À Olivet, le bras de fer entre parents d’élèves et la municipalité se poursuit

Le torchon brûle entre des représentants de parents d’élèves et la municipalité d’Olivet. Une situation qui remonte à la rentrée scolaire 2024, à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle école de la Cerisaie. Relatif à la surface de la cour de récréation, jugée trop petite, le différend n’a cessé de s’étendre avec aujourd’hui l’existence d’un collectif citoyen « Pour les écoles publiques d’Olivet », qui englobe désormais, avec La Cerisaie, les écoles du Val et du Poutyl.
 

Le collectif citoyen « Pour les écoles publiques d’Olivet » lors de la mobilisation du 18 mai 2026 – Photo Eric Botton


Par Éric Botton


Ce mardi 1er septembre, la rentrée scolaire ne sera pas de tout repos à la Cerisaie pour le nouveau directeur, qui vient juste de prendre ses fonctions. Ce dernier va en effet se retrouver aux premières loges du différend qui oppose, depuis de nombreux mois, la municipalité et les parents d’élèves. Tout part d’un constat des parents et d’une observation d’un prestataire, au fil de l’usage des nouveaux locaux, inaugurés en grande pompe le 30 septembre 2024 (les anciens locaux, proches du centre-ville, ayant été cédés à l’enseignement privé). Il faut dire que, sur l’année scolaire 2024-2025, on a enregistré un certain nombre d’accidents à l’occasion des récréations, et qu’une organisation a dû être mise en place pour y pallier, consistant au lieu d’une seule récréation, à répartir l’effectif des élèves sur deux récréations consécutives (petits et grands). L’inconvénient, c’est que les tranches d’âge ne se côtoient jamais ce qui, selon les parents d’élèves, est susceptible de nuire à la socialisation et à l’éducation à la coopération. Au-delà, cette adaptation ne règle pas tout, puisque la totalité des élèves doit de toute façon partager la cour au moins deux fois par jour, une dizaine de minutes, avant le début des enseignements, le matin et l’après-midi.

Comment en est-on arrivé là ?

Dès la première réunion de rentrée, lors de l’ouverture des nouveaux locaux en septembre 2024, le problème a sauté aux yeux des participants et de la directrice de l’époque, à la vue de parents d’élèves entassés à l’extérieur du bâtiment, à leur arrivée dans un espace manifestement trop exigu. S’en est suivi un sondage dans lequel une bonne centaine de parents demandaient l’agrandissement de la cour (mais également celui du parking), doléance remontée à la municipalité en décembre 2024. Mais, en avril 2025, le compte-rendu d’une réunion avec le maire à ce sujet mentionnait que « les représentants des parents d’élèves ne demandent pas l’agrandissement de la cour »… Il faut dire qu’à ce moment-là, il n’existait qu’une liste de représentants, dont plusieurs membres faisaient partie de l’équipe municipale en place. Une partie des parents se désolidarisait donc pour continuer à porter la revendication, à l’aide d’une pétition recueillant alors plus de 170 signatures (juin 2025). Parallèlement était créé par la municipalité un groupe de travail école-municipalité pour étudier d’éventuels « aménagements » (mais pas d’agrandissement pour autant). En septembre 2025, pendant la période de campagne pour les élections des représentants des parents d’élèves, le groupe de travail était réuni avec le paysagiste pour aborder les aménagements à réaliser. L’option d’un éventuel agrandissement était remise sur la table, d’autant qu’un terrain communal d’environ 4 500 m², sur lequel une partie de l’école est déjà assise, laissait une belle marge de manœuvre. 1 000 m² auraient ainsi pu être utilisés, d’autant qu’aucun autre projet n’est prévu pour ce terrain dans le cadre de l’actuelle mandature.

