Alexandre Paré, un enfant du pays devenu maire de Château-Renard

Journaliste à France Télévisions, Alexandre Paré a longtemps parcouru le monde pour raconter les territoires, leurs crises et leurs transformations. Depuis mars 2026, il est aussi maire de Château-Renard (Loiret), la commune où il a grandi. Sa nouvelle fonction lui permet de regarder et comprendre autrement le territoire qui l’a vu naître.

Après avoir raconté les campagnes françaises, les crises internationales et les bouleversements du monde, Alexandre Paré met aujourd’hui ce regard au service de Château-Renard – photo Izabel Tognarelli
Par Izabel Tognarelli.

Depuis une bonne vingtaine d’années, Alexandre Paré pose des questions. Pourquoi une usine ferme-t-elle ? Pourquoi les campagnes françaises se vident-elles ? En quoi l’Amérique se reconnaît-elle dans Donald Trump ? Pour quelles raisons une guerre éclate-t-elle ? Pour trouver des réponses, il est allé au plus près des sources : dans l’Iowa, au cœur de la France rurale, auprès d’élus, de médecins, d’agriculteurs ou de simples habitants. Il a ainsi raconté la France qui doute, les révolutions, les crises, les campagnes oubliées.

Depuis les élections municipales de mars 2026, ce sont les habitants de Château-Renard – 2 000 habitants à l’est du Loiret – qui viennent le questionner. Que va devenir le centre-bourg ? Peut-on encore croire en l’avenir du village ? Le décor a changé, pas forcément la manière d’aborder les choses. Comment un journaliste de France Télévisions s’est-il retrouvé à diriger la commune où il jouait, enfant, celle où son père – maire et conseiller général – fut longtemps une figure politique ?

« Je ne voulais pas faire une carrière politique »

Il a coutume de le dire : « Moi, la politique locale, je suis comme Obélix, je suis tombé dedans quand j’étais petit ! » De là à ce que l’écharpe tricolore lui tombe sur les épaules, il y avait tout de même un pas. Et même du chemin. Car devenir maire a longtemps ressemblé à ce qu’il voulait éviter. Pour avoir grandi au rythme des campagnes électorales et des réunions publiques, il connaissait trop bien la fonction pour la fantasmer.

Il ne s’envisage pas davantage dans le costume de l’héritier : « Ne vous attendez pas à voir un Jean-Charles Paré bis : je ne suis pas mon père. J’ai un parcours différent, j’ai une vision des choses différente ; nous ne sommes pas de la même génération. » D’ailleurs, à la mairie, il ne travaille pas dans la pièce qui a été le bureau de son père.

Ce qu’il revendique néanmoins de lui, c’est un certain regard qui lui a servi dans son métier de journaliste : « Mon père m’a appris à considérer de la même façon le cantonnier et le chef d’entreprise. Il m’a appris à aimer les gens et à les juger sur leurs actions plutôt que sur ce qu’ils sont. »

Son intérêt pour la vie publique l’a conduit vers le journalisme : observer plutôt que décider ; comprendre plutôt qu’arbitrer ; raconter plutôt qu’administrer. Mais la connaissance intime des difficultés et des contraintes qui accompagnent ce type d’engagement l’a longtemps conduit à choisir une voie qui l’éloignait de la politique locale.

Du Gâtinais aux grands reportages

Comme beaucoup de jeunes du Gâtinais après le baccalauréat, Alexandre Paré quitte la région pour étudier les sciences politiques, à Strasbourg. Avant les grands reportages et les plateaux nationaux, il fait pourtant ses premières armes tout près de chez lui, à L’Éclaireur du Gâtinais puis à La République du Centre. Le jeune journaliste prend ensuite la direction de Paris : BFM TV d’abord, puis France Télévisions, où il rejoint les équipes de Laurent Delahousse pour 13 h 15 et Le feuilleton des Français, avant de participer, depuis 2022, au magazine Nous les Européens.

Les années passent. Avec elles viennent les reportages qui font une carrière : les tornades traquées avec les chasseurs d’orages au cœur des États-Unis ; les rangers tchadiens chargés de protéger les derniers éléphants ; la chute de Laurent Gbagbo, puis celle de Mouammar Kadhafi, racontées au plus près de l’événement. « Il y a eu tous ces moments que tout l’argent du monde n’aurait pas pu me permettre de vivre. Il m’est arrivé de voir le souffle de l’Histoire qui se déroulait sous mes yeux. C’est assez vertigineux. »

Le monde lui a appris à regarder autrement l’endroit d’où il venait

Et c’est ainsi, en parcourant le monde, qu’il a pris conscience du potentiel du Gâtinais. À force d’observer les autres territoires, il a fini par regarder le sien autrement : « Il a fallu que je parte et que je voie ailleurs pour me rendre compte de la chance qu’on avait chez nous. »

Il n’avait jamais vraiment coupé les ponts avec Château-Renard, y gardant ses attaches et des amis. Lorsque l’occasion se présente, il rachète la maison de sa grand-mère, une maison familiale qu’il rénove lui-même.

