Pour encadrer la procédure de restructuration annoncée en Conseil d’administration du 15 septembre dernier, l’AFPA a lancé jeudi 24 septembre une phase de consultation avec les instances représentatives. La casse de l’Agence de formation pour adultes est donc engagée. Dans la région Centre-Val de Loire, trois sites vont disparaître dans trois bassins d’emplois dégradés : Châteauroux, Issoudun et Montargis.
À l’échelle nationale, plus de 800 licenciements et au moins 30 fermetures de centres sont prévus. ©PV
Devant le siège national de l’agence à Montreuil, les syndicats unis sont rassemblés pour rejeter l’annonce officielle de la direction : fermeture de 30 sites et suppression de plus de 800 emplois, sans compter les départs à la retraite non remplacés. « Nous ne pourrons plus remplir nos missions, c’est un abandon d’un service public qui se profile », alarme Jean-Marc Lemée, secrétaire général SFNFPA-FO. « Ce n’est pas seulement un problème de coût, c’est la qualité des formations qu’il faut préserver. On a un public en grande difficulté, qui a traversé des épisodes de souffrance sociale, sans qualification », ajoute Hélène Mayans, secrétaire générale CGT-AFPA.
Le conseil d’administration a présenté son plan dans une jolie présentation nommée « Perspective Ambition Territoire 2029 » avec pour objectif « de viser la stabilisation économique et le maintien de son utilité sociale au plus près des bassins d’emplois ». Le genre de formule sortie d’un groupe de technocrates spécialisés dans l’enfumage ! Car il faut bien appeler un chat un chat, l’AFPA est largement déficitaire et doit se restructurer. Dans les directions régionales, on a fait les comptes et le personnel connaît bien les difficultés financières. Entre 2021 et 2025 : chiffre d’affaires -25 %, stagiaires formés -39 %, déficit d’exploitation -103 M€ (-69 M€ en mai 2026).
Qui est touché ?
Trois sites en région Centre-Val de Loire – à Châteauroux (36), Issoudun (36) et Montargis (45) – sont menacés de fermeture. Pour la majorité du Conseil régional, les conséquences pourraient être particulièrement lourdes dans des territoires déjà fragilisés sur le plan économique et social, et où les besoins en formation demeurent importants. Pour les syndicats, c’est un cataclysme. On abandonne le maillage territorial et les populations éloignées. La capacité à former les jeunes, accompagner les demandeurs d’emploi et répondre aux besoins des entreprises risque d’être durablement affaiblie. En effet, la future organisation devrait se structurer autour de quatre grandes directions centralisées : Bordeaux, Rennes, Toulouse et Marseille. La direction d’Orléans disparaîtrait alors.
Une longue agonie
Depuis 2021, les directions régionales sont engagées dans un programme d’économies. Mais les efforts sont insuffisants. L’AFPA n’a pas su gérer le poids de son foncier, à la fois sa richesse et son gouffre : 2 600 bâtiments à entretenir, 1,9 million de m² de surfaces bâties.
Le 1er juillet 2025, un rapport sénatorial d’une commission présidée par le communiste Pierre Barros préconisait la restructuration de l’agence, la fusion avec le GRETA et la redéfinition des modes de financement. La fin des Pactes régionaux d’investissement dans les compétences (PRIC) et l’arrêt brutal des dotations versées aux Régions affaiblissent sa comptabilité. La baisse de la commande publique achève sa compétitivité.
Syndrome France Télécom ?
Un cadre de protection pour accompagner les salariés en situation difficile est déjà opérationnel, dit-on à la DRH. Un dispositif de signalement interne permet d’actionner des relais de prévention sans cependant préciser comment et avec qui ils agissent. Une cellule d’écoute animée par des psychologues est déjà en place et une adresse mail confidentielle répond à toutes les interrogations. Tout doit être bouclé en mai 2027.
La Région Centre-Val de Loire appelle à engager une véritable réflexion nationale pour garantir à chaque territoire « une offre de formation accessible, ambitieuse et adaptée aux défis économiques et sociaux ». C’est une recommandation sans frais à l’approche des échéances électorales décisives qui pourraient rebattre les cartes.
Dans un message à son personnel, le directeur général Michaël Ohier, haut fonctionnaire grand arpenteur des couloirs de Bercy, affirme : « Nous ne laisserons jamais les rumeurs prendre la place des faits. C’est l’engagement que je prends devant vous ». Bravo. Fermez le ban.
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