Le Cercil commémore et révèle l’histoire méconnue de l’internement des nomades

Le Cercil d’Orléans présente une exposition qui met en lumière l’histoire des discriminations exercées sur les populations dites « nomades », tout au long du XXe siècle. Cette appellation englobe les Roms, Sinti, Kalé, Yéniches, manouches et voyageurs, qui ont été persécutés, internés, puis déportés jusqu’aux camps de la mort durant la Seconde Guerre mondiale. C’est une exposition qui avait déjà été présentée au Mémorial de la Shoah à Paris entre 2018 et 2019. Elle sera accessible à Orléans jusqu’en novembre prochain.
 

À l’occasion des 80 ans de la fermeture des camps d’internement de nomades en France, le Cercil présente cette exposition visible jusqu’au mardi 3 novembre 2026. ©Asmaa Bouamama


Par Asmaa Bouamama


Entre octobre 1940 et mai 1946, les populations nomades ont été la cible de discriminations, de stigmatisations, jusqu’à leur exploitation puis leur extermination. Ils ont fait partie de ceux que la politique totalitariste nazie appelait « les indésirables », et ont été internés, puis soumis au travail forcé dans des conditions indignes et inhumaines. Ils sont 7 000 en France à avoir été déportés jusqu’aux camps de concentration ; la France en comptait alors une quarantaine durant les années 1940, certains dans des villes insoupçonnées comme Angoulême, Poitiers, Linas-Montlhéry, ou Jargeau. À partir de 1943, les premiers convois vers les camps de la mort prennent la route, et en août 1944, 4 300 nomades sont tués à Auschwitz. C’est une réalité qui occupe une modeste place dans les cours d’histoire dispensés en France, mais plus méconnu encore est le traitement qui a permis ces années de persécutions et qui précède les années de la Seconde Guerre mondiale. Le début du XXe siècle en France préparait déjà le nid d’une telle violence par des législations particulièrement stigmatisantes et oppressantes.

La loi française du 16 juillet 1912, le début des discriminations

L’originalité de cette exposition présentée par le Cercil est de retracer à la loupe ce qui a précédé, et donc permis que les communautés dites nomades subissent le même traitement que les populations juives durant la Seconde Guerre mondiale. Dès 1912, des débats parlementaires ciblent les nomades, que les sénateurs et députés appellent « les Romanichels » ou « les Bohémiens », et invitent à les distinguer derrière des « signes de race ». Alors que les principes républicains de l’époque interdisent les lois sur des critères raciaux, les législateurs contournent ce fondement pour construire un projet de loi autour d’une nouvelle ethnie dite des « nomades ». Le texte instaure une surveillance administrative à l’égard de ces communautés. La loi intervient à une époque d’obsession de la surveillance et de l’ennemi, et le prétexte est de considérer ces peuples comme des asociaux, jugés potentiellement dangereux et inadaptés à la civilisation, souvent soupçonnés d’être des espions. C’est ainsi que les nomades auront l’obligation d’avoir un carnet anthropométrique dès l’âge de treize ans, pour contrôler leur circulation et leurs activités. Ils sont alors convoqués dans les gendarmeries, photographiés, mesurés puis enregistrés par famille entière. En Allemagne, un centre de recherche en hygiène raciale est créé en 1936, il est chargé par le régime nazi d’identifier les populations nomades, afin de les exclure de la société, et même, d’opérer une politique de stérilisation.

Une reconnaissance officielle 70 ans plus tard

Les tentatives d’évasion des populations nomades sont fréquentes durant les années où la France les assigne à rester en zone occupée ou dans les camps d’internement. Des familles entières parviennent à s’enfuir, comme en octobre 1942 où soixante-dix personnes prennent la fuite d’un camp, principalement des femmes et des enfants. La libération en 1944 ne garantit pas pour autant aux populations nomades de retrouver la liberté, elles sont maintenues en internement au prétexte de mettre fin à un mode de vie déviant. Et lorsqu’ils sont enfin libérés, la France les laisse livrés à eux-mêmes, sans aucune aide, alors que l’État leur avait retiré tout ce qui leur permettait de vivre et de se déplacer.

C’est seulement en 2016 que François Hollande reconnaît la responsabilité du pays dans l’internement des nomades, mais aujourd’hui encore, la France n’intègre pas la journée du 2 août comme étant la commémoration des victimes du génocide des Roms, Sintis, Yéniches et voyageurs, en hommage à la nuit du 2 au 3 août 1944 où 4 300 d’entre eux ont été envoyés au camp de la mort.


Plus d’infos autrement :

« 1763 jours. Le camp de Jargeau » : une mémoire entre archives et témoignages

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