Le grand âge s’accompagne très souvent d’un drame silencieux et insidieux : la réduction progressive et douloureuse du nombre de nos intimes et de nos attaches affectives. La médecine gériatrique s’inquiète légitimement de ce phénomène délétère, puissant facteur de risques médicaux et qui accélère la fragilité physique et le déclin cognitif des anciens.
L’apport affectif d’un chien est inconditionnel. (cliché Pixabay)
« La solitude est la souffrance multipliée par l’infini. » Honoré de Balzac
Nombre d’études ont démontré les effets désastreux de la solitude sur la santé des adultes âgés. Elle affecte la mémoire des plus anciens. Les personnes âgées qui vivent seules ont un risque accru de diabète et c’est un facteur objectif de vieillissement biologique. Face à ce défi de santé publique, une équipe pluridisciplinaire française réunissant l’AP-HP, l’Université Paris-Est Créteil, l’Institut Curie et l’École nationale vétérinaire d’Alfort vient de publier les conclusions de l’étude C-KDOG dans l’International Journal of Geriatric Psychiatry. Leur étude multicentrique, conduite entre septembre 2020 et avril 2023, voulait répondre à l’interrogation suivante : « La présence canine offre-t-elle un rempart scientifiquement mesurable contre la solitude du senior vivant à domicile ? »
Pour répondre à cette question, les chercheurs ont évalué 160 personnes âgées de 75 ans ou plus à l’aide d’une échelle psychométrique validée (De Jong Gierveld Loneliness Scale) opérant une différence entre deux formes de détresse liées à l’isolement :
- la solitude sociale : le manque d’amis ou d’intégration dans un réseau de contacts extérieurs.
- la solitude émotionnelle : le sentiment intime d’absence d’une figure profonde d’attachement, d’un partenaire de vie ou d’une présence constante au quotidien.
En apparence, les données brutes ne montraient pas de différence spectaculaire entre propriétaires et non-propriétaires de chiens. Toutefois, après un ajustement statistique rigoureux neutralisant les facteurs de confusion tels que l’âge, l’humeur dépressive, les troubles du sommeil ou la vie habituelle en solo, le résultat émerge alors avec une netteté remarquable : la présence d’un chien est indéniablement associée à un niveau de solitude globale nettement plus bas.
Un apport affectif inconditionnel
Cette protection s’exerce quasi exclusivement sur la solitude émotionnelle. En effet la présence de l’animal ne compense pas, ni n’accroît le nombre de contacts sociaux extérieurs. Un chien n’augmente pas magiquement le nombre d’invitations ou de relations amicales, mais il agit comme un bouclier contre la solitude émotionnelle. Il procure un réel plaisir qui réenchante le quotidien de la personne âgée isolée. Surtout, l’animal prodigue une présence non évaluative qui ignore les déclins de la mémoire, la perte du statut social, les difficultés ou les ralentissements de la marche. Son apport affectif est inconditionnel.
Même si posséder un chien à 80 ans exige des ressources fonctionnelles et financières non négligeables, l’étude montre que pour 81 % des personnes âgées interrogées, la volonté d’une compagnie canine constitue un motif premier pour rechercher cette cohabitation. Les travaux de l’étude C-KDOG apportent une preuve rationnelle à une observation ancienne : au soir de la vie, la fidélité et la présence d’un regard canin ne sont pas seulement un simple réconfort participant au bien-être affectif des personnes âgées. Il est désormais démontré scientifiquement que c’est également une authentique ressource pour ralentir le déclin lié au vieillissement.
« Le chien a son sourire dans sa queue » Victor Hugo
Plus d’infos autrement :
L’âgisme : réalité ou mythe social ?