Nouvelle directrice de Ciclic, Annaïck Le Ru entend poursuivre le travail engagé depuis 35 ans tout en renforçant les liens entre création, territoires et habitants. Du soutien aux auteurs jusqu’aux archives, en passant par l’éducation à l’image et les projets européens, elle défend une culture ouverte, vivante et diverse.
Julie Gayet, présidente de Ciclic depuis 2021, aux côtés d’Annaïck Le Ru, nouvelle directrice générale de l’agence – photo ©Ciclic
Depuis le 14 septembre, Annaïck Le Ru a pris la direction générale de Ciclic, succédant ainsi à Philippe Germain. Elle connaît bien la maison : elle en a été la directrice générale adjointe pendant plusieurs années. Elle ne part donc pas d’une feuille blanche : « Philippe Germain a fait de Ciclic un acteur structurant sur le territoire régional en matière de soutien au cinéma et au livre », résume-t-elle. Son ambition est plutôt de poursuivre cette histoire – qui se construit depuis 35 ans – en s’adaptant à un environnement en profonde mutation.
Jeter des ponts entre les œuvres et les habitants
Il s’agit donc de continuer à jeter des ponts : entre les professionnels et les territoires, entre la création et les habitants, entre le soutien aux auteurs et ceux qui font vivre la lecture publique. Sans oublier l’adaptation nécessaire à ce monde où les écrans nous happent. À ce sujet, Ciclic entend expérimenter des territoires 100 % éducation à l’image, pour l’éducation au cinéma, aux médias et aux usages des écrans, à l’attention des enfants et des adolescents.
Cette volonté de créer des liens vaut aussi pour le livre. Dans une période compliquée pour les auteurs, les libraires et les petites maisons d’édition, Ciclic continuera à financer résidences, bourses et dispositifs d’auteurs associés. Cette action va au-delà du simple soutien financier : un auteur aidé par Ciclic est amené à rencontrer des lecteurs, des élèves, des professionnels, un territoire. « Ce qui nous importe, ce n’est pas seulement que l’auteur ait une aide à la création, c’est aussi le lien qu’il va créer avec les habitants du territoire. Il ne doit pas y avoir une seule aide à la création sans cet acte d’échange et de réciprocité avec le territoire et ses habitants, jeunes ou moins jeunes ».
Quand les auteurs rencontrent les territoires
Même chose pour les éditeurs accompagnés par l’agence : « Je pense qu’il y a une méconnaissance réciproque, constate-t-elle, entre le monde de la création littéraire et celui de la lecture publique. » L’idée est donc de faire circuler davantage les œuvres et ceux qui les portent. C’est aussi une manière de défendre ce qui constitue la marque de fabrique de Ciclic : le travail en amont.
« Sans les auteurs, il n’y a pas de création », rappelle Annaïck Le Ru. Elle revendique ce soutien à l’émergence, aussi bien pour le livre que pour l’image, à l’heure où les financements audiovisuels s’annoncent plus contraints. « Nous avons la chance d’avoir une Région – le Conseil régional Centre-Val de Loire – convaincue de l’intérêt de la politique culturelle et des financements publics pour la culture », ajoute-t-elle.
« Les archives ne sont pas là pour nourrir une certaine nostalgie »
Même volonté de faire circuler les choses du côté des archives. Ciclic conserve aujourd’hui quelque 25 000 films, dont 15 000 sont accessibles sur son site. Mais pour sa nouvelle directrice, une archive qui dort sur une étagère ou sur un serveur ne remplit qu’une partie de sa mission.
Il faut donc la montrer, la faire travailler, la confronter au présent. À Issoudun, une déambulation créée par le collectif « FA.diese » de Châteauroux vient ainsi de faire sortir les images de leur cadre habituel : « Cette déambulation est une façon de montrer ces images d’archives au public ». Dans le cadre du projet Nos histoires européennes, Ciclic travaille par ailleurs avec Bourges 2028 sur le thème des mouvements d’immigration dans l’histoire du Cher. « L’archive n’est pas là juste pour dire : “c’était mieux avant” », insiste Annaïck Le Ru. Ces images collectées sont un moyen d’éclairer notre présent et nous permettre de réfléchir sur la manière de construire le monde de demain.
Cette volonté de relier les mondes qui composent Ciclic renvoie à une même conviction : la diversité culturelle se construit dans la multiplicité des voix et des regards. Soutenir les créateurs indépendants, c’est aussi préserver la capacité à faire émerger des imaginaires renouvelés : « Si la création ne se renouvelle pas, elle n’est pas diversifiée, on risque de se retrouver dans des mouvances comme Netflix ou autre, qui emmènent la création vers des endroits très normés. »
Du Centre-Val de Loire à l’Europe, des œuvres qui voyagent
L’aura de Ciclic dépasse désormais les frontières régionales avec notamment, depuis deux ans, la participation à la Journée européenne des auteurs, dont la prochaine édition se tiendra du 11 novembre au 12 décembre prochains.
Dans le cadre de la création audiovisuelle, citons les exemples suivants :
All We Imagine as Light, long métrage de Payal Kapadia, Grand Prix à Cannes 2025, a bénéficié de l’aide au co-développement international de Ciclic et de la Région Centre-Val de Loire. Il est co-produit par Petit Chaos, société de production installée à Orléans, que Ciclic accompagne depuis son implantation dans la région en 2018.
Le Corset, long métrage d’animation du réalisateur Louis Clichy, originaire de Chartres, sorti en octobre prochain, distingué à Annecy et à Cannes.
Gabin, documentaire de Maxence Voiseux, produit par Alter Ego (production majoritaire, Orléans), avec AMA Film (Allemagne)/Rita Productions (Suisse). Film sélectionné à la Quinzaine au Festival de Cannes 2026
La Grève, de Gabrielle Stemmer, film travaillé à partir de films d’archives du fonds Ciclic (Grand Prix national du documentaire au FIPADOC 2026)
Côté littérature, parmi les nombreux accompagnements à la création, citons Le Mouvement, premier roman de l’essayiste, poète et performeuse Douce Dibondo, qui vient d’être publié par les éditions Rivages. Elle a travaillé en tant qu’autrice associée à Ciclic avec le Foyer des jeunes travailleurs de Vendôme pendant 8 mois.
Douce Dibondo, essayiste, poète et performeuse, autrice associée Ciclic, a écrit Le Mouvement, premier roman publié par Rivages – photo Chloé Volmer
Plus d’infos autrement :
« All We Imagine as Light » : une magnifique plongée dans la vie de trois femmes indiennes