi donc poisson !

  2. Du Simoes en grande forme ! En effet , nous sommes face à une offensive d’une envergure sans précédent depuis le régime de Petain de la part de l’extrême droite sur le plan idéologique. C’est un combat majeur d’en dévoiler la stratégie et d’y faire front .

  3. Moi j’avoue que je ne comprends pas cette virulence systémique contre le fait de manger du cochon et de se reunir en “bambochant” ! Même si je ne suis pas d’accord avec le port du béret !! Quand à la fête de l’huma ou on grille les merguez et qu’on y porte le foulard de Yasser Arafat ça ne gêne personne ? Et les propos qui y sont tenus sont toujours sympathiques et aimables ???? Où est-elle la liberté d’expression ??

  4. On peut aimer ou ne pas aimer ce genre de manifestation, mais cet article à charge, bourré de jugements, d’approximations, d’accusations non étayées démontre de quel côté se situe l’intolérance. Les mêmes qui reprochent à un maire RN de ne pas avoir retenu un spectacle très politique demandent purement et simplement l’interdiction d’une manifestation qui n’est pas subventionnée et qui trouve son public.
    Vous ne trouvez pas ça étrange ?

  5. Cet article montre une fois de plus l’orientation politique sectaire de certains articles du journal. Mais pour avoir une opinion éclairée sur la vie et son fonctionnement, il faut s’informer largement. Donc continuons à lire ce genre d’articles et à les confronter à des opinions différentes…. C’est aussi ça la démocratie.

  6. Accusations non étayés, intolérances ???
    Mais Michel, renseignez-vous !
    Un rassemblement où le salut Nazi est de mise, ça vous convient ?
    Ne mettons pas le doigt dans l’engrenage !

  7. Il s’agit encore une fois d’une accusation sans preuve, d’interprétations malveillantes.

  8. @ arrêtez d’ essayer de nous faire croire que le Kanon n est pas un outil de vulgarisation de la pensée RN, même sans béret vous êtes lisibles et quand il faudra choisir entre Bardella, Melenchon et Philippe, voterez RN.

  9. J’ai beaucoup de mal à lire la prose de Fabrice Simoes, qui fourmille d’allusions, de jeux de mots et de pirouettes de style. Il n’est pas à la hauteur des billets du docteur Briand, qui sont piquants, mais brillants. Pour résumer le sens des billets de Fabrice Simoes, je citerais l’un de ses papiers ” Un drapeau bleu reste un drapeau bleu. Un drapeau rouge reste un drapeau rouge… Au-delà, l’objectivité est un leurre.” J’ai l’impression qu’il brandit, en toutes circonstances, son drapeau, et qu’il monte à l’assaut des autres drapeaux, qu’il décrète ennemis. C’est un peu lassant.

  10. Le nom de F Simoes m’était inconnu jusqu’à aujourd’hui mais je dois confesser que je lui dois la plus franche rigolade de ma journée, par ailleurs un peu morne …
    Depuis 10 où 15 ans, toutes les villes de France, grandes, moyennes et petites, sont envahies par des kebabs, pizzerias et restaus chinois/coréens/japonais et ce pauvre jeune homme effarouché se plaint de quelques banquets franco-français où on boit du vin et on mange du cochon ? Décidément la bonne éducation a bien baissé depuis mai 1968 si on laisse des idioties de ce niveau être publiées…

  11. @Montant : objection votre honneur ! Dans ces manifestations, le salut n’est pas de mise, il reste l’exception. Il y a en a bien plus chaque weekend au Parc des Princes. Mais comme c’est le riche Qatar, comme ce sont ces choupinets des banlieues, avec le concours des soutiens d’Israël, on ne dit rien …. Pendant ce temps on s’indigne quand on défend les valeurs françaises qui rassemblent chaque weekend dans nos campagnes.

  12. Delphine Horvilleur a un propos fort juste sur ce type de manifestation : “… Il faudrait être aveugle pour ne pas percevoir combien, depuis quelques années, il y a des gens autour de nous obsédés par leur identité… tout en étant incapables de la définir, mais qui la lient à quelque chose de leur origine, de leur naissance, de leur ethnie, de leur “race”, de leur genre, de leur ressenti.
    Ces assignations identitaires nous enferment et nous assassinent littéralement !

  13. @STEIN Liliane: dans une vraie merguez, il n’y a que bœuf et mouton!
    Un charcutier qui fabrique des merguez avec une part de porc est un faussaire…(!) qui devrait être condamné…(souriez !) à passer en cour d’assises comme les faux monnayeurs!
    Mais la justice est tellement encombrée…

  14. Certes la prose de Fabrice Simoes s’est envolée trop haut cette fois ci. Mais le fond de l’article est juste et les commentaires hostiles me font peur.
    Si à ces banquets on mange du cochon et pas de tête de veau au choix, c’est pour refuser l’entrée à certains français qui paient leurs impôts et votent et à des non fractions. Accepterait on les Sumos en visite à Paris ! I semble me souvenir qu’on y chante une ode à un maréchal
    Pas de salle municipale pour un rassemblement non ouvert tous.

  15. On ne saurait mieux dire que madame Horvilleur .
    Quant à monsieur Simoes , ses articles font parti de tous ceux qui , généralement, me régalent sur ce média pourtant bien fragile .

Les commentaires pour cet article sont clos.

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