Bien grandir à la Cerisaie

Issue des élections, une nouvelle liste « Bien grandir à la Cerisaie » participait, aux côtés de celle déjà existante et renouvelée, au Conseil d’école d’octobre 2025, celui-ci informant alors que l’effectif des classes était passé au-dessus des 26 élèves, alors que le permis de construire de départ prévoyait un maximum de 26. On apprenait dans le même temps que le constructeur (entreprise Baudin-Châteauneuf) aurait quant à lui dimensionné les classes pour un accueil de 30 élèves. Et que le PV d’ouverture des locaux irait quant à lui jusqu’à 33… Problème : les parents d’élèves n’ont jamais eu accès à ce document. Nouvelle réunion du groupe de travail en novembre 2025, avançant l’idée d’un agrandissement de 300 m² derrière le réfectoire, proposition jugée cependant insuffisante par les représentants des parents d’élèves, qui restent malgré tout favorables à des aménagements en attendant mieux. Pour autant, la commission municipale « Enfance » suivante ne retenait que les aménagements (mais bizarrement plus rien sur l’agrandissement…). Et le Conseil municipal de décembre 2025, s’appuyant sur les travaux de ses commissions, ne validait finalement que les aménagements.

Face au silence de la mairie, les parents durcissent le ton

Début 2026, un collectif citoyen pour les écoles publiques d’Olivet se crée, pour élargir la réflexion autour du plan « Écoles 2020-2030 » de la commune. Au-delà de la Cerisaie, les écoles du Val et du Poutyl semblent aussi concernées par la problématique et, systématiquement, dans le cadre de réaménagements de l’existant ou de création de nouveaux locaux, les surfaces des cours de récréation sont réduites. Sur le 1er semestre 2026, le collectif initie donc diverses actions : rassemblements devant l’Alliage à l’occasion des conseils municipaux, mais aussi devant les écoles, aux marchés hebdomadaires, avec banderoles, tracts… Une situation qui se crispe, car les parents d’élèves mobilisés n’obtiennent toujours pas de réponse à leurs demandes. Pour la Cerisaie, toujours pas de PV d’ouverture, incertitude sur la surface réelle de la cour (aucun plan communiqué) ; un prestataire qui estimait en groupe de travail (dont il ne ferait plus partie aujourd’hui) la surface de celle-ci entre 900 et 1 100 m², trop petite et pas aux normes ; une municipalité retenant de son côté une superficie de 1 250 m² ; une école de 12 classes susceptible – semble-t-il – d’accueillir jusqu’à 375 élèves ; et une recommandation de l’Éducation nationale pour au minimum 5 m² de superficie par élève, au travers du livret « Bâti-scolaire » édité par le ministère, ce qui devrait donner au moins 1 875 m² (et pas 1 250 m², sachant que la cour de l’ancienne école de la Cerisaie faisait 2 400 m²). Il manquerait donc au minimum 625 m². Côté municipalité, on a pu entendre affirmer en réunion publique par l’adjoint à l’enfance et à la jeunesse, Damien Denoux, que la Ville se serait engagée dans une réduction des surfaces des cours de récréation au titre d’une « sobriété » à la fois foncière et financière, mais aussi pour éviter de contribuer à l’artificialisation des sols, indiquant que les cours ne feraient plus la même taille que dans les années 50. Sollicité par Magcentre, l’adjoint n’a pas répondu à notre demande d’interview au moment où nous bouclons cet article.

Des arguments qui ne tiennent pas

Pour Jean Khayat, arrivé à Olivet en 2018, père de 2 enfants toujours scolarisés à la Cerisaie, actuellement homme au foyer et très investi sur les conditions d’accueil des élèves, tête de la liste de parents d’élèves « Bien grandir à la Cerisaie », ces arguments ne tiennent pas. Pourquoi en effet appliquer ce concept de « sobriété » aux cours de récréation et donc aux élèves qui les fréquentent quotidiennement ? Plus que jamais, ceux-ci ont besoin d’espace pour évoluer, se dépenser physiquement, se détendre après les moments passés en classe, surtout à une époque où l’on pointe la trop grande sédentarité de notre jeunesse, très souvent accaparée par les écrans. Au passage, Jean Khayat s’interroge quant aux vraies motivations pour une telle doctrine, qui profite finalement aux promoteurs immobiliers, nombreux à lorgner sur Olivet pour son attractivité et les prix alléchants au m², synonymes d’opérations juteuses. Quant à l’artificialisation des sols, il existe aujourd’hui des matériaux qui permettent d’obtenir des surfaces planes, faciles à entretenir et sans danger pour les utilisateurs, tout en laissant pénétrer l’eau de pluie. En outre, cette question de l’artificialisation n’est pas forcément à gérer à l’échelle d’une seule infrastructure, mais de façon globale, sur l’ensemble du territoire de la commune. S’il peut paraître ainsi acceptable d’artificialiser à certains endroits, il est tout à fait possible de faire l’inverse ailleurs, afin de maintenir – voire de diminuer – le quota communal. Force est de constater aujourd’hui que la cour ne dispose pas d’équipement sportif type panneaux de basket (qui ont été enlevés), et qu’il n’est pas possible d’y pratiquer les activités ordinaires d’éducation physique et sportive, pourtant indispensables.

