Au Frac Centre-Val de Loire, le cirque devient une autre manière de construire

Avec « CIRCUS », le Frac Centre-Val de Loire explore les liens entre cirque, art et architecture. De l’univers miniature d’Alexander Calder aux architectures foraines de Patrick Bouchain, l’exposition réunit maquettes, dessins, photographies et archives pour interroger notre façon d’habiter les lieux. À découvrir à Orléans, du 19 septembre 2026 au 7 mars 2027.

Le dragon volant, de Patrick Bouchain. Photo : CG.

 

Par Charlotte Guillois


Quelques fils de fer, des bouchons de liège, du tissu et des ficelles : entre les mains d’Alexander Calder, des matériaux ordinaires deviennent acrobates, clowns, dompteurs et animaux. Conçu à partir de 1926 dans son atelier parisien, le Cirque Calder est bien plus qu’un ensemble de figurines. 

C’est autour de cette œuvre que s’est construit le projet « CIRCUS », manifestation associée au projet « AR(t]CHIPEL – Calder au cœur de la France », organisé par la Région Centre-Val de Loire en partenariat avec le Centre Pompidou. Mais l’exposition ne cherche pas seulement à raconter l’histoire du cirque. Elle s’intéresse à ce qu’il permet de penser : une architecture mobile, collective, provisoire, capable de s’adapter à un lieu et à ceux qui l’occupent.

Une réflexion qui conduit naturellement au travail de Patrick Bouchain. L’architecte a en effet fait du cirque un point de départ pour développer une autre manière de concevoir les bâtiments. « Je me suis servi du cirque comme prétexte pour faire une architecture plus libre et participative », explique-t-il lors de la visite de l’exposition.

Le théâtre du centaure, de Patrick Bouchain. Photo : CG.

Patrick Bouchain, une architecture « foraine »

Du Théâtre Zingaro au Channel, de la Volière Dromesko au Théâtre du Centaure, en passant par l’Académie Fratellini, l’École foraine ou le Centre Pompidou mobile, les projets présentés prennent des formes très différentes. Chapiteaux, bâtiments démontables, structures en bois, toile ou métal : chaque architecture est pensée à partir d’un usage et d’un contexte précis.

Le cirque lui-même donne une première réponse à cette manière de construire. « Le cirque, c’est monter une toile dans laquelle on est invité le soir, alors que la veille c’est un parking, un terrain qui ne nous appartient pas », raconte Patrick Bouchain. Une manière, selon lui, de « partager la propriété et l’espace public ». Le caractère provisoire du cirque devient alors une force : il permet d’investir un lieu sans nécessairement le posséder.

Cette idée traverse plusieurs de ses réalisations. Pour le Plus Petit Cirque du Monde, par exemple, la construction commence par la négociation. Pendant toute la durée du chantier, des exercices de cirque ont lieu devant les habitants du quartier. Le bâtiment se construit donc en même temps que sa relation avec son environnement.

Même démarche au Théâtre du Centaure, conçu pour accueillir un spectacle dans lequel les chevaux devaient pouvoir circuler parmi les spectateurs. Avec les artistes, Patrick Bouchain réalise une maquette en vraie grandeur dans les dunes de Camargue. « On a tracé le plan en regardant le comportement des gens », explique-t-il. La pente, la disposition des spectateurs et la forme du bâtiment sont ainsi déterminées à partir de l’expérience du lieu.

La volière Dromesko. Photo : CG.

Du provisoire au durable

L’un des paradoxes de l’architecture de Patrick Bouchain est que ses constructions pensées comme provisoires peuvent finalement s’installer dans le temps. Le Théâtre Zingaro en est un exemple. Le projet devait à l’origine être démontable, sur un terrain non constructible qui avait été prévu pour un hôpital finalement jamais construit. Mais le bâtiment est toujours là, près de 35 ans plus tard.

« On a construit un bâtiment démontable qui n’a jamais été démonté », résume Patrick Bouchain. Il décrit un bâtiment qui a bien vieilli, mais dont la pérennité pose aujourd’hui question, notamment parce qu’il est fortement identifié à son histoire et à son usage.

Avec le Dragon volant, la contrainte est encore différente. Des élèves d’une école de cirque viennent solliciter Patrick Bouchain après qu’un chapiteau s’est envolé une deuxième fois lors d’une tempête. Le programme du nouveau bâtiment tient alors en un mot : le vent. Le bâtiment est orienté dans le sens du vent et sa ventilation devient naturelle lorsque les portes sont ouvertes. Construit vers 2004, il est toujours en place.

Le cirque devient ainsi bien davantage qu’un thème d’exposition. Entre les personnages en mouvement de Calder et les architectures de Patrick Bouchain, « CIRCUS » propose une réflexion sur la manière de construire, mais aussi sur la manière de partager un espace. Une architecture où, comme au cirque, rien ne se fait tout à fait seul.

Plus d’infos autrement :

Exposition : Scènes Éphémères II au Domaine de la Trésorerie

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Centre-Val de Loire
  • Aujourd'hui
    22°C
  • mardi
    • matin 11°C
    • après midi 25°C
Copyright © MagCentre 2012-2026