La droite tourangelle : laisser faire, laisser polluer

Ces trois dernières semaines, le sénateur Horizons d’Indre-et-Loire Vincent Louault a défrayé la chronique en déposant une proposition de loi ayant pour but de retirer les missions de police environnementale à l’Office français de la biodiversité (OFB). Un recul majeur, selon les défenseurs de l’environnement.

 

OFB cl Théo Vansteenkeste Wikipédia



Par Joséphine.


Gang de fils à papa

Vincent Louault, on le connaît bien en Touraine. Ou plutôt, on connaît très bien son père, Pierre Louault, exploitant agricole, ancien maire de Chédigny, ex-conseiller départemental de Loches et ancien sénateur. Vincent a d’ailleurs presque tout hérité de papa : l’exploitation agricole familiale, le goût de la politique locale et un confortable siège de sénateur.

D’ailleurs, hériter semblerait presque être une condition pour rentrer à Horizons en Indre-et-Loire, l’autre poids lourd du parti dans le coin étant également un successeur pur jus : Henri Alfandari, magnat du groupe de cliniques privées Saint-Gatien fondé par son papa à lui. Héritiers des villes, héritiers des champs, en quelque sorte.

« Donald Louault »

Quittant la campagne qu’il aime tant, lui qui se met régulièrement en scène sur les réseaux sociaux dans son tracteur, bottes aux pieds, Vincent Louault a expliqué cette semaine dans les médias parisiens que sa proposition de loi partait de « l’idée que l’OFB doit être sous le contrôle de l’État » car « c’est une anormalité que cette police de l’environnement soit dans une agence indépendante ». Peu importe que l’OFB soit une agence… de l’État sous la tutelle conjointe du ministère de la Transition écologique et du ministère de l’Agriculture, agence du reste créée en 2020 par la majorité macroniste dont fait partie Louault. Ce dernier n’est d’ailleurs pas à une outrance ou approximation près, déclarant carrément que :  « l’OFB n’a pas vocation à devenir la police politique de qui que ce soit ». Dans le viseur de Louault ? Cette écologie dogmatique qui fait tant de mal à notre ruralité qui souffre, on connaît la chanson. La solution ? Arrimer la police environnementale à la Gendarmerie et ainsi la soumettre à la chaîne de commandement qui va du Ministère de l’Intérieur jusqu’aux Préfectures, plus « facilitantes », comme l’a montré une récente enquête Magcentre.

La détestation de l’OFB n’est pas nouvelle à droite, mais elle est particulièrement aiguë chez Vincent Louault. On se souvient d’ailleurs en octobre 2024 que Louault avait pris fait et cause pour un chef d’exploitation agricole tourangeau qui avait subi un contrôle à la suite de différents signalements portant sur le droit du travail, les règles d’urbanisme et les normes environnementales.

Dans une publication Facebook hallucinante et hallucinée, Louault mettait à l’époque directement en cause la Procureure d’Indre-et-Loire, reprenant sans aucune distance les déclarations du chef d’exploitation à l’encontre des gendarmes, du prétendu voisin parisien délateur et d’un État français qui punit ceux qui bossent. Pire, malgré le communiqué du Parquet de Tours qui confirmait que le fameux contrôle avait donné lieu à la constatation de 12 délits et 6 infractions et un recadrage par le Procureur général d’Orléans, Louault avait profité d’une séance de questions au gouvernement pour interpeller le ministre de la Justice en lui demandant s’il jugeait « vraiment raisonnable et proportionné de déployer plus de cinquante agents des forces de l’ordre chez un seul agriculteur, dans le cadre d’un contrôle mutualisé ? ». Autrement dit, le ministre était sommé de commenter et critiquer ses propres services et les procédures légales.

La chasse à l’OFB des agriculteurs

En fait, cela fait des mois que l’OFB affronte les attaques coordonnées de la droite et des syndicats productivistes de l’agriculture et de la pêche. Le 30 mars 2023, des pêcheurs attaquaient avec plus de 300 fusées de détresse le siège de l’OFB Bretagne, provoquant un incendie qui détruira l’intégralité du dernier étage du bâtiment. Après enquête, l’affaire est classée sans suite… En octobre de la même année, c’est le véhicule d’un directeur départemental de l’OFB qui est saboté dans le Tarn-et-Garonne pendant une réunion avec des agriculteurs. Un mois plus tard, des membres de la très droitière Coordination Rurale pénètrent en pleine journée dans les locaux de l’OFB à Guéret à coups de parpaings et procèdent à d’importantes dégradations.

