L’IA change déjà la donne dans les entreprises du Centre-Val de Loire

L’IA est désormais au cœur de la stratégie d’innovation des entreprises. La rentrée économique de la CCI 41, le 28 septembre au Jeu de Paume à Blois, a illustré les nombreux usages de l’IA.

Les entreprises industrielles utilisent l’IA pour leur maintenance ou le contrôle qualité. Crédit JL Vezon.


Par Jean-Luc Vezon


Deux cents chefs d’entreprises et acteurs économiques du Loir-et-Cher avaient fait le déplacement. C’est dire l’importance du sujet. Outil d’accélération technologique et de productivité, selon l’INSEE, l’IA est désormais utilisée par 18 % des entreprises implantées en France en 2025 (+ 8 points par rapport à 2024) (1) et 58 % des entreprises de plus de 250 salariés.

Les usages varient selon les secteurs et les tailles d’entreprises. La principale utilisation concerne les tâches liées au marketing-commercial telles que la programmation et la personnalisation de campagnes d’e-mails, la création de visuels ou la préparation de devis via une IA générative. Viennent ensuite les tâches administratives : prises de rendez-vous, planification de réunions ou gestion et analyse de données. Puis, celles associées à la production-maintenance ; il s’agit alors souvent d’une IA interne au sein d’entreprises industrielles.  

De la presse au secteur industriel

La Rentrée éco de la CCI 41 a donc proposé deux tables rondes pour illustrer les usages concrets de l’IA. Lors de la première, Aurélie Daviaud, directrice de publication du magazine écosociétal régional L’Épicentre, a présenté le processus d’automatisation du traitement des communiqués de presse (une cinquantaine par mois) à partir d’un scénario IA mobilisant Claude ou ChatGPT. « Cela génère un gain de temps important (de l’ordre de 35 %) qui nous permet de nous concentrer sur des sujets de fond et à nos journalistes d’être plus sur le terrain », a précisé la dirigeante.

Incubé à la CCI Touraine, Maxime Delannoy, président de Prisme d’Ariane, développe pour sa part des IA d’audit informationnel pour des environnements sensibles. Son objectif : lutter contre la désinformation et traquer les erreurs avec une IA sobre, rapide et déployable directement sur site.

Passionnante, l’intervention d’Henri Saillard, directeur du développement territorial du groupe La Poste, a mis en évidence l’expertise de l’entreprise en matière d’IA qui irradie toutes ses branches : distribution, centres de tri, banque… 

Dans le domaine de l’industrie, Georges Rodrigues, directeur de Dubuis (fabrication d’outils de sertissage, groupe Epiroc) a présenté une IA dédiée au contrôle qualité des bavures baptisée « Ébavision », un système qui remplace l’œil humain en prenant 30 photos alimentant une défauthèque de 5 000 clichés. À la clé, quelques départs en retraite non remplacés, une baisse du coût global de la non-qualité passé de 4 % du CA annuel en 2010 à 0,7 % en 2026 et un gain concurrentiel permettant « de ne pas augmenter les prix ».

Enfin, Amaury Chevalet a présenté le projet PrevizO porté par la Région et un consortium de partenaires publics et privés qui a recours à l’intelligence artificielle pour prédire l’étiage et optimiser gestion et pollution de l’eau. L’expérimentation, qui concerne le Nouvel Espace du Cher, donne des résultats prometteurs avec une marge d’erreur de 5 %.

Dans un contexte marqué par l’incertitude et le manque de visibilité avec pour corollaire un repli de la croissance (0,4 % en 2026 selon la Banque de France), Claudine De Sousa, présidente de la CCI 41, a invité les entreprises à continuer à investir et à s’adapter. Mais elle a aussi insisté : « Si l’IA fait gagner du temps et améliore la productivité, il faut en maîtriser les risques comme la cybersécurité et la protection des données et faire en sorte qu’elle soit comprise et au service de l’humain. »

Une IA frugale et sécurisée

À l’heure des data centers dévoreurs d’eau et d’électricité, les invités n’ont pas manqué de défendre les petits modèles d’IA bien plus sobres que les deep learning de ChatGPT, DeepSeek ou Claude. C’est le cas de PrevizO développé en local et en toute transparence, dont les codes sont libres de droits. À La Poste, un comité est en place pour « une IA de confiance ». Le groupe possède ses propres data centers pour faire fonctionner La Poste GPT et forme ses 150 000 postiers qui l’utilisent au quotidien.

Pour réussir, les entreprises sont unanimes pour dire que l’existence d’une culture d’entreprise encourageant l’innovation mais aussi la formation des salariés et l’expertise sont indispensables. Car au final, si l’IA est considérée comme un vecteur de gain de temps, de développement des idées et connaissances et d’adaptation, elle est aussi jugée comme comportant un risque de disparition des métiers et connaissances, de perte de contrôle dans la gestion de l’entreprise, de consommation excessive de ressources et pouvant induire une forme de dépossession pour l’homme.     

(1) Dans l’Union européenne, 20 % des entreprises utilisent l’IA.

Image : crédit Unsplash


Plus d’infos autrement :

Jacques Martinet : « Les CCI sont indispensables pour le développement économique des entreprises »

 

 

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