De l’euphorie au redressement judiciaire, deux années de montagnes russes pour Duralex

Le passage en Scop devait relancer Duralex. Deux ans plus tard, la célèbre verrerie est de nouveau en redressement judiciaire, son ancien dirigeant écarté et une enquête ouverte sur sa gestion. Ce jeudi 17 septembre, trois offres de reprise étaient examinées par le tribunal d’Orléans.
 

Plusieurs salariés étaient rassemblés ce jeudi 17 septembre devant le tribunal de commerce d’Orléans avant l’audience d’examen des offres de reprise pour Duralex. ©PV


Par Mael Petit et Philippe Voisin


Qu’il semble déjà loin le temps de l’effervescence autour d’une renaissance fantasmée du fleuron industriel français. Qu’elle semble déjà loin la joie d’une reprise en Scop portée par les salariés de Duralex, au milieu de l’été 2024. Les collaborations dans la veine du « made in France » avec d’autres marques venues profiter des projecteurs braqués sur la verrerie. Avec en point d’orgue la participation de Stéphane Bern à cette grande opération séduction autour du renouveau industriel de l’entreprise historique du Loiret.

Devant le tribunal de commerce d’Orléans, ce jeudi 17 septembre, l’ambiance est aujourd’hui morose. Quelques salariés et représentants syndicaux se sont rassemblés à l’appel de la CGT. Ils sont peu nombreux. L’audience doit pourtant examiner trois offres de reprise, après le placement en redressement judiciaire de Duralex. Pour la cinquième fois en vingt ans, la célèbre verrerie se retrouve ainsi à chercher un avenir devant le tribunal.

Pascal Colichet, salarié chargé de la maintenance mécanique, ne cache pas que la mobilisation est difficile. « Il y a beaucoup de lassitude dans l’usine après tout ce qu’on a vécu depuis plusieurs années, tous ces plans de reprise qui n’ont pas abouti… Personnellement, je n’ai pas adhéré à la Scop à cause de la personnalité de M. François Marciano qui était déjà dans la direction de l’entreprise précédente. »

François Marciano au cœur du tumulte

François Marciano, un nom indissociable de l’histoire récente de Duralex. Et surtout une figure incontournable de l’entreprise depuis son passage en Scop lorsqu’il est propulsé directeur général. Dans le vacarme médiatique qui accompagne la reprise, il devient alors le visage de cette renaissance. Bonhomie, gouaille, gaillard exubérant face caméra, l’homme se montre convaincu de pouvoir redresser la barre et s’enthousiasme des marques de soutien qui affluent.
 

François Marciano (à g.), ancien directeur général de Duralex, lors de l’annonce d’un partenariat avec Le Slip français.

 
Mais rapidement évacuée, l’effervescence de cette nouvelle aventure laisse place aux difficultés plus structurelles de Duralex. Outre le coût de l’énergie, l’entreprise met du temps à recruter à des postes clés, à s’organiser pour répondre à l’afflux des commandes après avoir frôlé la liquidation, sans compter les ambitions affichées d’une reconquête du marché international difficile à imaginer.

À l’automne 2025, Duralex lance alors une levée de fonds auprès des particuliers français via la plateforme Lita. En quelques heures, les prévisions sont largement dépassées, avec au final un peu plus de 7 millions d’euros récoltés pour permettre à l’entreprise de poursuivre son redressement. François Marciano n’en croit pas ses yeux. La success story repart de plus belle et les caméras sont de retour dans l’usine, filmant le directeur sur un nuage, emporté par l’élan du soutien populaire.

Une embellie qui masquera encore pendant quelques semaines les difficultés que rencontre la verrerie en coulisses, puisqu’en avril 2026, François Marciano est mis sur la touche, remplacé par Peggy Sadier, jusque-là directrice marketing et commerciale. La CGT révèle alors que l’ancien directeur général a fait l’objet d’une mise à pied, suivie d’un licenciement pour faute grave. Son fils Antoine Marciano, qu’il avait nommé directeur financier, est lui aussi licencié. La situation financière de Duralex est alors fortement dégradée. Fin mai, le ministère de l’Économie demande un audit, dans un contexte de trésorerie très tendue et de difficultés à verser l’intégralité des salaires. Avant le 1er juin, date du placement en redressement judiciaire par le tribunal de commerce d’Orléans.

Où est passé l’argent ?

Mais alors que les regards sont tournés vers les offres de reprise, le feuilleton reprend de plus belle quand le parquet d’Orléans annonce le 15 septembre l’ouverture d’une enquête après des perquisitions menées au siège historique de La Chapelle-Saint-Mesmin, au début du mois. Les investigations portent notamment sur de possibles « gros manquements dans la gestion ». Les enquêteurs cherchent à comprendre ce qu’il est advenu de certaines sommes récemment récoltées par l’entreprise, notamment les plus de 7 millions d’euros de la levée de fonds.

Lita, la plateforme de financement participatif, a été « auditionnée en tant que victime potentielle » pendant l’été par la brigade financière de la police judiciaire d’Orléans. Les flux financiers internes à l’entreprise sont au cœur des investigations visant les deux anciens dirigeants. Par l’intermédiaire de leur avocat, François Marciano et son fils nient « toute implication dans d’éventuelles malversations ». Du côté des salariés, on attend désormais des réponses. « Malgré les arrivées d’argent frais et les levées de fonds, rien n’a changé, estime Pascal Colichet. Les conditions de travail ne se sont pas améliorées et nous n’avons pas vu arriver de nouvelles machines. Il faut qu’ils rendent des comptes. » Depuis plusieurs mois, une seule ligne de production fonctionne sur les cinq existantes déplorent, devant le tribunal, les syndicalistes, pour qui le projet de Scop était devenu surdimensionné et sa gestion trop opaque.
 

Pascal Colichet ne cache pas son amertume après deux années qui ont manqué selon lui de transparence dans l’entreprise. ©PV

Deux offres industrielles pour sauver Duralex

Malgré ce contexte chaotique, l’avenir industriel du site reste ouvert. Le tribunal de commerce d’Orléans a examiné trois offres de reprise. Deux sont portées par des entrepreneurs français, la troisième émane d’un fonds d’investissement hongkongais.

Auprès de l’AFP, Suliman El Moussaoui, représentant de la CFDT, assure que les deux premiers dossiers « sont bien avancés » : celui du groupe stéphanois Carlesimo et celui de l’entrepreneur français Cédric Meston, via sa holding Tomé. Le premier proposerait de conserver 125 emplois, le second 155 sur les 243 salariés que comptait Duralex en début d’année. La troisième offre, portée par la société hongkongaise AA Investments, viserait essentiellement la reprise de la marque et ne conserverait que trois salariés. Ce jeudi, le tribunal a finalement accordé trois semaines de plus aux repreneurs afin de « sécuriser leurs financements » et « d’affiner leurs offres » selon une source proche du dossier. Réponse le 12 octobre.


Plus d’infos autrement :

Loiret : le groupe Maury Imprimeur en redressement judiciaire

 

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