En 2024, plus de 50 attaques auront donc visé des locaux, véhicules et agents de l’OFB qui pourtant n’ont contrôlé cette année-là que 400 exploitations agricoles en France, et ce alors même que le gouvernement avait déjà demandé de lever le pied à l’OFB après des interventions dans 1.200 fermes en 2023 soit… 0,3% des exploitations françaises. Cela avait été tout de même très mal vécu par les professionnels, dixit la FNSEA et la Coordination Rurale, le patron de cette dernière déclarant carrément qu’« une voiture de l’OFB qui entre dans une exploitation sera brûlée sur place ».

Laxisme de droite

Loin de susciter une levée de boucliers, ces menaces sont mollement condamnées par les politiques qui préfèrent s’acharner dès lors sur l’OFB. Un rapport d’information sénatorial paraît fin 2024 et dénonce les « comportements et postures » des agents de l’OFB qui légitimeraient les « critiques de partialité, de militantisme, voire de dogmatisme » faites à l’office public.

Début 2025, Laurent Wauquiez (LR) annonce naturellement vouloir dissoudre l’OFB, François Bayrou, alors Premier ministre, déclare publiquement que « quand les inspecteurs de la biodiversité viennent inspecter les fossés ou les points d’eau avec une arme à la ceinture dans une ferme déjà mise à cran par la crise, c’est une humiliation. Donc une faute. ». Et Vincent Louault, toujours lui, enfonce le clou : « oui, il y a certaines fautes. On a un problème de pédagogie, nos agents de l’OFB doivent davantage axer sur la pédagogie. Cette jeune agence a un peu le même symptôme que les contrôleurs fiscaux dans les années 70-80 avec, par moments, un manque de professionnalisme. On a des agents qui doivent appliquer la loi et qui tombent directement dans le pénal ».

Horizons pollués

La proposition de loi Louault intervient donc dans un contexte très particulier. D’un côté, c’est le début de la campagne de Horizons pour la présidentielle 2027 et il convient de montrer une image toute en rondeur afin de ne pas repousser les électeurs de gauche en vue d’un second tour où il faudra peut-être drainer le vote utile contre le RN. C’est d’ailleurs à cette rondeur que travaille dans sa communication et dans ses discours le candidat du parti, Édouard Philippe, avec une stratégie saluée par l’un des éditorialistes de Libération qui parle de « droite classique, rassurante, acceptable, de bon aloi et de bon goût ».

Mais d’un autre côté, il s’agit de ne pas se laisser déborder par une droite qui va d‘Attal à Bardella et qui semble fascinée par l’ultralibéralisme décomplexé. Moins de normes, moins d’État, moins de principe de précaution, voilà la nouvelle trinité pour 2027. Signe du temps, le MEDEF invitera fin août à ses universités d’été le président argentin d’extrême droite Javier Milei, l’homme qui s’est fait une spécialité de tailler dans les dépenses publiques à la tronçonneuse. Au sens propre.

Et à ce petit jeu, Édouard Philippe et Horizons peuvent compter sur Christelle Morançais, la présidente de la région Pays de la Loire et numéro 2 du parti, qui a sabré des dizaines de millions d’euros de subventions à destination des associations culturelles dans sa collectivité. Et aussi sur Vincent Louault donc, le petit prince des agriculteurs qui entend, en plus du retrait de la compétence « police de l’environnement » à l’OFB, réautoriser l’acétamipride, l’insecticide tant décrié à l’époque de la loi Duplomb. Et oui, la course au ministère de l’Agriculture est ouverte pour 2027.

Fais ce que je dis, pas ce que je fais 

Seulement, les esprits les plus chagrins pourraient noter les contradictions qui traversent Horizons en ce qui concerne l’argent public. Édouard Philippe est l’objet d’une enquête du Parquet National Financier pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme et prise illégale d’intérêts, même s’il a déjà prévenu qu’en cas de mise en examen, il resterait candidat à la présidentielle. Malgré les discours d’austérité en 2024-2025, Morançais avait quelques mois plus tôt subventionné à hauteur de 200.000 euros un film produit par Le Puy du Fou, à la gloire de la chouannerie. Enfin, l’exploitation agricole de Louault a bénéficié de plus d’un million d’euros de subventions européennes depuis 2014.

Des broutilles.


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