En parallèle, il reprend pied dans la vie locale, s’investit dans les associations, participe à la création du Vivier, songe un temps à s’engager du côté du syndicat d’initiative. Puis, en 2025, le maire annonce qu’il ne sollicitera pas un nouveau mandat en tant que tête de liste.

« J’étais en train de devenir ce que je déteste : un “y a qu’à, faut qu’on” »

Il accepte alors de constituer une équipe, avec l’idée de réunir des femmes et des hommes venus d’horizons différents, pas autour d’une couleur politique, plutôt d’une envie commune de faire avancer Château-Renard.

Mais à présent qu’il est devenu maire, lui arrive-t-il de regarder Château-Renard avec des yeux de journaliste ? « Mais tous les jours ! » répond-il. Et il développe : le vieillissement de la population, les commerces de centre-bourg qui peinent à survivre, les nouveaux habitants qui arrivent avec l’espoir d’une vie moins chère avant de repartir quelques mois plus tard. Or tout cela, il l’a déjà vu au cours de ses reportages.

Aujourd’hui, les tendances qu’il observait dans ses reportages prennent le visage de ses administrés. Les statistiques deviennent des situations concrètes. Les sujets se transforment en décisions à prendre avec ses adjoints et conseillers. Il ne s’agit plus d’expliquer les difficultés du monde rural, mais d’essayer de les résoudre, à l’échelle d’une commune de 2 000 habitants.

Que reste-t-il du journaliste derrière l’écharpe tricolore ?

Le métier lui a laissé quelques réflexes qu’il retrouve aujourd’hui à chaque dossier. « Le journalisme m’a appris à me méfier des certitudes et des préjugés. » Son premier réflexe consiste moins à chercher une solution qu’à comprendre tout ce qui gravite autour d’un problème, mais aussi à se garder des jugements à l’emporte-pièce, à prendre le temps de comprendre avant de décider.

Cette manière de faire irrigue aussi ses relations avec les autres. Un porteur de projet, un agent communal, un chef d’entreprise ou un responsable associatif : avant de se faire une opinion, Alexandre Paré les questionne. « Ça m’apporte un recul dont on manque énormément aujourd’hui. » Un recul qui, à ses yeux, manque parfois au débat public autant qu’à la vie quotidienne.

À l’écouter, le chantier le plus urgent ne va pas être un dossier d’assainissement, de voirie ou d’urbanisme. Il va falloir restaurer la confiance des Castelrenardais dans le potentiel de leur environnement.

« On est assis sur un tas d’or »

L’expression ne désigne pas un trésor caché, mais les commerces encore ouverts, les entreprises, les associations, le cinéma, les équipements sportifs, les paysages de la vallée de l’Ouanne, un patrimoine que les habitants finissent parfois par ne plus regarder. À ses yeux, Château-Renard souffre moins d’un manque d’atouts que d’un manque de confiance en lui-même.

Son ambition est peut-être moins de transformer cette petite ville que de convaincre les Castelrenardais de lever les yeux. C’est peut-être là son premier chantier : convaincre les habitants que leur commune mérite leur fierté autant que leurs critiques.

 

Maire, mais pas professionnel de la politique

À 44 ans, Alexandre Paré n’entend pas devenir un professionnel de la politique. Il continue d’exercer son métier de journaliste, un choix qu’il revendique comme une garantie de liberté. « Je ne me suis pas engagé à Château-Renard pour faire carrière », assure-t-il. Selon lui, conserver une activité en dehors de la mairie permet de prendre des décisions sans dépendre d’un mandat pour vivre. « Si demain la politique s’arrête, j’ai encore un métier, des projets, une vie personnelle. » Lui préfère envisager ce mandat comme une étape : intense, exigeante, mais pas exclusive. « Si je peux apporter un petit quelque chose de différent pendant quelques années, tant mieux. Sinon, il y aura des gens pour prendre ma place. »

Pour Alexandre Paré et son équipe municipale, le défi consiste autant à changer le regard des habitants sur leur commune qu’à transformer la commune elle-même – photo Izabel Tognarelli

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