1 100 panneaux photovoltaïques bientôt prêts à produire, mais sans possibilité d’envoyer leur électricité sur le réseau. À Châteauneuf-sur-Loire, le projet du Département du Loiret se retrouve bloqué par l’absence de capacité de raccordement disponible pour les énergies renouvelables.
La pose des ombrières photovoltaïques doit s’effectuer au cours du mois d’août 2026. Photo Magcentre
« On a métamorphosé l’entrée de Châteauneuf. » Aux côtés de la maire Florence Galzin tout sourire, le président du Loiret, Marc Gaudet, n’est pas peu fier devant le futur point nœud multimodal qui prend forme. Covoiturage, bornes de recharge, mobilités douces, énergie solaire… Les ombrières photovoltaïques seront installées d’ici fin août. Sur le papier, le projet coche toutes les cases de la transition écologique. Sur le terrain, c’est beaucoup plus « français ».
Car les panneaux pourront produire de l’électricité… mais pas l’envoyer sur le réseau. La douche froide est tombée mi-avril lorsqu’Enedis informe la collectivité de la suspension du raccordement au motif que le poste source de Châteauneuf-sur-Loire n’a plus de place dans le fameux S3REnR, ce schéma qui répartit les capacités d’accueil des énergies renouvelables. Traduction : circulez, il n’y a plus de prise disponible. Pour en retrouver une, il faudrait patienter jusqu’à la révision du schéma, annoncée en… 2028. On construit donc aujourd’hui des panneaux qui pourraient rester plantés là à regarder le soleil faire son œuvre.
Pour Marc Gaudet, c’est un « petit scandale ». « On nous met des bâtons dans les roues avec les normes du schéma qui nous empêchent d’aller au bout du projet, peste-t-il. On nous dit : produisez de l’énergie propre en nous incitant à lancer des projets ENR mais finalement ça devient compliqué à cause de la réglementation et des réseaux qui ne correspondent pas. On marche sur la tête. »
Lecornu tenu au jus
D’autant plus savoureux que ce projet est justement soutenu par l’État (Fonds vert, CPER). Le gouvernement appelle ainsi à verdir les usages pendant que l’un de ses opérateurs explique qu’il n’y a plus de place pour raccorder les panneaux.
Dans une lettre adressée au Premier ministre, Marc Gaudet a mis au courant Sébastien Lecornu en rappelant que ce chantier « n’a pas pour seul objet de développer une capacité de production EnR ». Les ombrières font partie d’un équipement public destiné à favoriser les mobilités décarbonées. Mais sans raccordement, impossible d’injecter le courant. Impossible aussi de lancer l’autoconsommation collective imaginée avec les équipements publics voisins. « Le Département ne sollicite pas une dérogation (…) mais une réponse pragmatique permettant de trouver une solution proportionnelle à l’intérêt général de ce projet structurant », défend le président du Loiret, qui met en avant la nécessité de sortir de la logique du « premier arrivé, premier servi » qui sature aujourd’hui les réseaux. Il rappelle qu’une proposition de loi adoptée en première lecture par le Sénat le 29 avril dernier prévoit justement de revoir les critères de raccordement des installations d’énergies renouvelables. L’objectif est de réduire les files d’attente en écartant les « projets fantôme » qui bloquent des capacités sans garantie de voir le jour, et privilégier les projets réellement prêts à produire. Le Département espère désormais que Sébastien Lecornu sortira la prise de secours avant 2028.
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