Après la CADA, la justice et l’Éducation nationale saisies

À ce jour, la municipalité n’a toujours pas transmis un décompte objectif quant à la surface de la cour, et rejeté toutes les demandes des parents d’élèves à ce sujet. Face à cette obstination, ceux-ci ont d’abord saisi la CADA (Commission d’Accès aux Documents Administratifs), qui a rendu son avis le 16 avril dernier : « la commission estime que les documents demandés sont communicables à toute personne en faisant la demande, sous réserve, le cas échéant, des occultations nécessaires des mentions susceptibles de porter atteinte à la vie privée ou au secret des affaires, dans le cas notamment des marchés publics ». La municipalité avait en effet mis en avant, pour justifier son refus de transmission, que les informations demandées pouvaient entrer dans le cadre des marchés passés par la commune, et contrevenir au respect du secret des affaires. Cela dit, quelqu’un pourrait-il expliquer en quoi la communication de la mesure de la cour de récréation de l’école de la Cerisaie menacerait la vie privée de qui que ce soit, ou encore le secret des affaires ?

Peine perdue, puisque la municipalité persiste et signe malgré l’avis de la CADA. Position tout de même bien singulière, quand on sait que le maire d’Olivet est conseiller d’État, et que la mission du Conseil d’État est justement de garantir le respect de l’État de droit, en tranchant notamment les litiges entre les citoyens et l’administration… Soit, en l’espèce, un maire, conseiller d’État, qui refuse de suivre les avis favorables de la CADA. Et surtout une interrogation : pourquoi ne pas transmettre aux parents d’élèves les documents demandés, alors qu’ils sont parfaitement transmissibles ? Qu’y aurait-il à cacher ? De quoi alimenter une réelle défiance. Au point que Jean Khayat se voit contraint cette fois-ci de saisir le tribunal administratif, le 26 juin dernier, pour espérer obtenir enfin, par décision de justice, la communication des documents et plans réclamés. Démarche complétée par le dépôt d’un référé-constat, le 7 août, pour la réalisation d’une mesure objective de la cour de récréation (réponse du TA espérée dans la 2e quinzaine de septembre). Et complétée aussi, le 31 août, par un courrier à la Directrice académique des services de l’Éducation nationale du Loiret (DASEN), sachant que l’inspectrice de la circonscription (que Magcentre avait également sollicitée) s’est déclarée incompétente sur la question, renvoyant la balle à l’échelon communal, même si les conditions d’accueil des élèves constituent pourtant un sujet légitime du Conseil d’école, dont elle est membre de droit…

En attendant, au moment où tous les élèves de France reprennent le chemin des établissements scolaires, le combat des parents d’élèves de la Cerisaie se poursuit, plus que jamais. Un point des aménagements réalisés cet été par la commune doit être fait lors du premier Conseil d’école de l’année scolaire au mois d’octobre. Mais, même si ces aménagements ont le mérite d’exister et d’apporter peut-être une amélioration, ils ne rendront en aucun cas la cour plus grande qu’elle ne l’est aujourd’hui, et ne garantissent en rien que celle-ci soit adaptée à l’usage d’un potentiel de 375 élèves. Affaire à suivre.


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