Les appâts rances de la fast fashion mis à nu

Fin juin, les appâts rances de la fast fashion made-in-ailleurs ont été taillés en pièces à l’Assemblée nationale par la députée du Loiret Constance de Pélichy. Une alerte salutaire que d’aucuns trouvent toutefois un peu légère, tandis que certaines communes pénalisent les estivants ne portant pas de t-shirts.



Par Mag’Asine


« La nudité, c’est pire qu’indécent, c’est bestial ! Le vêtement, c’est l’âme humaine », estimait l’écrivain Michel Tournier, plagiant sans en accepter l’ironie une déclaration faite un siècle plus tôt par Théophile Gautier qui estimait, tout simplement, que « ce qui différencie l’homme de l’animal, c’est le vêtement », et rien de plus. Deux conceptions de la présence sur terre de l’être humain qui se déchirent à en perdre le fil depuis la nuit des temps, et qui ont pris une teinte toute particulière fin juin, entre deux périodes dites caniculaires où le port d’un habit ne semble pourtant pas une réelle priorité. Mais qui occupe bien nos élus, tant au Palais Bourbon que dans certaines communes.

Lundi 29 juin, l’Assemblée nationale a (enfin) voté une loi pour restreindre la vente sur notre territoire des vêtements à très bas coûts et de qualité médiocre. Enfin, presque, avec un texte taillé sur mesure pour pénaliser prioritairement les producteurs étrangers (Temu, Shein, AliExpress) sans trop gêner aux entournures ceux de la communauté européenne (Zara, H&M, Primark).

L’une des parlementaires à s’exprimer sur le sujet fut la députée du Loiret Constance de Pélichy, qui précisa avec justesse que l’acquisition de ces jolis vêtements a un prix, et pas n’importe lequel, celui de notre santé. « En effet, ces plateformes ne respectent pas les normes européennes, par conséquent nous exposons nos corps à des substances chimiques toxiques qui sont dangereuses. Les produits pour enfants et bébés présentent même des risques pouvant entraîner la mort ! », exposa-t-elle, en soulignant aussi le prix écologique : « l’industrie textile représente à elle seule 10 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, soit davantage que l’aérien et le maritime réunis. Or, si rien ne change, ce chiffre pourrait atteindre 26 % d’ici 2050 ! ». Une fringale de fringues qui, statistiquement, équivaut à 48 vêtements achetés par an par personne, et rapidement mis au rebut, sans une filière correcte et adaptée pour les recycler. Pas de quoi se pousser du col.

Mais, ces pertinents arguments ont été minorés par la suite de l’intervention qui montra les limites de ce projet de loi. « (…) Sans parler de la destruction de nos commerces et de nos entreprises du textile et de l’habillement dont les défaillances et faillites s’enchaînent… » Las ! Ce n’est donc pas le souci compulsif permanent de se vêtir qui est mis en cause, mais simplement celui de le faire avec des « trucs » venus d’ailleurs. Ouf. On a eu chaud. Et on comprend mieux pourquoi, malgré la canicule, certaines communes très touristiques, telle Narbonne, publient régulièrement des arrêtés (peu légaux) pour interdire les torses nus en dehors de la plage. Cela gênerait soi-disant le commerce. Les trois P de l’habillement sont ainsi respectés (Protection – Pudeur – Paraître) plutôt qu’être à poil, ce qui ramènerait à une animalité contestée même chez des Darwinistes.

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