L’éthique au rendez-vous du 3e marathon du Cher

Dans leur volonté de construire une épreuve plus proche des athlètes, moins dans l’apparence et plus dans le partage et le bien-être, les organisateurs du Marathon du Cher-Canal de Berry, à l’occasion de la 3e édition, le 11 octobre prochain, ont mis en place de nombreux dispositifs qui rappellent l’esprit du mouvement Spiridon des années 1980.
 

Le Marathon du Cher revendique l’organisation d’une épreuve toujours plus responsable – ©Philippe Mayer


Par Fabrice Simoes


Dans la foulée du premier big bang de la course sur route, à la fin du siècle dernier, « La perf d’accord, la fête d’abord… » était la phrase de référence du mouvement Spiridon initié par Noël Tamini. En région Centre-Val de Loire, le marathon givré d’Orléans en était la meilleure vitrine avec, à l’époque, plus de 1 000 participants. Le temps n’était pas encore à une reprise en main par la Fédération française d’athlétisme. Le temps n’était pas encore aux anglicismes et au running. Le temps n’était pas encore aux programmes d’entraînement pré-courus, aux chaussures et aux maillots fluo, à la gourde de ceinture et au sac à dos/camel bag. Le temps n’était pas encore aux compétitions de masse aux tarifs d’inscription excessifs, ou alors juste une fois pour voir. Dans le journal L’Équipe, on se posait alors la question de savoir si un marathon parcouru en 6 heures était encore de la course à pied ! Trois quartiers d’orange, une poignée de raisins secs, un grand verre d’eau et une gorgée d’XL1, une boisson énergétique parfois intransigeante pour les intestins, particulièrement l’hiver, faisaient l’affaire sur les ravitaillements. Franchement, ce n’était pas forcément mieux avant mais c’était véritablement autre chose…

Un marathon à taille humaine

Dans l’objectif de toujours générer une approche différente dans un monde de la course hors stade souvent figé dans des stéréotypes, les organisateurs du marathon du Cher-Canal de Berry ont voulu poursuivre cette démarche. C’est donc en toute logique de cette madeleine de Proust pédestre qu’ils se sont inspirés pour choisir leur parcours, leurs ravitaillements, leur ambiance pour leur épreuve. Cette année encore, dans la continuité de la démarche initiale, l’organisation s’est mise en situation de répondre à une éthique plus responsable en termes de gestion des déchets mais aussi et surtout d’alimentation des participants.
 

Si, à l’avant, les performeurs tenteront de décrocher des chronos, la course sera une nouvelle fois rythmée de toutes sortes d’ambiances. ©Théo Lecornec

 
Malgré une nette progression de la participation – une augmentation, en trois ans, de 25 % – l’épreuve berrichonne maintient son cap. Par exemple, le marathon du Cher n’a pas opté pour la fausse bonne idée de la suppression des gobelets en carton sur les ravitaillements. « Ce n’est pas un trail où l’on est en autosuffisance », explique-t-on du côté orga. « Je ne vais pas sur un marathon avec mes couverts et mon casse-croûte », estime-t-on du côté d’une majorité de coureurs. Cette dernière pratique est entrée en vigueur sur les plus grandes manifestations hexagonales, souvent par des organisations privées et bien loin des notions de but non lucratif. C’est en réalité une mesure de greenwashing à moindre coût. Une vraie économie maquillée en ode écologique.

Qualité des ravitaillements et respect des valeurs

Pour le marathon du Cher-Canal de Berry, le choix s’est porté sur la qualité et le respect de certaines valeurs, entre fruits issus de l’agriculture biologique, tri sélectif ou réduction de l’empreinte carbone par l’utilisation de véhicules électriques dans la mesure du possible. Le tout sur un parcours sécurisé qui se veut bucolique en ce début d’automne. De vrais choix tout en conservant des tarifs sans commune mesure avec ceux des « grosses cylindrées » des marathons. Dans le Berry on se veut autrement. On prône le sérieux dans l’organisation mais on ne souhaite surtout pas brider l’envie de fête et de partage autour d’une même passion, bien au contraire.

Pour preuve, si le marathon et le semi-marathon n’auront pas de label fédéral, essentiellement pour des raisons de réglementation, ce ne sera pas le cas du 10 km, désormais classant et qualificatif pour les championnats de France 2027. Une belle opportunité pour ceux qui veulent d’ores et déjà valider leur ticket pour les France. Pour preuve, si tous les participants des trois courses passent par la case ravitaillement d’arrivée, les marathoniens recevront, en plus, un accueil spécifique et gastronomique. Là, on retrouvera certes les classiques tranches de pain d’épice, mais elles seront issues d’une fabrication locale, des galettes aux « patates » berruyères, des crottins de Chavignol et autres lichonneries du terroir berrichon. Il manquera juste le petit verre de Sancerre qui pourrait aller avec, mais c’eût été peu raisonnable après 42,195 km. Un marathon autrement qui devrait avoisiner les 2 500 participants, c’est tout de même un signe que l’idée fait son chemin…


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