Henry Grand, à son domicile de Céré-la-Ronde (Indre-et-Loire), le 12 octobre 2024 – Crédit photo Jean-Luc Schwab président de l’Amicale Natzweiler-Struthof
Henry Grand avait 18 ans lorsqu’il fut arrêté, le 25 janvier 1944. Il était alors engagé depuis deux ans dans la Résistance, sous le nom de Georges Caron. Il connut Fresnes, les interrogatoires, la torture, puis le Struthof, où il fut déporté sous le régime « Nacht und Nebel », que les nazis réservaient à ceux qu’ils destinaient à disparaître « dans la nuit et le brouillard ».
Pour le tout jeune homme qu’il était alors, il n’y eut plus d’avenir. Y avait-il seulement une perspective de survie ?
Henry Grand avait 19 ans lorsqu’il fut libéré du camp annexe d’Allach, le 30 avril 1945, après les mois passés au Struthof, puis l’évacuation vers Dachau face à l’avancée des armées alliées.
Après, il y eut un autre Henry Grand, qui vécut encore plus de quatre-vingts ans. L’aurait-il seulement envisagé avec l’épreuve de la déportation et de la captivité ? Il travailla, enseigna la criminologie, fonda une famille et s’installa en Indre-et-Loire. Il avait même dépassé le cap de ses cent ans – il était né le 28 janvier 1926 à Paris 15e – lorsqu’il s’est éteint, le 16 août, à Céré-la-Ronde, où ses cendres ont été dispersées mardi 15 septembre.
Avec lui disparaît le dernier homme déporté sous le régime « Nuit et Brouillard ». Marie-Jo Chombart de Lauwe, 103 ans, est aujourd’hui la dernière survivante déportée sous ce régime.
Henry Grand était aussi l’avant-dernier survivant du camp de concentration de Natzweiler et de son camp principal, le Struthof. Le dernier est Roger Boulanger, né le 3 novembre 1926, déporté à l’âge de 17 ans pour avoir tenté de se soustraire à l’incorporation de force en Moselle annexée.
Henry Grand aura ainsi traversé le siècle, depuis les ténèbres de ses dix-huit ans jusqu’à ce très grand âge. Derrière ce siècle vécu restent le souvenir d’un jeune homme qui, un jour, fut déporté parce qu’il avait choisi de résister, et le regard d’un homme devenu très âgé, qui semble nous demander ce que nous ferons de ce qu’il nous a laissé.